Histoire des Variations, livre I, ch. xxv
2. Palacry, Documenta, p. GO. — Hoi ler, MagisterJ. Hut, 2'>'« p., p. 2C0 — Cf. Hall, Sigismundund Hus (Fribourg, 1912;.
3. Documenta, p. 18, — Hôfler, V p., p. IGi. — HErELE, pp. i'r2, 150, 338.
leur partit de Prague, le 11 octobre 1414, accompagné de nombreux amis. Il rencontra presque partout un accueil sympathique, bien qu'il n'eût point encore reçu le sauf-conduit que Sigismond lui avait promis '.
Arrivé à Constance, le 3 novembre, il obtint du Pape Jean XXIII l'assurance qu'il n'avait rien à craindre pour le moment, que l'excommunication qu'il avait encourue était changée en suspense et que le procès n commencerait pas avant l'arrivcc du roi des Romains-.
Le pontife lui avait défendu de dire la messe et de prêcher : néanmoins Hus célébrait tous les jours et parlait à tout propos sans aucune retenue. Cette désobéissance, méprisante autant qu'imprudente, mécontenta le Pape et les cardinaux. Ils invitèrent le réformateur à rendre compte de sa conduite et de ses opinions. Comme ses réponses ne leur parurent pas acceptables, ils le firent interner au couvent des Dominicains, près du lac, le 6 décembre 1414. Il resta pendant plusieurs mois dans cet état de détention mitigée, recevant des visites, et entretenant toujours une correspondance suivie avec ses amis de Bohème, auxquels il raconte ses espoirs de faux prophète et même plus tard ses rêves de visionnaire.
1. Le saur-conduit, qui a été le prétexte de ta:ii d'accusations, fut ap porté à Constance le."; noveralire par Wenccslas de Duba. 11 était destine à garantir J. Hus des violences illégales durant la route et non pas des poursuites judiciaires devant le concile. Il visait simplement à faciliter son voyage in his quaa celeritalem et securitalem ilineris concernunt, t'.im per lerram quam per aquam. Il est dit dans une pièce semblab i adresséeà Jérôme de Prague, qu'elle doit le préservera violentia,justi(ia s-nxijer salva. Le sauf-conduit n'est qu'un passeport, qui ne peut avoir la [luissance de soustraire son possesseur à une punition méritée, de II! garantir contre la sentence d'un tribunal réclamé, à maintes reprises, par l'accusé lui-même. Cf. Hefrle, pp. 2J6, 340 et suiv., W et 44P, — G. KrxoEss, dans le Dictionnaire Apologétique de la Foi catholique
Paris, l'J12 , v Hus.
2. E. I. KiTTs, Pope John XXIII and masler John Hus of Boheinia Londres, 1900).
Le 6 avril, jour de la cinquième session, le concile confia l'examen des doctrines hussites aux cardinaux d'Ailly et Philastre, assistés de Févêque de Dol, Etienne Coeuvret, de l'abbé de Cîteaux et de plusieurs docteurs. Le cardinal de Cambrai accepta de faire un rapport au concile touchant les questions de foi ; mais il demanda et obtint qu'on chargeât les juristes d'instruire et de conduire le procès. Il fut moins heureux quand il pria les Pères de rendre la sentence contre Wiclef et Hns au nom du concile seul, sans faire mention du Pape, parce que le' concile lui est supérieur. La commission, nommée à l'effet d'examiner cette question, se déclara contre lui à une grande majorité ^ Cela se passait le 17 avril 1445, onze jours après la fameuse cinquième session tenue le 6 avril. C'était comme un premier démenti donné par le concile aux décrets antipapaux adoptés dans une heure d'emportement.
En attendant la comparution de Jean Hus, les nobles tchèques, ses partisans, s'efforcèrent en'vain, à plusieurs reprises, d'obtenir son élargissement. On se contenta de le faire sortir du couvent des Dominicains et de le transférer à Gottlieben, château de l'évêque de Constance; sur les bords du Rhin et non loin de la ville.
Nous avons vu la vieiMe tour couverte de lierre dans
i. Hefele, p. 219. — VoM DER Hardt, t. [V, p. Î35. — Palacky, Documenta. — SanTAB, Johannes Gerson. p. 549-609. — Balleuisi, op. cit., t. in, col. 1362. Sur quarante tbéologiensdouze 9eulen7ent partagèrent l'opinion de Pierre d'Ailly. Donc, la majorité ne voulait pas que la décision dttô arril s'imposât à la croyance universelle, et que l'on dût admettre comme article de foi la snpériorité du coacile sur le Pape. Ce qui est aussi remarquable, c'est que le cardinal de Cambrai ne cite point en faveur de son sentiment les décrets dé la cinquième session. U n'en parle pas davantage dans le traité qu'il publia dix-sept mois riprcs et qui est intitule : De Ecclesix, Concilii getierali», Romani Pontificiset Cardinalium auctoritate. Il s'en remet, comme nous l'avons déjà vu, à une décision à venir du concile. Or, cette décision doctrinale n'est jamais intervenue.
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laquelle ihérésiaTque fut enfermé. Des couronnes avec inscriptions élogieuses en langue tchèque y sont déposées, et, sur la grande cage de bois où l'on dit qu'il a passé quelques semaines, une main inconnue a affiché, comme une accusation rétrospective et permanente, le fameux sauf-conduit, que son emprisonnement aurait violé, d'après certains historiens.
Au commencement de juin 1415, Hus fut transféré au couvent des Franciscains à Constance et subit plusieurs interrogatoires.
Nous n'entrerons pas dans le détail de cette controverse de théologie ou plutôt de ce duel tragique qui se prolongea pendant cinq semaines et qui devait se terminer par la mort d'un des combattants.
Qu'il nous suffise de dire que lès séances furent présidées et dirigées en conscience, qu'on interrogea le novateur sur plusieurs points où la foi était intéressée, [.e cardinal de Cambrai présidait la commission d'enquête. Hus répondit tantôt par des négations mensongères, tantôt par des raisons sophistiques qui ne convainquirent personne. Quand on lui citait des témoins, il se contentait d'en appeler à sa conscience et au Christ et traitait ses adversaires de calomniateurs. Il refusa de souscrire franchement à la condamnation des quarante-deux propositions extraites de Wiclef, ' et ne reconnut pas toujours pour siens les trente-neuf articles tirés de ses propres livres 2.
i. Cf. HEFELE, pp. -3M el 215.
i. Nous regreuons cependant que les interrogateurs aient mêlé plus d'une fois des opinions d'école aux débats théologiques. Que venaient faire, en cette grave occurrence, les querelles philosophiques entre réalistes et nominaux à propos des sentiments prêtés à Hus au sujet de rirapanatlon? Qu'aurait répondu d'Ailly, si l'accusé lui avait fait cette jbjection : t Mais mon opinion, vous l'avez reconnue vous-mèine autre-
D'Ailly, qui présidait avec plus de fermeté que d'indulgence, fit cependant remarquer à Sigismond devant l'accusé, que les termes exacts et originaux de ses théories subversives avaient été plus d'une fois mitigés dans l'acle d'accusation \ Puis, à la fin du troisième interrogatoire, le cardinal lui répéta ce qu'il avait déjà déclaré en présence et avec l'approbation du roi des Romains : « Jean, deux voies vous sont ouvertes ; la première, c'est de vous en remettre simplement et sans réserve à la clémence du concile qui, en la considération des princes et de vous-même, ne manquera pas de vous traiter avec humanité et indulgence. La seconde, c'est de persister à défendre quelques-uns de vos articles : dans ce cas on vous accordera d'autres audiences; mais, je vous en avertis, des hommes distingués et instruits s'élèveront contre vous et je crains que vous n'ayez le dessous. ^ »
« Je demande qu'on m'accorde encore une audience.
foiscomme possible, comme ne rcpugnantni àlaraisonni àTautoriiéde la Bible, comme plus facile et plusraisonnable qu'aucune autre lliéorie? » (Queesl. super I, III et IV, Sententiarum, Q. YI, a, I, f. CCLXIV.) De même, si Jean Hus lui avait fait observer à propos de son explication du texte évangélique, Tu es Pelrus ; « Mais mon opinion, c'est la vôtre, c'est elle que vous avez soutenue dans vos thèses publiques. Vous avez dit avant moi, et comme moi, que la pierre c'est le Christ et non Pierre, non inpetra Petrus, sed in petra Chrislus est intelligendus, L'avez-vous oublié ? « Recommendatio Sacrse Scripturse. D'Ailly avait composés ce traité à la fin de ses études vers 1.380. On le trouve dans les œuvres de Gerson, t. I, col. 60i. Cf. Salembier, Pelrus de Alliaco, pp. 232 et 235. Nouvelle preuve du danger de ces nouveautés d'école, de ces thèses paradoxales dans lesquelles les jeunes docteurs ne voulaient voir sans doute que des jeux d'esprit et des sujets livrés à la libre discussion. — Voir ch. VI de ce livre, p. 113.
1. 'W. Berger, Joh. Hus und Kônig Sigismund (Augsbourg, 1871). — Cf. Friedrich, Die Lehre des Joh. Hus und ihre Bedeutung fur die Gegenwart, — Schwab, Jo/i. Gerson, p. S40-609. DumêmeFRiEORicH, Jo. Hus ein Lebensbild (Francfort, 1864). — Hefele, pp. 2G1, 271 et 279. •2. IlEFELE, pp. 260 et 276.
repondit Taccusé; je veux m'expliquer au sujet des articles que Fon incrimine. »
D'Ailly insista et S igismond joignit ses instances aux siennes, sans rien obtenir. Les écrits du réformateur furent condamnés au feu, mais aussitôt après (24 juin) Ilus recommanda par lettres à ses amis de Bohême de continuer à les lire. Il ne se repentait donc de rien. Son idée fixe est toujours de ne s'appuyer que sur l'Ecriture et d'en vouloir discuter les textes avec les pères ' comme si , pour lui , le concile était un parlement et non un tribunal. Il vivait ballotté entre la crainte et l'espérance, mais il se refusait obstinément à souscrire une formule de rétractation , même la plus mitigée, malgré les demandes de d'Ailly et de Zabarella.
Enfin, le samedi 6 Juillet, tous les pères sont convoqués pour la quinzième session générale du concile et se réunissent dans la cathédrale de Constance. Le cardinal de Viviers préside, le roi des Romains est présent dans tout l'appareil de sa puissance : on doit juger d'une manière définitive ce grand procès qui tient tous les esprits en suspens. Jean Hus est introduit et se place sur un gradin ; sur la table sont déposés les vêtements sacerdotaux qui doivent servir à la dégradation, si le novateur continue à se montrer opiniâtre.
Après une courte homélie de l'évêque de Lodi, on lit les articles contre Wiclef et ensuite les trente accusations portées plus particulièrement contre l'hérésiarque de Bohême. Après chaque affirmation, Hus prend la parole et tâche de se justifier plus ou moins adroitement.
1. Documenta Johannis Hus, pp. 137 et suiv. Ep. LXXXV. — Hi.fell. pp. 304 et 306.
Plusieurs accusations portées contre lui dans les séances précédentes n'avaient pas été maintenues; trente articles avaient été retenus et ils paraissaient directement contrair.es, non seulement à la doctrine de l'Eglise, mais encore à son pouvoir et à la puissance séculière. Dès la session du 8 juin, Sig-ismond l'avait compris, et il s'é'ait alors déclaré ouvertement contre le novateur'. « Il n'y a pas dans toute la chrétienté d'hérétique aussi dangereux que Jean lius », s'était-il écrié :
La lecture des procès-verbaux des interrogatoires précédents se poursuivit le 6 juillet au milieu des interruptions et des protestations de l'accusé. Le tribunal avait préparé deux formules de sentence : on devait lire la première dans l'hypothèse du repentir et la seconde en cas de révolte obstinée. Or, malgré toutes les instances, pas un mot de rétractation ne vint aux lèvres de Jean îTus. L'évêque de Concordia fut donc obligé de lire la seconde sentence : « Le saint concile a la preuve que Jean demeure opiniâtre et incorrigible , dit-il , qu'il refuse dé rentrer dans le sein de l'Église et d'abjurer ses erreurs. L'assemblée décrète donc que le coupable sera déposé et dégradé et quaprès avoir été retranché de lEglise , il sera livré au bras séculier 2. »
§ 3. — L'exécutiorL
La destinée de Ihérésiarque va s'accomplir. Deux évêques s'approchent du condamné et le dégradent avec les formules et les imprécations consacrées. On lui ôte le calice des mains, on lui enlève l'un après