‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 155 sur 183 · Vo» DER Hardt, t. IV, p. lit · texte numérisé non relu

Vo» DER Hardt, t. IV, p. lit

cret Frequens, si souvent reproduit (lepwis, au sein des conciliabules schismatiques comme celui de Baie, et dans les Pragmatiques Sanctions suspectes comme celle de Bourges 7 juillet 1438) '.

2° Pour prévenir désormais icmi danger de schisme, dans l'hypothèse de deux ou plusieiirs prétendafnts à la papauté, un concile se réunira d'office avant un an pour juger le différend. Tous les prélats seroHt tenus d'y assister sans autre convocation.

3" Chaque Pape, avant la proclamation de son élection, sera obligé de remettre une profession de foi catholique entre les mains de ses électeurs ; le concile en donne la formule.

4° Les translations des prélats d'un siège à un autre ne devjont plus se faire sans le consentement des intéressés. Le Pape doit renoncer aux droits de dépouilles et de procurations : Alexandre V y avait déjà consenti.

5° Les droits de dépouilles et de procurations devront raisonnablement être supprimés -.

Sans entrer dans le détail de ces ordonnances, on voit que la plupart sont issues d'on droit contestable et sont inspirées par un esprit de défiance à l'égard du pontife suprême. Les prélats prennent leurs précautions contre le Pape futur. Un autre décret du SOoctobre

1. Sur le coacile de Bàle, cf. X. Valois, La crise religieuse du XV' siècle. Le pape et le concile [^a^vis, 1909). Sur la Pragmatique Sanction de Bourges, cf. N. Valois {Histoire de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles Vil, Paris, 1906!. Des écrivains modernes ont aussi réclamé la tenue périodique des conciles généraux et ont voulu en fatire un organe permanent de la vie et de l'autorité dans l'Eglise. Voir l'ouvrage de H^ Maret, Du concile général et de la paix religieuse, t. n, p. 414, et l'article manifeste du Correspondant publié à la veille du concile du Vatican et du à la plume de M. Cochin (10 octobre 1869}.

2. Cf. HuBLER, Die Konstanzer Re formation, p. 23. — Hefele (Trad, Lkclercq), t. VII, 1" partie, p. 459. — Bossuet, ibid., c. n.

reflète les mêmes préoccupations et oblige le pontife à décider, d'accord avec les membres du concile et les nations, des réformes applicables non seulement à la curie romaine, mais encore au futur chef de l Église.

S 2. — Élection de Martm V.

Eniîn les pères se déterminèrent à résoudre selon le désir des cardinaux et contre le gré de Sigismond la question de l'élection du nouveau Pape. Comment procéderait-on à ce conclave, qui allait se réunir dans des circonstances si extraordinaires? Quels seraient les électeurs? Quel allait être l'élu?

A cause des défiances qui se manifestaient envers les cardinaux, le concile ne voulut pas qu'ils fussent seuls à prendre part à l'élection du pontife suprême. Aux vingt-trois membres du Sacré-Collège on adjoignit, pour cette fois, trente autres prékts, six par nation ^ Cette décision, nouvelle en droit canonique, fut prise le 30 octobre 1417, dans la quarantième session solennelle^. û'Ailly l'avait déjà conseillée dans son sermon de la Pentecôte 30 mai). Le roi des Romains avait fait préparer pour le conclave le vaste entrepôt quelon visite encore aujourd'hui sur les bords du lac de Constance. Les gardes avaient été choisis parmi les princes les plus illustres de toutes les nations ; il leur avait fait prêter serment en sa présence et avait défendu au peuple de piller la maison de celui qui allait être élu. Enfin, le 8 novembre, les cinquante-trois électeurs entrèrent en conclave, et prêtèrent devant Sigismond le serment de

i. Les deux principaux députés pour la Framce furent Guillaume de Boisratier,archevéque deBourges.et Jacques Gélu, archevêque deTonrs.

2. Modus eligendi summum Pontificem. Gf. Traclatus et sermones, Strasbourg, 1490. — Von der Hardt. t. II, p. 58G; t. IV, p. 1452. — Frommf, Die Wafil Martin» V dans la Romische Quartalschrift (1896), t. X, pp. 133-161.

choisir un prélat vertueux et capable de réformer l'Eglise. Les portes furent ensuite fermées et des soldats gardèrent toutes les issues.

Le lendemain commencèrent les travaux au milieu des prières et des exhortations. Chaque jour, une procession solennelle partait de la cathédrale de Constance et longeait la salle du conclave, en récitant le Veni, sancte Spiritus.

Six candidats furent d'abord en présence, puis il nen resta plus que quatre. Enfin, après de longues discussions, au moment où le roi des Romains, les princes et le clergé passaient eh procession sous les fenêtres du conclave, toutes les voix se réunirent sur Odon Colonna, cardinal diacre du titre de Saint- Georges, qui prit le nom de Martin V (11 novembre).

Le nouveau pontife avait quarante-neuf ans ; il appartenait à cette noble famille des Colonna romains, dont les attaches étaient gibelines, et qui fut si longtemps hostile aux Orsini. Elle avait déjà fourni vingt-sept cardinaux à rÉglise, mais Martin V était le premier de sa race qui montât sur le siège de Saint-Pierre ^ . Les savants estimaient sa connaissance profonde du droit canonique ; les simples fidèles le vénéraient comme un prélat bienveillant, pacifique et modeste. A la première nouvelle de son élection, les foules se précipitèrent vers le lieu du conclave, et y manifestèrent une joie qui fut bientôt partagée par l'Eglise entière. Sigismond accourut lui aussi, félicita les électeurs et baisa le pied du nouvel élu. Le pape Martin embrassa le roi et le remercia d'avoir si puissamment contribué au maintien de l'unité et de la paix.

i. Ughelli, Elogia Columniensis familix, Romse, 1050. — Guirald, L'État pontifical après le grand Schisme, p. SO.

Le soir, à la procession solennelle, Sig-ismond et l'électeur palatin conduisirent par la bride la haquenée du pontife jusqu'à la cathédrale ; puis Martin V alla occuper à l'évêché les appartements laissés vides par Jean XXIII. Le lendemain il fut ordonné diacre, le samedi prêtre et le dimanche évêque; puis il reçut de tous le serment de fidélité. Le dimanche suivant eut lieu son couronnement solennel dans la grande cour du palais épiscopal.

Le nouveau Pape, sans être inféodé à aucun parti, voulait sincèrement toutes les réformes nécessaires. Adroit et sympathique, on lui croyait entre les mains tous les moyens de réussir. Mais la tâche était ardue, et on ne tarda point à s'apercevoir qu'il ne la mènerait pas de sitôt à bonne fin. Le temps n'était point encore venu, les réformes ne semblaient pas mûres; le concile, bien qu'il tut devenu œcuménique depuis la trentesixième session, et qu'il eût désormais un chef légitime, dut cependant reconnaître que plusieurs de ses membres n'apportaient pas à l'œuvre de la réformation assez de bonne volonté. Le pontife romain en effet n'était guère aidé par eux; chacun voulait commencer la réforme par son voisin et les divisions n'avaient pas été éteintes par l'élection du Pape. « 11 suffit qu'une nation veuille une réforme pour qu'une autre la repousse ; » ainsi parlait le délégué de l'Université de Vienne devant le concile. Cette simple observation caractérise l'effet dissolvant de la division par nations ; elle explique en même temps la stérilité des efforts des Pères. Sigismond fit des démarches auprès de Martin V pour hâter la conclusion des affaires; une nouvelle commission fut nommée ' et la question brûlante des bénéfices fut

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