Cinquième avertissement aux Protestants, XXXV
LA FIN' I>U CONCILE. 37'o
réclamations et des reppoches qui n'étaient pas tous sans fondement.
Le peuple chrétien, les moines et le bas clergé attribimient avec raison anx intrigues et aux rancunes des cardinaux cette longue division dont la discipHne ecclésiastique et l'Eg-ltse elle-même avaient tant souffert. Or, en cette fin du concile, la dissension régnait au milieu du Sacré-Collège et plusieurs évoques, frappés de ces désordres, demandèrent hautement l'exclusion des cardinaux du conclave qui allait s'ouvrir, ils osèrent aller plus loin et réclamèrent même l'abolition de 'cette institution ecclésiastique. D'Ailly avait déclaré depuis longtemps que le corps des cardinaux avait lui aussi un besoin urgent de réforme '. De fait, ils n'échappèrent au péril que faisaient naître toutes ces revendications outrées qu'à force de souplesse et d'habileté diplomatique.
Déplus, quelques prélats français étaientimpatients d'enlever au pape le privilège qui lui réservait à peu près exclusivement la distribution des bénéfices. Au contraire, les Universitaires préféraient que ce droit fiit conservé au pontife, parce qu'ils considéraient avant tout leur intérêt particulier. Ils voulaient continuer à voir figurer leurs noms dans les Rotuli -présentés an Pape^. Dès lors, il était diflicile aux membres derUniversitéderéclamer une réduction de privilèges dont ils retiraient avantage. Les évêques insistaient aussi avec force pour obtenir la diminution ou même l'annulation des annates, des réserves, des expectatives et de toutes les Contributions que le pontife
1. p. D'Ailly, De reformatèone Ecclesiée, Opp. Geraonii,t. H, col. 906. Le cardinal de Cambrai était arrivé au concile plein de préjugés et de projets de réformes anlipapalcs. Il fut obligé d'abandonner un bon nombre de ces idées qu'il reconnut bien vite impraticables.
-2. Valois, t. IV, u. -202.
romain avait le droit de lever sur l'Eglise tout entière ' .
Certains députés allemands sont encore plus radicaux dans leurs revendications et plus violents dans leurs reproches. Ce n'est pas seulement aux privilèges pontificaux, c'est au pontife lui-même qu'ils s'en prennent. « Depuis environ cent -cinquante ans, écrivent-ils, certains Papes n'ont pas suffisamment respecté les droits des autres églises et les bénéfices des ecclésiastiques; ils ont accordé des commendes, mullipliélesexpectatives, enlevé les dépouilles des morts... On n'a plus rassemblé les conciles et, à cause de cela, l'ambition, l'avarice, l'hérésie, la simonie, les schismes ont sévi dans l'Église. Profitons donc de la vacance du Siège apostolique pour le purifier de toutes ses taches. Sans cela, le nouvel élu, si vertueux qu'il puisse être, contractera nécessairement quelque souillure ^ o)
Les Allemands et les Anglais insistaient pour que la priorité fût donnée à l'étude delà réforme; quelques cardinaux étaient de leur avis, le roi des Romains abondait dans leur sens^. Une commission générale avait été nommée dès la fin de juillet 1415, et déjà bien des projets réformateurs avaient été présentés et discutés. Au contraire, les Italiens, les Français et les Espagnols avec la grande majorité des cardinaux, demandaient avant tout un nouveau pontife et protestaient avec énergie contre tous les retards apportés à l'élection. « La réforme la plus urgente, disaient-ils, celle qui s'impose immédiatement, c'est de faire disparaître l'anomalie d'une église sans chef. Qu'on se hâte donc d'élire un Pape! »
1. Samara.n elMOLLAT, La fiscalité pontificale en France au XIV' siècle, p. 165. — Von- DEii HAnDT, t. IV, p. 1419. — Habdolin, t. VHI, col. 862.-
2. A Trente, Charles-Quint et les princes séculiers émettront plus tard les mêmes prétentions. Dans un esprit de conciliation, les pères décidèrent que l'on s'occuperait simullanémeiitdesdéfiniiioni dogmatiques et de la réforme,
Si l'on ajoute à toutes ces causes de discorde les querelles patriotiques, les conflits incessants entre les ("astillans et les Aragonais, entre les Anglais et les Français S entre les Armagnacs et les Bourguignons, voire même entre Sigismond et les cardinaux, on verra combien le concile était profondément troublé à la veille des graves décisions qui restaient à prendre,
« C'est une vraie tour de Babel, dit un historien; il se parle à Constance autant de langues diverses, il s'y manifeste autant d'opinions opposées, qu'il s'y rencontre de nationalités représentées^. »
Sur ces entrefaites, unévèque anglais, Henri de Winchester, oncle du roi Henri V, fit son entrée à Constance. Il intervint dans toutes ces querelles, parvint à apaiser Sigismond, à pacifier les esprits des pères, et fît conclure une convention en trois points : 1" Un décret conciliaire sera porté pour qu'immédiatement après l'élection du Pape on s'occupe sérieusement de la réforme de l'Église; 2° les décrets relatifs à la réforme sur lesquels les nations sont déjà d'accord seront promulgués avant l'élection, 3° le mode de l'élection sera réglé par des commissaires spéciaux^.
De ces trois clauses, la seconde fut aussitôt mise à exécution, et on promulgua les cinq décrets suivants dans la trente-neuvième session générale (9 octobre 1417):
1** Les conciles généraux seront célébrés de dix en dix ans. Avant la fin du premier, le Pape, avec le consentement des Pères, indiquera le lieu où devra se tenir le suivant. Tel est le résumé et le sens précis du dé-
1. Fromme, Die spanische Nation und das Konstanzer Konzil, ch. iiel m.