‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 159 sur 183 · et. chap. XV, p · texte numérisé non relu

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flots de son lac au jour des plus grandes tempêtes. Elle avait retenti souvent du bruit des armes, de l'éclat des fanfares et des cris de triomphe lorsque des tournois magnifiques étaient offerts par Sigismond à la belliqueuse noblesse de la Suisse et de l'Allemagne. Une dernière passe d'armes plus brillante que les autres allait réunir encore une fois les princes et les chevaliers en présence de Sigismond et devait terminer splendidement ces grands jours. Ce mélange du sacré et du profane, des discussions théologiques et des joutes chevaleresques, était dans les mœurs du temps.

Chaque jour, on annonçait le départ d'un cardinal, d'un évêque illustre, d'un prince accompagné d'un nombreux et brillant cortège^

Chaque jour voyait diminuer la foule énorme et mêlée que le concile avait rassemblée. Le départ annoncé du Pape et du roi des Romains précipitait tous les autres départs : il devait priver la cité d'une glbire et d'un éclat qu'elle n'a plias retrouvés depuis.

Martin V officia pontificalement pour la dernière fois à Constance le jour de la Pentecôte, 15 mai 1418*. Le lendemain, à sept heures du matin, il quitta solennellement la ville. Sigismond et les autres princes tenaient tour à tour les rênes de son cheval, des comtes de l'Empire portaient le dais au-dessus de sa tête, quarante mille cavaliers l'accompagnaient sur la route. A Gottlieben, des barques l'attendaient au pied de ce château désormais historique qui avait renfermé suc-

1. Simon de Cramaud avait quiUé Constance dès le mois de innvier; G. Philastre partit le 2 a^Til. P. d'Ailly, qui avait été l'âme du concile, s'était mis en route le 30 mars pour gagner Avignon où il avait son palais et où il devait mourir le 9 août 1420. Plus de cinquante auteurs se sont trompés sur la date de son décès qu'ils ont placé pour la plupart en 1425.

2. F. CoNTELORics, Martini V vita ex legitimis documentis collecta (Romae, IfrH), p. ii et suiv. — Keumont, Beitrâgezur italienischett G*schichle, t. IV, p. 304 et suiv.

cessivement Jean Hus et Jean XXIII. Le Pape donna la binédiction au roi des Romains qu'il ne devait plus revoir, puis s'embarqua sur le Rhin, pendant que sa suite longeait les rives du fleuve. Il se dirigea sur Berne et sur Genève, salué partout par les vivats joyeux des populations catholiques. Il descendit ensuite jusqu'à Milan où il consacra le grand autel de la cathédrale ; il séjourna longtemps à Mantoue et à Florence, avant de revenir dans la Ville éternelle où il fît son entrée solennelle le 28 septembre 1420.

De son côté, Sigismond quitta Constance, le 2i mai 1418, pour visiter ses bonnes villes d'Alsace, puis il rentra enfin dans l'intérieur de ses États. Le roi des Romains venait de rendre d'éminents services à l'Église. Pendant toute cette époque orageuse, sa prudence, sa modération presque constante furent d'autant plus méritoires que la nature l'avait fait plus ardent et plus mobile. Nous ne le comparerons pas à Constantin assistant au concile de Xicée,et donnant force de loi à ses décrets; cependant son rôle, à part quelques défaillances, fut honorable. Son respect pour l'autorité ecclésiastique ne diminua pas, malgré les scènes regrettables dont il fut parfois témoin à Constance, et malgré la tentation trop naturelle d'accroître son pouvoir impérial dans la mesure où il voyait s'amoindrir la puissance ecclésiastique. II auraitvoulu, au sein de l'assemblée, faire passer avant tout les projets de réforme; car il pensait avec raison qu'une fois l'élection du Pape terminée, on aurait hâte d'en finir et de se disperser.

II aurait désiré aussi modifier en même temps la constitution de l'Empire', mais il passa toute sa vie

1. Cf. Caul Ko£B:iE, Die sogenannte Reformation Kaiser's Sigismunds, Keues Archiv, 1898, p. G90. — F. MrLTENBERCER, Das Itinerarium Mar-

à lutter contre de pressantes difficultés, à élaborer mille projets, à nouer mille négociations qui ne purent presque jamais aboutir. Brave, actif, chevaleresque, il avait toutes les qualités qui distinguèrent plus tard notre François P"". Pourquoi faut-il ajouter qu'il ne lui ressembla pas moins par son goût pour les plaisirs, par son amour des entreprises hasardeuses, le manque de suite dans les projets, et des prodigalités qui en firent un souverain toujours besoigneux? Un moment pourtant, Sigismond se laissa entraîner par le conci; liabule de Bàle qui outra les mauvaises doctrines de Constance, mais il reconnut bien vite son erreur ainsi que le bon droit du Pape. Il redevint ce qu'il avait souvent été au sein du concile, lévéque du dehors, et un des plus fermes soutiens de la foi.

Tel fut avant, pendant et après Constance, le rôle du dernier empereur de la famille de Luxembourg.

tin's V von Conslanz bis Rom., dans Mittheilungen des Insliluts fur Œsterreichische Geschichtsforschung, t. XV (1894), p. 632.

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