‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 20 sur 183 · FROIS>iRT, t. XVI, p. i · texte numérisé non relu

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retirer à Anagni « par motif de santé ». Néanmoins ils ne cessèrent de témoigner à Urbain tous leurs respects et ils continuèrent en même temps à lui adresser des demandes instantes de faveurs nouvelles.

Peut-être se crùrent-ils obligés de dissimuler leurs projets de révolte jusqu'au jour où ils se sentirent efficacement appuyés.

Du château Saint- Ange le camerlingue Pierre de Gros appela à leur aide le fameux capitaine de routiers, Bernardon de la Salle, le vieux compagnon de Duguesclin. Presque aussitôt, deux cents lances gasconnes et navarraises, après avoir mis en déroute en passant les troupes romaines au pontSalaro, prirent sous leur protection les cardinaux dissidents.

Ces préparatifs de sécession avaient enfin éveillé l'attention d'Urbain \ ils avaient contribué à le faire revenir par instant à des sentiments plus modérés et à une vue plus nette de la vraie situation. Au mois de juin, il pria trois des membres du Sacré-Collège restés à Rome (Borsano, Corsini et Orsini) de se rendre à Anagni pour remplir auprès de leurs collègues une mission délicate : il s'agissait de reprocher avec douceur à ces mécontents leur manque de confiance, et de leur promettre que le nouveau Pape leur serait plus favorable qu'aucun de ses prédécesseurs. La démarche fut faite, et, en retour, les cardinaux d'Anagni assurèrent le pontife de leur fidélité. Ce qui ne les empêcha point, le soir même, de tenir une as-emblée pour constater l'invalidité de l'élection d'avril et pour se concerter sur les moyens à prendre alin de déposer Urbain. Ils engagèrent même les trois (lé[Hités à rester dans la ville d'Anagni et à faire cause commune

1. ScBEcrFCEM, Beitrdge zu der GeschichU des grosten Schismas. p. 11.

eo LE GRAND SCHISME.

avec eux, mais sans réussir tout d'abord à ébranler leur fidélité.

Les trois cardinaux italiens voulurent continuer les négociations : ils essayèrent de la diplomatie pour éviter de fâcheuses extrémités et rétablir la concorde entre le Sacré-Collège et le Pape. Il est curieux de le constater : les deux principaux moyens préconisés plus tard, pendant près de vingt ans^ pour éteindre le schisme furent, dès la première heure, conseillés, au nom du ^ ontife, par ses trois députés. Le premier de ces moyens était la réunion d'un concile général ' dans une ville sûre, soit à Venise, soit à Pise, soit même à Naples : c'est celui qui réussira, quarante ans plus tard, à Constance. Le second était une sorte de compromis qui aurait confié le choix d'un pape aux soins de six délégués spéciaux : c'est la voie qu'on s'efforcera en vain de faire prévaloir à plusieurs reprises dans les années qui suivront.

Ni l'un ni l'autre de ces expédients ne rallia les suffrages à ce moment. Les cardinaux dissidents écartèrent même le projet de réélire Barthélémy, ce qui aurait coupé court à toutes les difficultés juridiques. Ils refusèrent d'écouter les consultations sur les points de droit et de fait que publièrent, en août 1378, Jean de Legnano à Bologne, Balde à Pérouse et Colluccio Salutato à Florence : c'étaient les trois juristes les plus éclairés de l'époque^.

A partir de cette date, la rébellion éclate au grand jour. Les cardinaux d'Anagni envoient d'abord à Urbain

t. Raynald, k. 1378. n" 43. — Valois, t. I, p. 80.— Gayet, t. II, Picca justifie., p. 488. — Balize, t. I, col. 1107. — Scheuffgen, p. 7. 3. Ratnald, n" 31 et 3C.

une lettre outrageante, l'appelant, entre autres injures, « ancien évêque de Bari », et se permettant de lui souhaiter des inspirations plus sensées. Ils contestent vivement la légitimité de son élection et lui déclarent qu'ils ne l'ont intronisé que sous le coup de la terreur*; ils le dénoncent comme apostat, frappé d'anathème, et le somment d'abdiquer ^. Le 2 août, ils font suivre ce document peu édifiant de leur fameuse DeclaratiOj récit destiné à la publicité. Ils y détaillent dans un exposé peu exact et très passionné les circonstances de l'élection du 8 avril, affirmant derechef qu'ils n'ont élu Prignano que pour plaire au peuple et par crainte de la mort 2. Ils se constituent donc accusateurs, témoins et juges dans un procès contre un Pape qu'euxmêmes ont créé et solennellement reconnu : c'est une déclaration de guerre, et, dès lors, les événements se précipitent.

Le 9 août, les treize cardinaux donnent lecture publique d'une encyclique adressée à tous les fidèles, dans laquelle ils renouvellent le récit de tout ce qui s'est passé en avril et où ils anathématisent Urbain

1. Saint A'incent Ferricr (De moderno scismate, ms. Bibl. nat. 1170, f" 263, 7») cherche, lui aussi, à excuser les cardinaux par la terreur que leur inspirait Urbain, homo furiosus, comme disait le cardinal de Bretagne. Ce n'est qu'à Anagni, sous la protection des routiers, • postquam fuerunt stipali armatis ttipendiariis », qu'ils osent déclarer Barthélémy apostat et intrus. On peut trouver que leur pusillanimité a été de longue durée. Elle les avait déjà empêchés d'élire un vrai pape en avril; elle les suit pendant plusieurs mois et les force à agir contre leur conscience : ils ont peur du peuple d'abord, du pape ensuite! • Les cardinaux électeurs ont-ils eu tort de se taire si longtemps? se demande le saint. Devaient-ils subir la mort plutôt que de simuler ainsi? > • Je ne me permets pas de les juger, > répond-il.

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