ItVYNAtD, a. 1378; n
2. NiEM, De sci.<:7nate, lib. I. 9 — Balvze, 1. 1, coll. lOSO et 1139.
c. Baluze, Col. 1*39.— Urbain mit son projeta eiécution le 18 septembre.
Nous n'en avons pas le texte exact, mais nous en connaissons la teneur générale. Elle encourageait les dissidents à persévérer dans leurs desseins, à élire un Pape qui serait agréable à la France et à compter sur des secours d'hommes et d'argent *.
Cette lettre ôta sans doute aux cardinaux leurs derniers scrupules. Le 20 septembre, les treize prélats se réunirent dans le pBlaisdes Gaetani à Fondi, entrèrent enconclave et élurent Robert de Genève à l'unanimité, moins une voix. Les trois cardinaux italiens, se sentant joués, n'avaient point participé au vote; mais ils regardèrent l'élection de Fondi comme canonique. Le nouveau pontife prit aussitôt le nom de Clément VII et fut sacré le jour de la Toussaint.
S 2. — Clément est reconnu par plusieurs nations.
Robert était allii aux principales familles de l'Europe, et il était, du côté maternel, petit cousin du roi de France. Son frère était comte de Genève, et sa mère comtesse de Boulogne. Nommé, jeune encore, évêque de Thérouanne, il avait occupé ce siège pendant sept ans, puis celui de Cambrai pendant trois, sans donner d'ailleurs à ses diocésains aucun sujet de plainte sérieuse. Sa taille était imposante, sa voix sonore, son extérieur affable, son esprit délié et insinuant. Homme de haute lignée, il aimait et protégeait les nobles, les gens d'armes et les artistes. Mais il y avait dans sa vie une tache que rien ne pouvait effacer. L'année précédente, il avait dirigé contre la ville de Césène, rebelle au Pape, des bandes de mercenaires étrangers et on
1. Valois, t. 1, p. 99 et suiv. Ven la même date, le roi écrivait à Jeanne de Naples pour recommander les cardinaux dissidents. Lettre retrouvée par M. Noël Valois à la bibl. de Cambrai, ms. 9*0, n» 92.
disait qu'il avait couvert de son autorité leurs débordements de toute sorte. Ces cruautés avaient excité l'horreur de l'Italie tout entière. Robert y était plutôt considéré comme un chef de condottieri que comme la représentation vivante du bon pasteur.
Ce n'est pas d'ailleurs du côté de sa conscience que lui venaient les obstacles. C'est ainsi qu'il n'éprouvera aucun scrupule, comme nous le verrons par la suite, à octroyer au roi de France la nomination aux bénéfices les plus considérables du royaume ^ et à disposer, au gré de sa politique, des États pontificaux. Il n'hésitera point, par exemple, à abandonner une bonne partie de ce patrimoine sacré à l'habile duc d'Anjou pour lui permettre de créer le fantastique et éphémère royaume d'Adria ^. C'est même dans cette vue que l'élu de Fondi sacrifia son désir de s'établir immédiatement à Avignon. Il resta en Italie jusqu'à l'année suivante afin d'y fomenter ou d'y accroître la discorde ^ et pour essayer d'y établir sa trop précaire autorité.^
Voilà donc le schisme consommé. Les cardinaux de Fondi ont déchiré de leurs propres mains la robe (lu Christ. Avaient-ils eu, pour agir, des raisons suffisantes? Nous ne le pensons pas. Et qui donc le croira? Les craintes qui ont pu peser sur l'élection d'Urbain ont-elles nécessairement porté atteinte à la liberté des électeurs? Que dire, d'ailleurs, de cette réélection silencieuse qui a duré de longs mois? De plus, leur conduite est trop souvent marquée au coin de la passion, et les considérations d'intérêt personnel y tiennent trop
\. Bulle du 6 janvier 1380 adressée à Charles V.
2. DuRRiEP, Le royaume cTAdria dans la Revue des questions histor., 1880, t. XXVni, p. 43.
3. Valois, 1. 1, p. 167. — Froissart, t. XVI, p. 67. — Chronic Karoli VI 1. XI, c. 9.
L'ELECTION DE CLEMEiNT VII A FONDI. 65
de place. Ah! s'ils avaient pu prévoir combien le monde chrétien serait divisé, combien de consciences seraient scandalisées et d'âmes torturées par le doute dans toutes les parties de l'univers catholique; s'ils s'étaient rendu compte des progrès de l'hérésie en Angleterre et de sa propagation en Bohême; s'il leur avait été donné d'entendre les dérisions et les insultes des ennemis de notre foi M.. Si encore on leur avait pu prédire que cette scission sacrilège allait durer quarante ans, abaissant le pontificat suprême dans l'esprit des fidèles et des princes, ajournant indéfiniment tous les projets de réforme et engendrant toute espèce de maux religieux ou matériels! Sans doute ils auraient reculé devant les funestes suites de leurs actes, aussi inconsidérés qu'injustes. Une troisième fois, s'ils l'avaient cru nécessaire, ils auraient élu Urbain, ou ils auraient supporté avec plus de patience les conséquences du premier choix, dont ils étaient les seuls auteurs.
Sainte Catherine de Sienne, la voyante inspirée, fit d'amers reproches aux trois cardinaux italiens, qui avaient abandonné Urbain. Ces récriminations trop justifiées tombent, à plus forte raison, sur les prélats français qui ont poussé à la rébellion. « Vous avez tourné le dos comme de lâches chevaliers, leur écritelle... C'est vous-mêmes qui m'avez enseigné à ne plus vous croire... Qui n'est pas pour la vérité est contre la
i. Voici comment s'exprime un rimeur anonyme dont les quatrains ont été retrouvés à Rouen par M. N. Valois, 1. 1, p. 383 : Les sacrements faudront si le scùme demeure, Juifs s'esjoiront, San-asins sans demeure Assaudront crestiens. Ois est nés de malheure Qui contre le Conseil (Concile général) pour le scisme labenre.
Cf. 0pp. Gerson.W, col. ilS.— Martène, Thésaurus, LU, col. il59. — H. DE Lasgesstein, luvectiva, V, 243. Epistola Pacis, II, 30. — Chronic. KaroU VI, l.H, c. 2. — Froissart, t. XI, p. 231.
vérité. Qui ne fut pas à Fondi pour le Christ sur terre, pour le pape Urbain, fut contre lui. Je vous dis que vous avez mal fait, vous et l'antipape, je répète qu'on a choisi un membre du diable. Si Clément eût été membre du Christ, il eût mieux aimé mourir que de consentir à un si grand mal, parce qu'il connaît la vérité comme nous et ne peut s'excuser par ignorance ^ . »
Dès le jour même de l'élection , les cardinaux de Fondi prirent soin d'annoncer au monde catholique qu'ils avaient choisi Clément VII.
Pendant que les fidèles, étonnés et scandalisés, se demandaient quels pouvaient être les motifs d'un revirement si inattendu, Urbain prenait des mesures pour défendre ses droits violés. Le 29 novembre 1378, après enquête et en pleine connaissance de cause, le Pape de Rome lançait une bulle d'excommunication contre Clément et frappait avec lui tous les principaux fauteurs du schisme, « ces ouvriers d'iniquité et de perdition' ». Personne ne devait leur donner l'hospitalité ; quiconque prendrait part à une expédition dirigée contre eux jouirait des mêmes avantages spirituels qu'un croisé de Terre- Sainte.
C était déjà un cri de guerre. En outre, les sujets de tous les princes qui protégeraient le nouveau Pape étaient déliés du serment de fidélité, que leurs souverains fussent rois ou évêques. C'était un appel aux armes spirituelles.
De son côté, Clément ne restait pas inactif : il en-
i. Lettre 31», apud Raynald, a. 4378, n« Sfi et «S. — Ibid., a. i379, B" 21 et 23. — DU BouLAY, t. IV, p. 518. — Chavin de Malan, Histoire de fainte Catherine de Sienne, t. II, p. 462.