CHAPITRE VIII
Br.XOlT XIII. — LA SOUSTRACTION D OBEDIENCE.
§ 1. — Election de Benoît XIII.
A la mort de Clément VII, une occasion unique s'offrait aux cardinaux français de mettre fin au schisme. Qu'ils s'abstinssent de lui choisir un successeur, et la paix était rendue à l'Eglise.
Malheureusement trop d'intérêts et trop de passions étaient enjeu pour que les membres du Sacré-Collège pussent ou voulussent profiter de ces circonstances favorables. A peine le corps de Clément était-il descendu près de celui de Jean XXII, dans les caveaux de la cathédrale ^18 septembre 1394), que les cardinaux entrent en conclave ^
Dans ces délicates conjonctures, que va faire le roi de France, le protecteur attitré de la papauté d'Avignon? A la nouvelle de la mort du Pontife, Charles rassemble son conseil particulier. On y décide à l'unanimité
1. Les noms des 81 membres du Sacré-Collège alors présents à Avignon se trouvent dans R.u lze. t. I, col. S66, dans le document publié lar le P. Ehrie, en iiS9, Arcliiv fur Literattir und Kirchengeschichte. l- V, p. 401 (Fribourg^, et dans la Chronica actitalorum de Martin D'Ai-par- 11L (édit. Ehrle, Paderborn; 1906), p. 10.
qu'on priera le Sacré-Collège de surseoir à l'élection jusqu'à ce que le roi de France ait envoyé un message spécial et solennel aux cardinaux. Une lettre partit immédiatement pour faire connaître cette décision.
De son côté, l'Université ne restait pas inactive ; son influence grandissait au milieu de ces divisions. Elle envoya à Charles une députation de maîtres chargés de lui présenter quatre demandes : « Que les cardinaux retardent l'ouverture du conclave, disait-elle, jusqu'à ce que le prince ait fixé le mode de procéder. La voie de cession nous semble toujours la meilleure et la plus facile. Qu'une assemblée composée de prélats, de barons, d'universitaires et de notables se réunisse pour choisir le moyen le plus sûr de réussir. Que le roi écrive au Pape de Rome Boniface et à ses principaux partisans. Qu'enfin Charles fasse faire des prières et des processions solennelles pour obtenir de Dieu le rétablissement de la paix K »
Le roi acquiesça à toutes ces demandes^ puis il pria à son tour les professeurs de reprendre les cours et les actes scolaires. Ils y consentirent avec empressement. Le même jour, c'est-à-dire le 23 septembre, Charles résolut d'envoyer en Avignon une députation qui serait chargée d'empêcher une nouvelle élection et qui essayerait ainsi de faire cesser le schisme.
Malheureusement, quand le premier message parvint" au Sacré-Collège, tous ses membres étaient déjà réunis en conclave ^. Les prélats devinèrent sans doute le contenu de la lettre royale, car ils résolurent de ne l'ouvrir qu'après avoir terminé l'élection. Néanmoins, comme ils tenaient à être en règle avec leur cons-
i. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. 7. — Cf. VAtois, t. ni, p. t. 2. Ibid., c. «. — 26 septembre 139».
cience, comme ils ne voulaient pas encourir les repro- I hes du roi, ils s'engagèrent par serment solennel à travailler à l'extirpation du schisme en aidant le futur pape, et en ne créant aucun obstacle qui pût entraver sa bonne volonté. Chacun d'eux promit en outre, s'il était élu, d'employer les moyens les plus propres à rétablir l'unité religieuse, fallût-il en venir jusqu'à renoncer à la papauté, si ce sacrifice était jugé nécessaire au bien de l'Eglise'. Donc, la voie de cession était adoptée en principe par tout le Sacré-Collège : elle paraissait à la veille de triompher^.
Après cette promesse si grave, les vingt et un cardinaux invoquèrent ensemble les lumières du Saint- Esprit, puis ils élurent d'un accord unanime l'ancien légatàPariS; l'Aragonais Pierre de Lune, qui prit le iiom de Benoît XÏIP.
Né en Aragon d'une noble famille, Pierre de Lune ' avait fait de bonnes études eu France et avait professé le droit canon à l'Université de Montpellier. Gré- ^•oire XI le créa cardinal et s'en fit accompagner quand l retourna à Rome. D'abord convaincu de la légitimité d Urbain YI, il fut l'un des derniers à se rallier à son rival, mais son dévouement, quoique tardif, fut absolu et efficace. C'est lui qui rattacha à la cause de Clément VII la péninsule hispanique tout entière. Conquérant en Espagne, il fut temporisateur à Paris; mais, d'un côté comme de l'autre des Pyrénées, il se montra diplomate consommé. En 1394, il avait soixante six ans.