NlËU, I. il
3. n y eut cependant trois cardinaux qui refusèrent de jnrcr,. dit la pièce rapportée par BmiR.ArcAtv, t. Y, p. 402. Bai.uze affiriuequ'il n'y en sut qu'un seul^ le cardinal de Pampelune, op. cit., p. ?n\.
3. JI. d'Alpa«til, Clironi'caaclitatora'm (édif. Ehhle),. p. 11.
4. Sur Benoit XIII et son pontificat, cl. .T. DoiiÉ, Le (temierpape oPAignon d«n» fes' Etuid<iiJi9m„ t. XCIV et \CV.
'Au conclave d'Avignon, il se déclara partisan de la cession. « Il faisait TAigneau-Dieu et il semblait que ce fust merveille : je l'eusse voulentiers eslu, si j'eusse eu voix à l'élection », disait plus tard Simon de Cramaud ^ Comme il avait paru jusqu'alors insinuant et éloquent, de vie exemplaire et de caractère pacifique, il fut choisi par tous les membres du Sacré-Collège. On était persuadé qu'il tiendrait plus encore qu'il ne promettait, et que, sous son règne, l'union ne rencontrerait point d'obstacle, au moins de sa part. Il avait voulu d'ailleurs refuser le poste d'honneur qu'on lui offrait 2. Pendant les cinq premiers mois de son règne, il sembla donner raison aux conjectures les plus optimistes. 11 avait dit un jour en ôtant sa chape : « Je résignerais la papauté avec autant de facilité que je quitte ce vêtement. »^ « J'aimerais mieux me faire cordelier que de retenir l'Eglise en pareil schisme », ajoutait-il, et l'on était persuadé qu'il disait vrai.
S 2. — État d'esprit du nouveau pape.
Malheureusement chez Benoît XIII, comme chez Urbain VI, on vint à constater bien vite un déplorable changement de conduite et de caractère^. Est-ce l'effet d'une ambition jusque-là dissimulée et enfin découverte ? Est-ce l'accoutumance des honneurs et de la
1. Discours au concile de Paris de 1406. Cf. Bourgeois Dr Chasteaet, Nouvelle histoire du Concile de Constance, Preuves, p. 21C.
2. Diu renitens, dit la pièce rapportée par Ehrle, Archiv, t. 7, p. 403- Invito et diurenuenle inthr07iizatus, p. 403.
3. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. iO. Le religieux de Saint-Denis rap porte le même fait et l'attribue à Clément VU : lib. Ill, c. i^. — Cf. Valois, t. II, p. 401. Ils ont pu tenir tous deux le même propos.
4. « Petrus ille de Luoa, homo nunquam non lunaticus, turbavit omnia. » Meyer, Annales rerum Flandricarv^t ^- l'»06,p. 925.
plus haute dignité du monde qui lui en rendaient le sacrifice plus difficile? Qui le dira?
Pourtant les premières dispositions de Benoît avaient été excellentes. Immédiatement après son élection, il s'était empressé d'écrire au roi : « Je vous notifie ma promotion, disait-il en substance, et je vous assure en même temps de ma ferme et sincère intention de faire cesser le schisme. Je mettrai à profit vos bons conseils et ceux des princes vos oncles pour que vous conserviez tout entière la gloire d'avoir rendu ce grand service à rÉglise. J'emploierai pour arriver à mon but tous les moyens raisonnables et possibles; mais, je vous en prie, envoyez tout de suite en Avignon une ambassade solennelle. J'accepterai sans tergiverser tout ce qui sera proposé par elle. J'aimerais mieux finir mes jours dans le désert ou dans le cloître que de contribuer en quelque façon à prolonger cet état de désordre si préjudiciable à tous * . »
Une lettre de VAlma Mater rappela au nouveau pape, en termes pressants, le désir qu'il avait toujours manifesté de rétablir l'union^. « Aujourd'hui, disait-elle, le moment est favorable, et le Ciel semble vous seconder. Mettez sans retard à exécution ces projets de concorde arrêtés depuis longtemps dans votre esprit. Si vous hésitez, les flatteurs, les ambitieux, les courtisans viendront qui vous solliciteront en sens contraire. Vous prendrez insensiblement le goût des honneurs et vous agirez comme votre prédécesseur. Qui sait pour combien de temps vous posséderez ce pouvoir que Dieu vous a confié? La paix de l'Église est entre vos mains, car votre rival tiendra sans doute à vous imiter. S'il vient à refuser de le faire, vous aurez convaincu tout le
1. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. 9. — 2. De.mfle, III, p. GO-2.
lôO LE GRAND SCHISME.
monde de voire bon droit el votre compétiteur sera renversé comme le plus obstiné des schismatiques. Le salut et l'unité de l'Église dépendent donc de vous'. »
Le Pape accueillit tout d'abord favorablement cette requête si touchante et reçut avecbienveillance les rôles de promotions que lui adressèrent divers groupes de maîtres et d'écoliers parisiens '■^. Benoît désirait qu'on lui députât une ambassade extraordinaire: Charles ne crut pouvoir mieux faire que d'envoyer au Pape son aumônier Pierre d'Ailly pour préparer les voies. Le docteur, jeune et déjà illustre, était depuis cinq ans chancelier de l'Université de Paris, et il avait été élevé à la dignité de trésorier de la Sainte-Chapelle^.
Par ces charges si importantes il appartenait tout à la fois à VAlma Mater et à la cour; il allait les représenter l'une et l'autre devant le nouveau pontife d'Avignon. De plus, par ses correspondances avec les personnages les plus influents de Tépoque*, par son esprit diplomatique, par son désir sincère de mettre fin au schisme, il était tout naturellement désigné- pour cette mission de confiance (octobre 1394).
Le discours que Pierre d'Ailly prononça dans cette grave occurrence nous a été conservé, et nous l'avons lu dans un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai^.
1. Chronic. Karoli VI lih. XV, c. 19.— :2. DENirtE, IV, 1, 2, 6, 16. Il laul noter que l'Université elle-même ne voulut pas adresser au pape • son rôle •, alorsque Benoît xni l'y avait invitée Cf. Demfle, IV, 18 ; Valok. m, «4.
3. EiiRLE, Archiv, t. V, p. 406. — TscHAOtERT, Peter von Ailli, p. 9J. — Valois, t. III, p. 9i.
4. Lettre de P. d'Ailly au roi, 6 juin 139i (DiNirrr. Chartul., t. III. p. 640, 624). — LeUre de Clément vil à Pierre d'Ailly (ibid., *83 et485;. — Lettre de B. Alaman à Pierre d'Ailly à propwi de son traité descismate {ib<'d.. p. 000). — Lettre de P. d'Ailly à Henri d« Langenstein et réponse de celui-ci Abid., p. 637).
5. Ms. de la Bibl. de Cambrai, n» 5.31, f. 203 verso. — Tschackebt pense à tort que ce discours fut prononcé pendant l'ambassade dont d'Ailly fut de nouveau chargé en 1398 [Peter von AiUi, p. 353). Mais l'orateurdit
BENOir XIII. - LA SOUSTRACTION D'OBÉDIENGK. 151
L'habile ambassadeur, dans un style que le goût moderne trouverait quelque peu ampoulé, adresse d'abord au Pape des compliments prophétiques que l'avenir devait peu justifier. Il espère la fin du schisme, grâce à la bonne volonté, à la puissance et à la science de Benoît. Il salue d'avance l'aurore de la paix et de la réforme de l'Eglise. L'âge d'or va renaître grâce à l'élection du nouveau Pape.
Dans cette amplification oratoire, il n'est fait nulle mention de la voie de cession. Etait-ce qu'en ce moment il jugeait plus cpnvenable de réserver ce sujet délicat pour les entretiens particuliers qu'il aurait avec Benoît? Etait-ce qu'il lisait déjà dans la pensée secrète du pape et commençait à douter de sa sincérité^ ?
Quelle fut la réponse de l'adroit pontife? Il paraît bien qu'elle fut simplement dilatoire et que d'Ailly ne reçut pas d'assurances positives. En effet, de retour à Paris, l'ambassadeur, après avoir rendu compte au roi de sa mission secrète, parut au sein de la grande assemblée du clergé tenue à l'hôtel royal de Saint- Paul, le premier février 1395. Pierre d'Ailly préconisa encore hautement la voie de cession comme la plus ex-
que le schisme dure depuis seize ans, donc ce document date de 1394. Ce ms. avait déjà été remaïquc à Cambrai par Pertz {Archiv, VIII, 431), dès avant 1843. — Cf. Valois, III, 23.
1. Nous renconirons dansce nis. de» traces de ces concetti qui sont fréquents dans les œu^Tes oialoires de cette époque. D'Ailly dit au Pape : t Klet pax ista vera utique et perfecta «i sit misericordia in alfcciu quantum ad inchoalionis ingressum, si sit verilas in effeclu quantum ad mediationis progressum, si sitjustitia in pro/isctw quantum ad consummationis egresBum. • Mais nous n'y trouvons point de mention de la voie de cession. Nous sommes sûr cependant qu'il en parla à Benoit, car le duc de Bourgogne fit allusion à cette coinraunicalion en 1398, lorsqu'il s'agit de nouveau de la soustraction d'obédience. Mais le duc se trompe quand il alTirme que celte requête fut faite en plohi consistoire. Cf. Choix de pièces inédiles, par DoiET-D'Anco, t. I> p. 1»5.
péditive, la plus simple et la plus avantageuse ^ . La réunion l'approuva , et le lendemain, quatre-vingt-sept prélats^ sur cent-neuf membres, se prononcèrent pour le même moyen. Ils émirent un avis semblable dans l'instruction donnée aux messagers que le roi avait l'intention d'envoyer en Avignon. « Si le Pape veut accepter ce moyen, ajoutent-ils, il sera nécessaire d'avertir les princes qui sont de l'obédience du pontife de Rome avant de prévenir l'intrus Boniface lui-même. S'il refuse, les souverains auront contre lui un excellent recours : ce sera la soustraction d'obédience ^ ».
Hélas! c'est contre l'obstiné Benoît, et non contre Boniface, que le clergé français allait bientôt devoir appliquer cette mesure de rigueur. L'ambassade solennelle qui allait partir pour Avignon était composée des ducs de Berry et de Bourgogne, du duc d'Orléans, frère du roi, ainsi que d'une brillante suite de seigneurs et de maîtres de l'Université. Le 21 mai, les délégués arrivèrent à Villeneuve-lez- Avignon, et dès le lendemain ils furent reçus par le pape avec une bienveillance apparente. Benoît se défiait déjà des conseils qu'il pourrait recevoir de Paris. Aussi lorsque^ plusieurs jours après , l'ambassade se permit de lui demander à nouveau le texte du serment que le futur pape avait prêté avant le conclave comme les autres cardinaux, le pontife s'y refusa d'abord. "Vivement pressé par les députés, il finit cependant par consentir à le laisser copier 3.
1. Chronic. Karoli VI lib. XV, cil.— Cf. Heffxe, Histoire des Conciles (Trad. Leclercq), t. VI, 2» partie, p. 1163. — Jarrt, Louts de France, p. 131.