I. Chronic, lib. XVI, c. 3. — Valois, t. Ill, p
Quelques jours plus tard, Gilles des Champs ' lui répliqua au nom des envoyés royaux ; il supplia le pape avec instance d'adopter le moyen proposé par la cour de Paris. « C'est l'intention formelle du roi, ajouta le duc de Berry. » « Si cela est vrai, répondit le pape, que Charles m'en donne son avis par écrit. » « Pas n'est besoin décrit, dit Gilles des Champs ; toute notre proposition tient en un seul mot : cession. » « Je demande le temps et le loisir nécessaires pour réfléchir, répliqua enfin Benoît. Je vous assure d'ailleurs que je reste très disposé à assurer la paix de l'Église. »
Les cardinaux réunis à Villeneuve et consultés par les ambassadeurs donnèrent chacun leur avis sur ce point. Repoussant, eux aussi, les atermoiements du Pape, tous prononcèrent le grand mot de cession. Il n'y eut d'excepté que le cardinal de Pampelune, qui se déclara formellement pour « la voie de fait » et demanda l'emploi de la force. « LaA'raie voie selon Dieu et la justice, dit-il, celle qui rétablira la paix et l'union dans l'Église, c'est l'expulsioîi de l'intrus à main armée autant qu'il sera possible^ ».
Malgré toute cette opposition, le Pape continuait à tergiverser et à hésiter. 11 avait préparé une bulle et il en livra aux ducs une copie. « La voie de cession, y disait-il, n'est pas admise en droit pour terminer les schismes; elle n'a jamais été pratiquée, mais au contraire toujours rejetée comme peu convenable... Toute
1. Il était du diocèse de Rouen. D'abord élève du collège d'Harcourt et maître es arts, il devint docteur en tliéologie en 1383. 11 fut ensuite recteur du collège de Navarre, en 1389. Créé c&rdinal avec P. d'Ailly le 6 juin 1411, il retint l'administration de l'église de Coutances, dont il avait été nommé évéque le 2 octobre li09. Il mourut à Rouen en U13.
2. Ehule, Archiv, t. VIT, p. 23-28. — Cf. le procès-verbal de l'ambasde par Gontier Cul, sccrt'(;u:e du roi. Vel. scri/jt. amplis. collccU'o,
.. VIF, pp. 4ftî, 472 et iO-i. — Le Cardinal s'appeLiit Martin de Salva.
innovation sur ce point serait préjudiciable à lEglise et d'un fâcheux exemple * ».
Benoît proposait ensuite son système qui était, nous ravons vu, de s'aboucher avec son compétiteur et les cardinaux de la partie adverse, afin qu'ils pussent exposer respectivement leurs raisons. « Si l'entrevue ne donne pas de résultat, ajoutait-il, que l'on constitue un tribunal arbitral et tout se décidera à l'unanimité ou aux deux tiers des voix. » Le Pape d'Avignon commençait déjà à donner des preuves de cette malheureuse obstination dans laquelle il allait persister jusqu'à la mort. Il résista à toutes les instances du Sacré-Collôge et de l'ambassade.
On laccusa même d'avoir fait incendier le pont célèbre qui relie Avignon à Villeneuve où habitaient les ducs-, « afin qu'ils n'eussent plus opportune de venir vers lui », dira plus tard Jean Petit qui faisait partie de la légation 3. Il alla jusqu'à se refuser à recevoir les députés de l'Université en audience publique. Ceux-ci, diton, la demandèrent à des heures et en des lieux qui ne convenaient pas au pontife. Était-ce une raison ou un prétexte '?
Aussi prodigue des biens de l'Église que ménager des siens, il offrit aux ducs de leur abandonner la con- <iuête et la possession des pays qui formaient le patrimoine pontifical en Italie et que d'ailleurs il n'avait pas -DUS sa domination. Il ne faisait que suivre en cela - exemple peu honorable de son prédécesseur, qui, ceize ans auparavant, avait cédé au duc d'Anjou le : oyaume d'Adria.
Les oncles du roi de France répondirent dédaigneu-
I. Chronic. Karoli VI hh. XVI, c. 4 et S. — 2. Eurle, p. -us. — •!. Diiscours à l'Universiié de Paris en 1408.
sèment qu'ils n'avaient que faire de son appui. Pendant ce temps, les relations entre les ambassadeurs et les cardinaux devenaient de plus en plus intimes et fré- ({uentes. Ils se rencontraient souvent en Avignon dans le couvent des Cordeliers, et ils concertaient ensemble les demandes et les réponses à faire au Pape. Dans toutes ses cauteleuses négociations, dont le détail serait fastidieux, le pontife ne cherchait visiblement qu'à gagner du temps et à fatiguer les envoyés royaux. Une dernière entrevue eut lieu sans qu'ils pussent rien obtenir de l'inflexible Benoît au mépris de ses promesses les plus solennelles * (8 juillet ) .
Avant de sortir du palais apostolique, les ducs mécontents convoquèrent les cardinaux et plusieurs autres personnes choisies par eux. Tous se réunirent le 9 juillet 1395; quatre orateurs haranguèrent la foule au nom du roi et de l'Université et s'efforcèrent de justifier leur conduite en blâmant celle du pontife. C'était exciter à la révolte les sujets du Pape. Quant aux cardinaux, ils étaient déjà presque tous gagnés à la cause du roi ; tous leurs bénéfices étaient en France : on les menaçait de leur couper les vivres et leur intérêt répondait de leur zèle.
J 4. — Mécontentement du roi de France et des autres souverains.
A partir de cette époque, le nouveau Pape sembla n'user de son habileté qui était grande, de sa science qui était profonde et de sa ténacité qui était étonnante, que pour rechercher des expédients politiques ou des subtilités juridiques afin de retarder sa
1. Chronic. Karoli F71ib. XVI, c. li. — Jouvenel des Ursins, a. 1395 Collection Michaud, p. 400. — Valois, t. HI, p. 62.
IiKXOIT XIII. — LA SOUSTRACTION D'OBÉDIENCE. lO:
chute : Homo contentiosus, dit un de ses historiens'.
D'abord l'obédience d'Avignon se prit à mettre en doute les promesses du Pape et à soupçonner sa bonne foi. Jouvenel des Ursins rend compte de cet état l'esprit : « Plusieurs doubtoient que ce fut toute fiction, «crit-il à propos de Benoît; qu'il disoit d'un et pensoit d'autre^. » On n'hésita plus à l'accuser, quand on le vit multiplier les obstacles à la cession. Aussi dans le concile qui se tint à Paris du 16 août au 15 septembre 1396, se marqua une très vive opposition au pontife. Alors on vit se produire ces motions téméraires que l'Université tenait en réserve depuis un an : suppression des provisions apostoliques, suppression des levées faites au profit du pape, toutes mesures destinées à vaincre par l'intérêt, la résistance de Benoît XlIP.
Au retour des ambassadeurs à Paris, après 120 jours de négociations inutiles^, le roi Charles s'était aperçu qu'il ne pouvait compter sur le pontife d'Avignon pour rendre la paix au monde catholique. Il résolut dès lors de s'unir aux autres princes chrétiens dans le dessein de « ramener au port du salut le vaisseau de l'Église », comme dit le moine de Saint-Denis.
A la fin de 1395, sur le conseil de l'Université, il envoya une députation aux archevêques et aux princes allemands, mais elle revint bientôt sans avoir rien conclu. Une ambassade en Angleterre fut reçue courtoisement par Richard II, qui convoitait alors la main de la jeune Isabelle de France. Le roi promit de s'em-
1. Auctor vitœ Innoc. VU apud Muratori, III, 836. — Discours de Jean Pelil au concile de 1406. —Cf. Boirgeois de Chastenet, Nouvelle histoin du Concile de Constaiice, Preuves, p. 107.