‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 7 sur 183 · n 8"» t»«, q. CXLVIH, a · texte numérisé non relu

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pu être achevé, et, parmi ses successeurs dans les chaires les plus célèbres de lEcole, personne n'a hérité de son esprit synthétique, personne n'a exposé d une façon complète etsystématique la doctrine sur l'Église ' .

Les ouvrages qui nous restent du XIV* siècle nous donnent assez souvent le compte rendu des disputes d'école, de ces discussions scolastiques ardentes qui s'engageaient dans la rue du Fouarre, au pied de la chaire du professeur, et qui se poursuivaient dans le cloître des Mathurins, sur la place Maubert, et dan« tout le quartier latin d'alors. On est étonné et effrayé à la fois de rencontrer sur les lèvres de ces jouteurs intellectuels tant de propositions étranges ou suspectes surtous les points de la théologie, mais principalement sur le pouvoir de l'Eglise. 11 n'est guère d'erreur, condamnée depuis, que Ton ne puisse retrouver dans les questions singulières que pose cette théologie de décadence, dans les thèses aventureuses de quelque docteur frais émoulu, ou dans les leçons d€ quelque bachelier sententiaire, plus épris de nouveauté que de vérité. Bien souvent, il est vrai, ces assertions sont omises sous une forme dubitative, avec des restrictions inspirées par la crainte de la cpnsure; mais le venir, se fait jour par cette fissure discrète, et il va infecter l'enseig'neraent chrétien tout entier.

C'est le dominicain Jean de Paris qui attaque la puissance temporelle de l'Eglise; puis, c'est Marsile de Padoue qui bat en brèche l'autorité spirituelle du Pape, la primauté de saint Pierre, le pouvoir descleFs. On sait quel rôle Marsile a joué à la cour de Louis de Bavière avec son complice Jean de Jandun, professeur à Paris

1. Dans son ouvrage, Die Lehre des heîUgen Thotnas ixm Aquin-von der Kvrche ois Ootleawerk (Ratrsbonnft, 1993), M. ©ralrtnan «est efTorcé de reconstituer avec les éléments épars dans l'oeuvre du ûocteur angélique, l'ensemble de 1» dt-etrme de saint Thonr-ta aur PEgHs*.

comme lui'. Ils y ont été, à cinquante ans de distance, d'autres Pierre Flotte et d'autres Pierre Dubois, auprès d'un autre Philippe le Bel. Leurs doctrines, à la fois césariennes et révolutionnaires, ont laissé plus d'une trace dans les écoles de l'Université.

Mais ce mal théologique s'envenima surtout quand Guillaume Occam et quelques Franciscains querelleurs se jetèrent dans le camp de Louis de Bavière, lors de sa funeste lutte contre le pape Jean XXII. « Défendeznous par le glaive, dirent-ils à l'Empereur, et nous vous défendrons par la plume. » C'est ainsi que des traîtres ouvraient à l'ennemi les portes du sanctuaire qu'ils étaient chargés de garder.

Les théories audacieuses d'Occam trouvent écho en Angleterre, sa patrie. Jean Wiclef, théologien d'Oxford, soulève une véritable révolte contre le trône et l'autel. Lorsqu'il meurt en 1384, le grand schisme est déjà déclaré, et Jean Hus, héritier de ses doctrines, commence ses études à l'Université de Prague. C'est sur ces bancs ou dans ces chaires qu'il poussera jusqu'à l'extrême ses conclusions contre l'Eglise et son chef.

Ces excès doctrinaux font germer une réaction moins subversive à coup sûr, mais tout aussi erronée. Déjà le général des Augustins, Augustinus Triumphus, avait attribué au Pape un pouvoir sans limite, une puissance directe même sur toutes les choses temporelles : « Le Souverain Pontife, dit-il, ne sait pas lui-même jusqu'où peut s'étendre sa suprême autorité^. » Alvarez Pelagius, lui aussi ancien étudiant de Paris, suit les mêmes

1. N. Valois, Jean de Jandun et Marsile de Padoue auteurs du Defensorpacis dans l'Histoire lilléraire de France (Paris, 1903), t. XXXni, p. 528-623. — Cf. R. ScnoLZ, Die Publizistik zur Zeit Philipps des Schônen und Bonifaz VIII (Stuttgart, 1903); Unbekannte KirchenpoU. tische Slreitschriften aus der Zeit Lv.dwigs des Baiern (1327-1354), t. I (Rome, 19H), t. II (Rome, 101 1).

%. Summa de potestate Ecclesiae ad Joannem XXII, q. I. a. 1.

L'ÉGLrSE ET LE MOiNDE CHRÉTIEN. l>

errements, il professe des exagérations identiques '.

Combien le monde universitaire devait être troublé par ces doctrines contradictoires, il est facile de s'en convaincre. D'après les uns, le Pape est l'Antéchrist, fléau des hommes : d'après les autres, il est un demidieu, maître et régulateur suprême de toutes les choses célestes et même terrestres.

Dans ce chaos rempli de monstres de doctrine, où trouver la vraie notion de l'Eglise, de son chef, de son magistère, de ses droits? Sur tous ces points, l'Ecole, c'est Babel : elle n'a plus de doctrine, parce qu'elle a trop de doctrines.

Voilà pourquoi les événements de Rome et de Fondi que nous allons raconter, la crise de 1378 et la double élection pontificale qui en sortit, n'ont pas été la cause première du schisme, mais seulement l'occasion qui permit aux erreurs latentes de se produire, de s'étendre et de se perpétuer. Les cardinaux électeurs et les principaux tenants de chacune des deux obédiences étaient imbus des idées puisées aux grandes écoles. D'un autre côté, les juristes qui entouraient les princes, les milites legum qui étaient l'âme de leurs conseils, avaient prêté l'oreille aux maximes pernicieuses de Pierre Dubois et de Marsile de Padoue. Ils étaient sûrs d'être favorablement écoutés quand ils flattaient, par des théories autocratiques, les vues intéressées des rois « avides de sacerdoce », selon le mot de saint Ambroise,

On le verra, le pouvoir ecclésiastique, profondément entamé par Philippe le Bel et ses légistes, ira s'affai-

\.De planctuEccletiae,h. I. —Cf. Rocquain, La Cour de Rome et l'es- [irit de réforme avant Luther, t. n, p. 434 (Paris, 1897). — A. Baidril- LART,Z)e« idéesqu'on se faisait au XIV' sièclesur le droit d'intervention du Souverain Pontife en matière politique, dans la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. ni ;1898}, p. 323-317. — Haller, Papstlum und Kirchenreform (;Berlin, 1903,\ p. "3-89.

blissant pend.» rit toute cette époque. Un célèbre historien de notre temps a qualifié l'attentat d'Anagni de fait générateur ' . Avec combien de raison ! L'influence de l'acte inique commis parle roi de France, en 1303, se poursuivra à travers tout le XIV^ siècle et dans les siècles suivants : c'est de là que date l'ébranlenient des institutions et des opinions. A partir de cette époque, le principe du droit divin des Papes est mis en péril ; celui de leur su|)rématie sociale est aboli.

La doctrine théologique du pouvoir des pontifes sur les rois et les royaumes semblera atteinte, elle aussi, par les perfidies de Philippe le Bel et les brutalités sacrilèges de Colonna. « C'est un principe qui disparaît, et le plus grand de ceux qui ont régné jusque-là «ur les intelligences. La société se trouva ainei frap.pée du même coup qui avait atteint la papauté. Désormais, pour jetrOiU ver le moyen âge, il faudra descendre avec Dante dans la région des mort^^. »

g 3 — L% question de la réforme.

Si nous abandonnons le dogme pour noois placer au point de vue disciplinaire et moral, nous découvrons une seconde cause du Bchisme, dans ies netards et les oppositions que rencontrent partout \e% ré form-es depuis longtemps jugées nécessaires? Des voix venues du cloître et du sanctuaire, àa monde et même des cours, les avaient réclamées avec instance ; les meilleures raisons appuyaient les plaintes.

Saint Bernard indique très libremem't à Eugène 111

\. Dotn TosTi, Storia del Concilio di Castanza, l. J, p. -4. — Viclor Le Clerc, dans un camp bien différeni, approuve le mot et le jugement de l'écrivain bénédictin, Histoire littéraire de la France,X. XXJV, p. lOa. C'est «ussi la peasée de Comte et de Lutrè, É^vàe* sur les Barbareset le moy^n âge (Paris, 187 4), p. 372.

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