PASTon, Histoire des Papes, t. I, p
3. On le sait, nous regardons comme inadmissible le récit, d'ailleurs très pittoresque, que fait Froissart d'une ambassade de Pierre d'Ailly à Avighon immédiatement avant le siège de la place pour poser un ultimatum au nom du roi de France, t. XVI, p. 121. Cette histoire a été réfutée par le P.Ehrlf, Archiv, 1889, t. V, p. 471 et suiv. — Cf. l'Histoire des Conciks d'HEFELE (ïrad. Leclf.rcq), t. VI, 2« partie, p. 42S0. — Les Chroniques de Charles VI ne parlent pas de cette ambassade. Froissait l'a confondue sans doute avec la mission du mois d'avril, dont nous avons parlé au cliapitre précédent, p. 163. — Voir une intéressanie lettre du roi Martin d'Aragon dans Dcœlusger, Beitrtige, III, 3.!>3.
L'ÉGLISE DE FRAiNCE. ' ITo
en ville criaient bien haut qu'ils ne pouvaient ni ne voulaient soutenir une guerre contre la France. Benoît leur répondait : « Votre cité est forte et bien approvisionnée. Défendez-vous : J'aurai tôt ou tard du secours de l'Aragon, mon pays d'origine, ou d'ailleurs. Je me charge de la résistance dans mon palais ' . »
En effet, l'énergique pontife était prêt : déjà depuis longtemps il avait fait mettre en état de défense le formidable château des Papes '. Les salles où avait chanté Pétrarque ne cessèrent point de répéter les appels réitérés des sentinelles; les armoires, autrefois pleines de manuscrits précieux, se garnirent d'épées et de viretons, et les fenêtres ogivales aux larges baies, d'où Urbain V et Grégoire XI se plaisaient à contempler les rives majestueuses du Rhône, se convertirent en étroites meurtrières d'où les 200 soldats espagnols de Benoît surveillaient et inquiétaient les assiégeants.
Grâce aux efforts de Boucicaut et de ses aventuriers, le comtat Venaissin était en pleine révolte; les Avignonnais se souciaient peu de défendre leur pontife; de gré ou de force, ils embrassaient ouvertement le parti des cardinaux fugitifs. Ils ouvrirent leurs portes aux bandes ennemies, commirent plus d'une %nolence et concoururent à l'attaque du palais fortifié. Le cardinal de Neufchâtel, oublieux de sa dignité et des serments qui le liaient au Pape, alla plus loin qu'eux tous, parcourut la ville à cheval et en costume de guerre, et excita le peuple à la révolte. Tous criaient à l'envi : Vive le Sacré-Collège ! Vive la cité
1. Chronic. Karoli VI lib. XIX, c. 8; lib. XX, c. 5. — Mariène et Durand, Vet. Script., t. VU, praef., p. LXII. — Balize, t. 11, p. 112-2.