‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 74 sur 183 · Chronic. Karoli T'/lib. XIX, c. \<i; lib. XX, c · texte numérisé non relu

Chronic. Karoli T'/lib. XIX, c. \<i; lib. XX, c

3. Le récit du moine de Saint-Denis ne laisse deviner qu'une partie de la vérité. l,a vraie pliysionomie do cette assemblée se trouve dans la lettre qu'un clerc attaché vraisemblablement aux cardinaux dissidents orrivitde Paris à un des membres du Sacré-CoUége restés en Avignon. Ehri-e, Archiv, t. VII, p. 41,

Le roi commença par réclamer des subsides pour subvenir aux frais qu'occasionnait laffaire de l'union de l'Église. Les prélats accordèrent la décime exigible de tous les bénéficiera et même des monastères exempts; mais ils demandèrent en même temps que les membres du clergé, et non les officiers du roi, fussent chargés de cette perception. Les ducs acceptèrent cette proposition, tout en faisant observer que la somme ainsi obtenue ne serait pas suffisante. De plus, et peut-être comme compensation, les prélats abolirent de leur propre chef toutes les dettes dont ils étaient redevables à la Chambre apostolique ainsi que toutes les expectatives, qu'elles émanassent de Clément ou de Benoît. Les cardinaux protestèrent avec énergie, mais sans succès. L'Université se montra particulièrement ardente pour réclamer en faveur de ses suppôts. Plus de mille d'entre eux se trouvaient sur les listes de bénéfices présentées au pape [rotuli;. Chaque jour, c'était de leur part de nouvelles demandes bruyantes et insolentes au sein de l'Assemblée. Certains prélats, honteux autant que désolés, quittèrent la réunion avant quelle eût pris fin ' .

Somme toute, on ne traita dans cette Assemblée que de questions matérielles. Le prestige et l'autorité du clergé n'y gagnèrent rien. Les prétentions royales augmentèrent en proportion directe des capitulations épiscopales. L'ambition des princes et la cupidité des courtisans ne connurent plus de bornes^.

De plus, le sentiment religieux commençait à s'inquiéter du traitement qu'on continuait à infliger à celui que la majorité des Français considérait encore comme

\. Ehrle, ibid., p. 43.

a. Chronic. Karoli VIlib. XX, c. 2.

le vrai Pape. D'ailleurs, le côté chevaleresque de cette défense de plusieurs mois ramenait à Benoît l'alfectioa (jue son entêtement lui avait précédemment aliénée. Sans doute, le Pape renfermé dans Avignon avait une situation précaire, « mais il s'esbaliissoit point pour petit de chose, dit Froissart, et il se tint dedans le palais qui est la plus belle et la plus forte maison du monde et la plus aisée à tenir. »

D'un autre côté, les amis qu'avait conservés Benoit ne se décourageaient pas. Les ambassadeurs du roi Martin d'Aragon ' auprès du roi de France étaient passés par Avignon et avaient été témoins de la détresse du pape. Arrivés à Paris, ils en rendirent compte à la cour de Charles. Le roi fit au pontife des propositions de paix que des ambassadeurs portèrent à Avignon.

Le 4 avril 1399, ih les présentèrent à Benoît pour qu'il voulût bien en confirmer les dispositions. Benoît, pressé par la nécessité, accepta en apparence ^, le 10 avril, les points suivants :

« Si son adversaire Boniface renonçait àla tiare, ou venait à mourir, ou était chassé, le pontife d'Avig-non abdiquerait à son tour, afin de permettre l'éleclioii d'un pape incontesté. Si une assemblée se réunissait pour arriver à l'union, Benoit serait tenu de s'y rendre. En retour, Charles s'engageait à prendre Benoît sous sa protection, lui et cent des siens, et il le ferait traiter d'une manière digne de son rang. Il exigeait cependant qu'il ne sortît point sans permission de la ilemeure pontificale^. » Les préliminaires de l'accord

1. EuRLE, Archiv, t. VII, p. 15 et suiv. Ce prince demeura le persévérant défenseur de Benoit.

2. Le 10 avril 1309, Benoit XIII signa la pièce qui luiét:il soumise, tout en protestant nicntalementque sa signature était de nul eftet. Cf. Doué, Le dernier pape d'Avignon dans les Etudes (1903), t. I, p. 846. — Valois t. III, p. 219-241.

3. E;!RLE, Archcv, t. V,p. 430. — M.\rté>je et Dirard, Vet. Script., i. Yll. coll. 636 et luiv.

furent conclus en ces termes ; on fit l'échange des prisonniers, les cardinaux de Pampelune et de Saint- Adrien furent délivrés après avoir payé une rançon de 18,000 francs à l'avide Geoffroy et le siège fut transformé en une sorte de blocus. Benoît devait être place sous la garde du duc Louis d'Orléans, frère du roi, qui lui était particulièrement dévoué et qui avait pris une grande part à ces négociations '.

Pendant quatre ans et six mois, le pontife allait donc demeurer ainsi captif sans que la question de l'union fît un seul pas. Les assemblées partielles, les longues et savantes dissertations, les ténébreuses intrigues, les ambassades des cardinaux et des cours, les prolixes discussions neurent d'autre résultat que d'attirer au pontife persécuté beaucoup de sympathies et de créer des adversaires toujours plus nombreux à cette soustraction d'obédience dont personne ne voyait les résultats avantageux*.

Une correspondance du mois d'août 1399, envoyée de Paris à Avignon par un agent de Benoît, jette un grand jour sur la situation du i ape ainsi que sur 1 état des esprits en France à cette époque. Cette pièce, que le P. Ehrle a récemment découverte dans les Areliives du Vatican^, comble les lacunes des rares documents officiels que nous possédons sur ces faits. Composée d'éléments assez disparates, elle était destinée, selon toute probabilité, à fournir des matériaux pour un mémoire que le pontife se proposait d'adresser à son lidèle ami le duc d'Orléans. Nous l'analysons briève-

1. DotKT-B'ARco, ChOij- 'ie pièces médiU*^ t I, p» aw. — Ji««ï. Lyuts de France, dic d'Orléam, p. 44*>.

«. Ebwx, Archiv, t. vn. n. lOJ.

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