‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 79 sur 183 · JaNîsen-, Fnmkfurls Reichscorrespondenz, 1. 1, p · texte numérisé non relu

JaNîsen-, Fnmkfurls Reichscorrespondenz, 1. 1, p

allait rendre à son lùval, en lui restituant l'obédience qu'il lui avait enlevée depuis cinq ans.

S 4. — Que devient l'autorité dans l'Église ?

A la date où nous sommes parvenus, c'est-à-dire en 1403, le Pape d'Avignon est donc en état de demi-captivité et gardé à vue dans son palais, tandis que son rival de Rome vient à peine de conclure, avec le nouveau roi des Romains Robert, une paix dont le caractère précaire et louche n'échappe à personne. C'est le moment le plus aigu de la crise du grand schisme.

En reportant ses regards plus haut, le chrétien peut se poser une douloureuse question qui intéresse la foi :

Que devenait, dans des circonstances si critiques, au milieu du schisme et de la soustraction d'obédience, l'autorité suprême dont Jésus-Christ a investi son Église? Est-ce le captif d'Avignon ou le pontife impuissant de Rome, qui est l'unique dépositaire de l'autorité accordée par le divm fondateur? Est-ce que la moitié de l'Eglise qui, dans la réalité, n'adhère pas au véritable pontife, alors connu de Dieu seul, est vraiment une portion schismatique, dépourvue par conséquent des pouvoirs juridictionnels, notamment de celui d'absoudre, appartenant à la seule hiérarchie légitime? Est-ce que cette même moitié en serait venue jusqu'à perdre le pouvoir même de conférer le sacrement d'ordre et de consacrer validement les saints mystères * ?

Que la foi et la piété ne s'alarment pas. Dieu n'a jamais frustré de la puissance des clefs et des bienfaits qui en émanent une partie considérable de son Église.

1. Des thèses exagérées sur ce point ont été parfois soutenue:- pai les théologiens d'Avignon. Cf. Ehri.e, t. VU, p. 209.

entraînée par ses évoques dans une erreur pratique et de bonne foi. Le Pape d'alors, quel qu'il soit, est au moins investi de ce que le droit canonique appell ^ un titre coloré, parfaitement suffisant dans ces conditions d'erreur commune et pratiquement invincible, pour administrer les sacrements, pour garder et conférer la juridiction extérieure.

Les fidèles setrompentde chef peut-être, mais qu'importe? Leur erreur est involontaire et leur bonne foi parfaite. Les sacrements qu'ils reçoivent sont efficaces, l'autorité qu'ils respectent produit tous ses effets.

Les instructions données par le synode national tenu à Paris en 1395 indiquent parfaitement cette situation : « Dans les grands schismes précédents, disent-elîes. il estoit cler et évident que l'un estoit intruz, combien qu'il fût soutenu de fait par aucuns seigneurs. Mais a présent, combien que la partie de l'intruz soit fauise, toutes-fois est- elle grandement colourée et fondée p^^r diverses escriptures et raisons, et soutenue par plus grand nombre de clers notables qu'il n'en a en l'obéissance de notre saint père Benoît; et si est certain que, au commencement du scisme, les deux esleuz furent esleuz par tout le collège des cardinaulx » ^

Ces conditions toutes spéciales ont été bien appréciées à cette époque par saint Antonin : il est particulièrement compétent dans l'occurrence, car il fut longtemps attaché à un homme éminent, mêlé à toutes ces difficiles questions, le bienheureux cardinal Jean Dominici : « Il faut croire sans doute qu'il n'y a qu'une seule Église et un seul vicaire de Jésus-Christ, écrit le savant évêque. Mais s'il arrive que, par un schisme, on 'lise plusieurs Papes , il n'est pas nécessaire au salut de

1. Archives nationales, 5,r;i8, ^ 84, verso. — Cf. Valois t ni, p. .3.'ï.

savoir que c'est celui-ci ou celui-là qui est le vrai pontife. 11 suffit en général d'être dans la disposition d'obéir à celui qui est élu canoniquement. Le peuple fidèle n'est pas obligé de savoir. le droit canon : il peut et doit s'en rapporter au sentiment de ses supérieurs et de ses prélats. Le chrétien qui se trompe est alors excusé par une ignorance presque invincible'. »

Écoutons maintenant un théologien moderne des plus autorisés : « Si, après l'élection d'un Pape, avant son décès ou sa renonciation, une nouvelle élection se produit, elle est nulle et schismatique : l'élu n'est point dans la série apostolique. Cela s'est vu au début de ce qu'on appelle, un peu à tort, - le grand schisme d'Occident, qui n'était qu'une apparence de schisme, au point de vue théologique. Si deux élections se faisaient simultanément ou à peu près, l'une selon les lois précédemment portées, et l'autre contre elles, l'apostolicité appartiendrait au pape légalement choisi, non à l'autre; et y eût- il même des obscurités, des doutes, des discussions et des déchirements cruels à ce sujet, comme à l'époque de ce prétendu schisme d'Occident, il n'en serait pas moins vrai, pas moins réel, que l'apostolicité existerait ohjectivement dans le véritable pape. Qu'importe, sous ce rapport objectif, qu'elle ne soit pas manifeste pour tous, et qu'elle ne soit reconnue de J,ous que longtemps après? Je sais qu'un trésor m'a été légué, mais j'ignore s'il est renfermé dans la caisse A ou dans le coffret B : en suis-je moins possesseur de ce trésor ^ ? »

Ce sentiment fait écho à celui qu'exprimait au XV* siècle, le grand archevêque de Florence, celui

1. s. Anionini Summa Uisior.. pars HI, lit. XXII, c. 2. Ibid., tit. XXIII, «. 8.

«. Cf. Bonrx, De Papa, t. I, p. 4C1.

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