‹ Le grand schisme d'OccidentChapitre 95 sur 183 · Bourgeois du Chastenet, p. lOS et · texte numérisé non relu

Bourgeois du Chastenet, p. lOS et

2. De maleria concilii generalis, 2" pars. Cf. supra, p. 198.

■2ii LE GRAND SCHISME.

lui-même approuva cette grave décision, le 11 février suivant ' .

Comme on devait s'y attendre, ce décret provoqua de vifs mécontentements. Le duc d'Orléans et l'archevêque de Reims, Guy de Roye, s'opposèrent énergiquement à son exécution. Ils représentèrent au roi que cet acte était une œuvre de haine, qu'il portait atteinte non seulement à l'autorité personnelle de Benoît, mais encore aux droits imprescriptibles du Vicaire de Jésus- Christ, et aux libertés ecclésiastiques. Leur influence parvint à arrêter la mise à exécution de cette ordonnance royale. De là, des querelles, des injures, des ressentiments qui n'avancèrent point l'œuvre dePuniojn des deux Eglises^.

Ainsi se termina cette fameuse assemblée de 1400. Sa physionomie est remarquable et peut-être unique en son genre, comme l'était d'ailleursj'épreuve que subissait l'Église à cette époque.

Si l'on considère la composition de cette sorte de concile, tenu devant la cour, il ne ressemble pas aux états généraux des trois ordres inaugurés au commencement du siècle précédent par Philippe le Bel. Il serait plutôt semblable à ces grandes assemblées du clergé de France où paraîtront plus tard Le Tellier et Colbert, François de Harlay et Bossuet.

On pourrait surtout le comparer à ce concile de 1811, où il s'agissait aussi de la grande question pontificale et des moyens à prendre pour se passer du Pape dans rÉgrlise. Simon de Cramaud. arallioan avant la lettre.

l. N. Valois, t. III, p. M". i"4, 'lO.'j. — Cf. Samahan et .Mollat, La fuc.. lilà ponli/icale en France au XIV' siècle, p. -21. ■2. Du BouLAY, t. V, p. 141. —Chrome. KaroU VI 1. XXVII, c-lT.

ressemble assez aux cardinaux Fesch et Maiiry. Jouvenel des Ursins, qui résume les débats et impose les conclusions, paraît le modèle qua imité, quatre cents ans plus tard, dans cette même ville de Paris, le ministre Bigot qui prétendit intervenir au sein des commissions épiscopales et y faire prévaloir sa volonté.

Hâtons-nous de le dire : là s'arrête une ressemblance que nous ne voudrions pas outrer.

Les débats de cette réunion exceptionnelle sont aussi très curieux à lire. Le genre des orateurs est Familier et pittoresque. D'Ailly se plaint « d'être indisposé de rhume et de n'avoir pas faconde à platsir'. » Il demande un greffier dans l'assemblée « pour que les paroles qui sont cy proférées ne soient pas ainsi gettées au vent^. » Il réclame la prompte clôture des débats : « car, dit-il, nous faisons comme ces avocats qui, quand ils ont parlé bien fort l'un contre l'autre, s'en vont disner ensemble -^ »

Le. doyen de Reims cite fort longuement des apologues vulgaiTes 'qu'il emprunte aux fabliaux du temps : nous avons vu dans son plaidoyer, la fable que La Fontaine a mise en vers sous le titre : L enfant elle maître d'école'\ Il raconte des histoires populaires, des proverbes connus de tous, qui soulèvent le rire des assistants. Dans le même discours, il se plaint de n'avoir point apporté ses livres et « de ne pouvoir alléguer ni chapitres, ni docteurs^. » Un- auditoire d'aujourd'hui lui aurait sans doute facilement pardonné cette lacune.

Quand un orateur comme Pierre Plaoul fatigue visiblement la cour, le chancelier se lève et dit : « il en-

1. Bourgeois do Chastf.net, Preuves, p. 140. — 2. Ibid., p. 16-2. —'1. IbiJ , . 163. — i.It/id., p. aOO. 207, 22-2. — 3. li>id., p. 120 et '«W.

nuie à Nos Seigneurs, maître Pierre; avez-vous encore beaucoup à dire? » El l'interpellé répond sans se troubler : « Je n'aurai pas sitôt fait, j'ai encore beaucoup de matière. S'il vous plait, je finirai demain '. »

C'est qu'en effet les discours d'alors dépasseraient souvent les bornes de la patience des auditeurs d'aujourd'hui. Ils ont trois divisions et parfois une d'elles comprend huit ou douze subdivisions^. Les orateurs émettent leurs propositions, non comme des assertions formelles ou des décisions explicites, mais comme de simples sujets de discussion et de délibérations, surtout quand il s'agit de TEglise, des papes et de leurs droits^. Ils se réservent ainsi une porte de sortie commode ou une excuse facile.

Bien que notre langue se' prête davantage à la discussion, et offre plus de facilité pour les répliques improvisées, tous les discoureurs s'excusent de parler français : « Cette matière est haute, dit d'Ailly, et ne peut être expliquée en langue franczoise ■* . *» — « J'eusse moult plus chier parler en latin, ajoute l'abbé du Mont- Saint-Michel. Je ne suis point usité à parler en françois et aussi je suis craintif et ne suis point bien seur à parler. Je vous supplie que vous preniez mes deffauts en patience et que vous me supportiés^. »

L'éloquence de la tribune est à peine née en France ; elle bégaie encore dans ces tournois oratoires des prélats.

Les amplifications étranges, les applications forcées de la Sainte Ecriture, cachent parfois chez certains

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