‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 114 sur 186 · Hefele, Histoire des Conciles, t. X, p · texte numérisé non relu

Hefele, Histoire des Conciles, t. X, p

3. Ms. à la bibl. du Vatican, n° 4192, f. 29. Cf. Salembieu, Petrus de Alliaco, p. 71.

une excessive lenteur et arriva à Viterbe le 15 août. Il y séjourna vingt jours en dépit de toutes les instances des cardinaux et des députés français; il voulut bien consentir enfin à se rendre à Sienne avec le vague dessein de passer jusqu'en Lombardie et d'y demeurer.

En racontant toutes ces tergiversations, Léonard Aretin disait plus tard, avec plus de malice que de respect : « Le premier, celui d'Avignon, est un animal de mer qui ne veut point voyager sur terre ; le second, Grégoire, est un animal de terre qui ne peut supporter la mer ^ »

Longtemps Benoît attendit son rival à Savone, pendant que celui-ci s'attardait volontairement à Sienne, et y demeurait depuis le 4 septembre 1407 jusqu'au mois de janvier 1408. Grégoire perdait son temps à écrire des lettres au roi de France, aux ducs de Bourgogne et de Berry, à l'Université et môme à Boucicaut qu'il redoutait et détestait tout à la fois. Il prenait soin aussi d'avertir Ladislas de l'impossibilité où il croyait être d'aller à Savone, et celui-ci, peu enclin à favoriser l'union, ne demandait pas mieux que d'être convaincu-.

Le pape de Rome laissa s'écouler plusieurs fois les termes fixés pour la réunion ; il choisit tour à tour divers lieux; il envoya enfin à Savone trois nonces porteurs de ses excuses. Il ne se croyait pas lié par le pacte de Marseille, et il demandait à conclure un autre traité sur de nouvelles bases.

Après maint pourparler, Benoît consentit à pousser jusqu'à Porto-Venere, non loin de la Spezzia. Grégoire arriva jusqu'à Lucques et refusa de se rapprocher da-

1. MuRATORi, t. XIX, col. 926. — cf. Lesfajst, Histoire du Concile de Pise, t. I, p. -193.

2. NiEM, De scisinate, ni, 20, 21. — Nemus unionis, tr. IV, I. — Martène, Thésaurus, t. Il,] col. 1339. — Veterum monum. amplissima collectîo, t. VII, col. 760.

vantage de son rival. Pourtant une journée de marche les séparait à peine. Il craignait, disait-il, les galères armées et l'esprit agressif de son concurrent : il croyait ou feignait de croire à des intentions hostiles de la part de Benoît et à des projets déloyaux pour s'emparer de sa personnel

Sur ces entrefaites, Ladislas marchait vers Rome avec une puissante armée et, le 24 avril 1408, il paraissait sous ses murs. Il comptait sur les dissensions perpétuelles entre les Orsini et les Colonna, et il s'appuyait sur ce dernier parti. Paul Orsini, gouverneur de la ville, feignit de vouloir la défendre avec vigueur ; mais, la nuit suivante, il s'empressa de remettre Rome entre les mains de Ladislas, qui triompha ainsi presque sans coup férir (25 avril). Au lieu de s'attrister de cette violente prise de possession, Grégoire parut s'en réjouir. Il appela l'usurpateur « mon très cher fils », et il ne sembla voir dans cette intervention, qu'un moyen de se débarrasser de ses cardinaux et des importunités de ceux qui le poussaient à l'union -.

Sans doute, tous ces agissements ne préjudiciaient en rien au droit du pape de Rome. L'orgueilleux despotisme de Louis XIV et les vices dégradants de Louis XV ne les empêchent pas d'être les successeurs légitimes d'Henri IV et de saint Louis. Seulement ces procédés du pontife, comme ceux d'Urbain Yl, rendaient ces droits moins respectables et pour ainsi dire moins inviolables aux yeux mêmes des cardinaux qui l'avaient nommé.

d.^1SiEji, De scismale, 1. lU, c. 23.

2. MuRATORi, t.n, c. 4, a. 1408. — « Ultra modum laetiDcatl fuerant », dit NiEM, De smma<e, 1. m, 28. — « Gregorius fuit v aide alacer, nam clam de voltintate ejus rex capiebat terras Ecclesiœ. » Sozomèse, dans Mcua.- TORI, t. XVI, p. n92.

Benoît était- il plus sincère? A coup sur, il gardait mieux les apparences; mais toutes ces tergiversations, sans cesse renaissantes, trompaient l'attente du monde chrétien et surtout de la France.

2. — Charles VI se détache de Benoît et les Cardinaux abandonnent les Papes.

Un horrible assassinat venait d'épouvanter la cour et le pays tout entier. Jean sans peur avait fait tuer, dans une rue de Paris, son neveu Louis d'Orléans (23 novembre 1407). Ce prince léger, mais chevaleresque, avait toujours défendu Benoit contre la mauvaise volonté de ses oncles, contre les entreprises des cardinaux, contre les menaces ou les violences de l'Université. Enlefrap-, pant, le duc de Bourgogne portait un coup terrible au parti d'Avignon. Le Roi était dès lors livré sans défense aux ennemis du Pape. La soustraction d'obédience, nous l'avons dit, avait été décrétée, mais non exécutée. Le Pontife, par ses interminables contestations, semblait mériter toutes les rigueurs. Charles . résolut de laisser tomber sur sa tête cette épée de Damoclès si longtemps suspendue. Par deux édits du 12 janvier 1408,1e Roi annonça aux prétendants que, si l'union n'était point accomplie pour la fête de l'Ascension prochaine, il se déclarerait neutre et quitterait le camp de Benoît ^ .

En recevant cette nouvelle imprévue, le pape d'Avignon lança des bulles dans lesquelles il se plaignit avec une amertume peu contenue et rejeta toute la faute sur son concurrent. Il alla jusqu'à menacer le Roi

i. Du BOULAY, t. Y, p. 131.

de l'excommunication et des autres peines canoniques ^.

La cour et l'Université s'émurent de cette attitude : elles déclarèrent coupables de haute trahison Benoît et les propagateurs de ces pièces jugées séditieuses. Les maîtres de VAlma Mater ne semblent pas même avoir eu l'idée de revenir vers Rome, de reconnaître et d'acclamer Grégoire pour faire échec à Benoît, ce qui aurait été pour le schisme un brusque et complet dénouement. Le 21 mai, en pleine assemblée, maître Courtecuisse, parlant au nom de l'Université, porta contre le Pape avignonnais de nouvelles accusations d'hérésie et de schisme, aux applaudissements de tout le conseil royal. « A l'avenir, ajouta-t-il, on n'obéira plus à Be noît, on ne l'appellera plus ni pape, ni cardinal. Ses bulles sont fausses, iniques, de nulle valeur, préjudiciables à la France et injurieuses à la majesté royale. » La soustraction complète d'obédience fut de nouveau proclamée ; toute l'Assemblée l'approuva. La violence allait continuer ce qu'avaient commencé l'illogisme, la présomption et l'esprit schismatique. Les bulles du Pape furent apportées et lacérées publiquement à coups de canif par la main même du Recteur.

Aussitôt les partisans de Benoît tremblèrent. Le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois, vieillard vénérable, fut appréhendé au corps par les gens du Roi, jeté en prison et accusé du crime de lèse-majesté ^. L'évêque de Gap et l'abbé de Saint-Denis furent aussi arrêtés, Guy de Roye, archevêque de Reims, qui avait attaqué ouvertement la neutralité, refusa de s'expliquer devant l'assemblée de Paris et fut réduit à se

i. Chronic. Karoli VI 1. XXIX, c.2 et 4, — D'Achery, Spicil., 1. 1, p. 803. 2. Chronic. 1. XXIX, c. 4 et suiv. — Du Boulât, t. V, p. 143.

cacher. Pierre d'Ailly, qui venait d'assister à un concile tenu à Reims *, fut décrété d'accusation, et il eut beaucoup de peine à échapper au mandat d'arrêt que Walerand de Saint-Pol était chargé d'exécuter 2. Clémangis, un de ses plus chers élèves, ancien secrétaire de Benoît, fut obligé de se retirer à la Chartreuse de Valfonds, près de Sens, et il tacha de s'y faire oublier jusqu'à sa mort ^.

L'Université poursuivit son œuvre de vengeance et de passion; elle attaqua Benoît et ses partisans avec le même acharnement qu'elle avait mis naguère à les défendre.

Boucicaut reçut à Gênes l'ordre de s'emparer du pontife, s'il le pouvait, et de le garder en prison. L'Allemagne avec la Bohême, la Hongrie et la Navarre se déclarèrent successivement pour la neutralité décrétée par la France.

Une assemblée se réunit à Paris du 11 août au 6 novembre, pour régler les détails du gouvernement de l'Eglise dans ce nouvel état de choses ''. On y statua mille usurpations schismatiques, et on attribua aux évêques et aux synodes provinciaux ce qui appartenait en droit au siège apostolique.

Le roi informa les deux Sacrés-Collèges des décisions prises, et VAlma Mater écrivit aux cardinaux de Grégoire pour les prier de se réunir à ceux d'Avignon

J. Marlot, HistoPre de la ville de Reims, t. IV, p. 144.

2. Voir Revue des Sociétés savantes, 1868, 2" sem., t. vni, p. 139 : Documents relatifs à P. d'Ailly et découverts au couvent de Saint-Julien à Cambrai, par Lekebvre, dit Faber. — Archives communales de Cambrai. Inventaire sommaire, Série AA, 120.

3. Epist. ad Pelrum Cameracensem episcopum, XLIV, p. 133 (éd. Lydii). — Cf. Du Boula.y, t. V, p. 158. — mûntz, Nicolas de démanges, sa vie et ses écrits (Strasbourg, 1846.)

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