Chronic, I. XXIX, 6 et suiv. — Hefele, t X, p
et de travailler ensemble à l'extinction du schisme. Le terrain était préparé en Italie. Des événements graves s'étaient passés àLucques, où se trouvait Grégoire, le pape légitime de Rome. Les dissidences entre lui et ses cardinaux s'étaient accentuées et avaient pris un caractère aigu. Le 4 mai 1408, il avait rassemblé les membres du Sacré-CoUége, les avait menacés et avait essayé d'empêcher leurs protestations en les intimidant. Il leur avait défendu de quitter la ville, et de se réunir sans sa permission expresse. Les cardinaux effrayés s'enfuirent et sept d'entre eux gagnèrent Pise sous divers déguisements. Depuis longtemps d'ailleurs ils étaient mécontents du pape. L'obstination de Grégoire à refuser toute entrevue avec son rival, son amour aveugle pour ses neveux qu'il venait de créer cardinaux, firent déborder la coupe, précipitèrent un dénouement prévu et achevèrent la scission.
De Pise, les prélats dissidents envoyèrent des mémoires accusateurs à Grégoire et aux princes chrétiens et manifestèrent formellement l'intention de s'unir aux cardinaux du parti adverse. Le pape de Rome s'efforça de réfuter leurs assertions et de faire avorter leurs desseins, mais il ne put y parvenir^. Quatre cardinaux de Benoît se réunirent à Livourne où ils s'abouchèrent avec ceux de Grégoire.
Sur ces entrefaites, le pape d'Avignon apprit que son autorité à Paris était méconnue de plus en plus et que ses partisans étaient jetés en prison.
Il voulut éviter aussitôt les entreprises de Boucicaut, dont il connaissait les procédés autoritaires et l'activité pleine d'énergie. L'obstiné pontife ne s'abandonna pour-
1. Mansi, t. XXVII, p. 36. — Hardouin, t. VIII, p. 143. — Rayxald, liOS 9-19. — NiEM, De scismate, III, 33. — Nemus unionis, VI, 18 et suiv.
240 LE GRAND SCHISîlIE.
tant point : il convoqua un concile général à Perpignan pourla Toussaint prochaine, puis, l'âme pleine de ressentiments, il se dirigea par mer vers cette ville ^. Il laissait sur la côte italienne six de ses cardinaux qui se réunirent immédiatement à ceux de Grégoire.
Ils étaient donc treize à Livourne, résolus à poursuivre l'union de l'Église malgré tout, et à n'adhérer désormais ni à l'un ni à l'autre des compétiteurs. En cas de mort de l'un des Papes, ils déclaraient qu'ils ne lui donneraient point de successeur, et qu'ils ne reconnaîtraient point les élections que pourraient faire les autres cardinaux. Le l^"" juillet 1408, les cardinaux romains écrivirent dans ce sens à tous les fidèles de l'obérdience de Grégoire; ils les engagèrent à suivre leur exemple et à rompre avec lui.
Le pape de Rome, efîrayé enfin par cette insubordination qui menaçait de devenir grave, essaya de ramener les dissidents par les promesses ou les menaces : ses lettres, équivoques comme la faiblesse qui cède ou comme la défiance qui se réserve, n'eurent aucune espèce de succès.
La paix de l'Église allait-elle sortir de cette nouvelle révolte ?
Les cardinaux, prenant ainsi brusquement la direction de l'Église universelle, dirigeant ses efforts vers l'union, s'adressant directement aux souverains et aux évoques, allaient-ils se faire obéir? On pouvait craindre qu'ils ne fussent point suivis quand ils mettraient en œuvre le moyen choisi par eux de faire cesser le schisme. D'ailleurs, quel serait le procédé nouveau
1. IS juin 1408. Cette date est remarquable. C'est la fin définitive du séjour des papes à Avignon : il avait duré 103 ans. Perpignan appartenait alors à l'Espagne.
qu'emploieraient les deux collèges ? Réussirait-il lorsque déjà tant d'autres avaient été rendus inutiles?
§3.-7- Convocation simultanée de trois conciles.
Telles étaient les questions que se posait le monde chrétien, quand tous les cardinaux réunis adressèrent aux princes et aux prélats une lettre encyclique (juillet 1408). Ils les convoquaient à un concile général des deux partis qui se tiendrait dans une ville d'Italie, non encore désignée. Les cardinaux prirent soin d'avertir ofTiciellement leur pontife respectif.
A la première ouverture de leur projet (6 juillet), Grégoire avait convoqué de son côté un concile qui se réunirait dans la province d'Aquilée ou de Ravenne. Plus tard, il avait créé dix nouveaux membres de son Sacré-Collége et il s'était réfugié à Rimini sous la protection du dévoué Charles Malatesta, frère du Malatesta de Pesaro. Il avait reçu une lettre de ses cardinaux datée du 16 juillet qui indiquait le lieu et la date du futur concile des deux obédiences : il se tiendrait à Pise, le jour de l'Annonciation, 25 mars 1409.
De son côté, Benoît n'avait point accusé réception de la lettre très respectueuse de ses cardinaux. Il reçut d'eux plus tard une seconde missive portée par maître Jean Guiart^ archiprêtre de Poitiers. Il leur répondit cette fois en faisant longuement sa propre apologie et en s'étonnant de la hardiesse de leurs procédés, puis il les convoqua au concile qu'il voulait rassembler immédiatement à Perpignan ^.
Cette voie du concile, reconnue dès l'abord comme la meilleure, depuis si longtemps proposée et si per-
, i. Martène et Dura>d, Thésaurus, t. Il, col. Ii26. 2. Lable, Gonci'f, t. II, p. 1 .
sévéramment combattue, obtenait donc enfin un grand succès, trop grand même, puisque trois assemblées conciliaires allaient se réunir en même temps à Aquilée, à Pise et à Perpignan. Ce n'était pas un bien, car le seul remède était la réunion d'une assemblée unique qui vît dans son sein les évêques venus des deux obédiences et de tous les points de la chrétienté.
Le synode de Benoît à Perpignan réussit peu. Le nombre des prélats ne dépassa pas quarante, bien que le Pape eût attendu longtemps les retardataires et eut créé, pour la circonstance, des nouveaux patriarches de Constantinople, d'Antioclie, de Jérusalem et d'Alexandrie.
Le pontife d'Avignon fit le récit circonstancié des souffrances qu'il avait endurées et des sacrifices qu'il avait accomplis pour le bien et la paix de l'Église. Tous les assistants applaudirent à ces paroles ; mais quand il s'agit de déterminer ce qu'il convenait de faire, les opinions se partagèrent et le concile se dispersa en grande partie sans avoir rien conclu ^ . Les dix-huit membres qui restèrent supplièrent Benoît de ne pas se montrer intraitable, de se préparer à abdiquer et d'envoyer à Pise des nonces d'une intelligence reconnue avec des pouvoirs illimités. Après nombre de difficultés, Benoît finit par consentir à députer au futur concile plusieurs prélats originaires de diverses nations^.
D'un autre côté, l'impopularité croissante de Grégoire ne permettait pas d'espérer que son synode d' Aquilée aurait quelque succès. Restait donc le concile de Pise
1. Hefele, Histoire des conciles, t. X, p. 244. — Tolra de Bordas, L'antipape Benoit XIII en Roussillon, Revue du monde catholique, t. XV, a^Til 1866, p. 20.
2. Massi, t. XXVI, p. 1097 et suiv. — Hardouis, t. YII, p. 19jj et suiv. — NiEM, De scismaie, 1. ni, 37.
vers lequel se tournaient maintenant tous les regards, toutes les inquiétudes ou toutes les espérances du monde catholique. Bien des objections et bien des obstacles se dressaient pourtant contre le projet des cardinaux qui avaient abandonné les Papes. Jamais le monde catholique ne s'était trouvé dans une situation analogue, et jamais, depuis le XY° siècle, ce cas de droit canonique ne s'est représenté.
C'était une séparation d'avec leur chef : était-ce une usurpation de pouvoirs ? Etait-ce faire appel à la révolte pour rétablir l'ordre ? N'était-ce pas, au contraire, un moyen naturel et légal de terminer ce schisme qui courait risque de devenir chronique?
Les deux pontifes protestaient contre le procédé des cardinaux qui ne pouvaient d'après eux convoquer un concile sans le Pape. Ils s'appuyaient sur plusieurs textes du droit canonique, et un anonyme résuma leurs arguments dans une brochure qui eut alors un grand retentissement ^ .
En général cependant, ces subtilités juridiques, ces interprétations littérales, ces scrupules de légalité ne ti-ouvaient point d'écho parmi les prélats, et surtout au sein des grandes écoles.
Les Universités de Paris, d'Oxford et de Bologne, c'est-à-dire les trois voix les plus retentissantes de la science chrétienne, avaient donné un avis conforme aux désirs des cardinaux et hautement approuvé leur conduite. Elles se basaient principalement sur la difficulté des temps et des circonstances, sur le droit naturel et divin que possède l'Église, en vertu de sa constitution, de trouver en elle-même le moyen de maintenir et de recouvrer au besoin son essentielle unité-.
^. Massi, t, XXVII, p. 223.