‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 118 sur 186 · NiEM, De scismate, 1. ni · texte numérisé non relu

NiEM, De scismate, 1. ni

l'assemblée que l'on préparait à Pise. Il consentit néanmoins à envoyer trois représentants au concile et nous verrons plus tard quel y fut leur rôle.

Au sud de l'Italie, l'assemblée de Pise ne rencontrait guère de dispositions plus favorables. L'ambitieux Ladislas régnait à Naples et lui aussi, après et avant tant d'autres, avait rêvé l'unité italienne. Il voulait écraser une à une, au centre et au nord, toutes les petites républiques si fières de leur indépendance, et établir sa domination de Bologne àBari, de Florence à.Reggio. Aut Csesar aut nihil, ou César ou rien, telle était son ambitieuse devise. Il avait obtenu déjà des concessions importantes de la part de Grégoire, il s'imposait à lui comme un protecteur impérieux et il se permettait de lever des contributions dans les États de l'Église^.

Il craignait aussi, et avec raison, l'esprit belliqueux de Louis II d'Anjou, qui n'avait renoncé à aucune des prétentions de son père sur le royaume de Naples, et qui s'apprêtait à les faire valoir par les armes.

Pour réussir dans ses ambitions et pour triompher "de son rival, il fallait donc au roi de Naples que le pape de Rome continuât à être reconnu de l'Italie tout entière, et à rester pour lui un allié complaisant, sinon un complice obéissant. Comme Robert et dans le même but, il tenait à l'amitié et à l'alliance de Grégoire XII. Le pontife ressemblait alors à une victime livrée d'avance à l'une ou l'autre de ces deux royales convoitises.

Malheureusement pour le souverain de Naples, ses desseins échouèrent d'une façon misérable. Deviné par les Florentins, qui firent une ligue formidable contre lui,

1. Mansi, t. XXVI, pp. 1139, 1219. — Uardook, t. VUI, pp. 8 et 79.

battu devant Sienne qu'il n'avait pu surprendre, Ladislas dut redescendre jusqu'à Naples avec une armée encore nombreuse, mais humiliée. Son attaque fut sans succès comme elle avait été sans motif. Heureusement Grégoire avait un allié plus sérieux, plus dévoué à l'Eglise, moins soucieux de ses intérêts politiques, dans la personne de Charles Malatesta, seigneur de Rimini. Ce prince sera pour le pape de Rome un protecteur aussi chevaleresque qu'éloquent, et il aurait sauvé la cause du pontife, si elle eût pu être sauvée.

A la veille du concile de Pise, Grégoire est donc à Rimini, n'ayant qu'un ami fidèle, et entouré d'alliés équivoques, intéressés ou compromettants. Ses cardinaux sont diminués comme nombre par la retraite des Pères de Pise, et comme valeur parce que c'est le népotisme qui en a revêtu quelques-uns de la pourpre.

D'un autre côté, Benoît, dans sa résidence de Perpignan, voit de plus en plus ses partisans se détacher de lui. La science et la sainteté abandonnent tout à la fois son camp. D'Ailly et ses amis ont cessé d'identifier sa cause avec celle de l'Église, et ils se dirigent vers Pise pour l'abandonner tout à fait. Saint Vincent Ferrier, tout en continuant à le reconnaître comme légitime, réclame sa démission pour le bien de la paix ^ .

Au milieu de toutes ces dramatiques péripéties, nous ne rencontrons guère que deux hommes absolument sympathiques. Parmi les laïques et les princes, c'est ce Charles de Malatesta qui, malgré tout et sans arrièrepensée, reste fidèle à l'Église et au pontife légitime, et qui est le plus noble caractère de souverain parmi ceux de l'époque.

1. Cf. Pages, Histoire de saint Vincent Ferrier, t. I, p. 224.

Le regard de l'historien se repose aussi avec consolation sur la forte figure de ce Vincent Ferrier, en qui la sainteté revêtit une de ses formes les plus extraordinaires, qui servit longtemps avec bonne foi, sans parti pris et sans préoccupations personnelles celui qu'il croyait être le vrai Pape. Cette âme si haute qui opérait chaque jour des œuvres du ciel, nous console des actes trop humains, trop terrestres que nous avons entrepris de raconter, et trop souvent de condamner.

Quand, au cours de cette histoire, nous retrouvons parfois, jusque dans le cœur des pontifes, des craintes outrées, des préoccupations peu généreuses, le souci exagéré des intérêts purement temporels, l'oubli des devoirs supérieurs, une constatation mélancolique de saint Augustin nous revient souvent à la mémoire. Après avoir raconté l'erreur de saint Cyprien à propos de la réitération du baptême, il ajoute cette réflexion : « Nous sommes des hommes et nous pouvons nous tromper. Croire à une chose qui n'est pas, c'est une tentation humaine, humana ientatio est. Défendre son propre sentiment jusqu'à briser la communion des fidèles, jusqu'à faire naître un schisme ou une hérésie, c'est une présomption diabolique. Ne jamais s'égarer, c'est une perfection angélique.

Nous sommes des hommes, nous n'avons pas encore la perfection des anges bienheureux ; lorsque nous nous trompons, évitons l'opiniâtreté diabolique : Homines enim sumus * !

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