KiEM, De scismate, m, 36, p
C'est sur les murs de cet édifice que Bennozzo Gozzoli, Lorenzelti et d'autres artistes avaient peint les plus admirables scènes de l'Écriture et le triomphe de la Mort. Mais la merveille unique est cette tour penchée avec ses colonnades et ses galeries, avec ses carillons aériens et surtout son effrayante inclinaison. Son aspect inspira sans doute plus d'une fois aux Pères de Pise une comparaison frappante. N'est-ce point là , durent-ils se dire, l'image de cette Eglise qui semble aujourd'hui pencher sur son déclin, qui, humainement parlant, n'a jamais été plus près de sa ruine? Mais elle a les promesses de la vie éternelle et bientôt le son des cloches annoncera son triomphe sur la mort.
Tel était, en effet, le résultat désiré par les quatre patriarches, les vingt-deux cardinaux et les quatrevingts évêques qui devaient faire partie de ce concile pacificateur. Une imposante procession se déroula, le 25 mars 1409, à travers les rues de la cité. Partie de l'église Saint-Michel, sur les bords de l'Arno, elle se rendit à la cathédrale qui s'ouvrait pour recevoir les membres du concile. Outre les prélats, on remarquait dans les rangs du clergé les représentants de plus de cent évêques absents, quatre-vingt-sept abbés avec les procureurs de ceux qui n'avaient pu se rendre à Pise, quarante et un prieurs et généraux d'ordre ^ .
Devant eux marchaient, dans un magnifique costume militaire, les défenseurs armés de la chrétienté, le grand-maître de Rhodes avec seize commandeurs, le prieur général de l'Ordre du Saint- Sépulcre, le procureur général de l'Ordre teutonique. Les députés
I. Liste des membres du concile dans d'AciiERY, Sjncîl.. t. I, p. 853. — JlAXSi, t. XXVI, p. 4233 et t. XXYII, p. 331.
de l'Université de Paris et des autres Universités du monde chrétien pouvaient saluer en passant cette autre demeure de la science qu'allait illustrer Galilée, et qui se nommait l'Université de Pise. Trois cents docteurs en théologie et en droit canon, les ambassadeurs de tous les royaumes chrétiens complétaient ce cortège, le plus beau qu'ait jamais contemplé la vieille capitale des Pisans.
Le cardinal de Malesset, évêque de Préneste, fut nommé président. Nous connaissons déjà ce prélat que son grand âge désignait pour cet honneur, car, seul parmi ses collègues, il devait sa dignité à Grégoire XL le pape qui précéda le schisme ' .
Le lendemain, Pierre Philarghi, cardinal de Milan, monta en chaire et fit vigoureusement le procès des deux papes. C'est lui qui, quelques mois plus tard, allait être choisi pour les remplacer.
La procédure juridique commença aussitôt. Deux cardinaux diacres, deux archevêques, deux évêques et deux notaires s'avancèrent gravement vers les portes de l'église, les firent ouvrir et citèrent à haute voix, en langue latine, les deux pontifes rivaux. Personne ne répondit. « Quelqu'un est-il chargé de les représenter », ajoutèrent-ils? — Même silence.
Les délégués retournèrent à leurs places et demandèrent qu'on déclarât contumaces Grégoire et Benoît.
Trois jours de suite, cette cérémonie solennelle s'accomplit avec le même insuccès. Toutefois la déclaration formelle de contumace n'eut lieu qu'à la quatrième session.
i. Neveu de ce pontife, il fut créé cardinal à Avignon le 20 décembre 4373 et porta longtemps le titre de cardinal de Poitiers. D'abord partisan d'Urbain, il se rangea ensuite, nous l'avons dit, dans l'obédience de Clémeiat. il mourut à Paris en 1412.
Alors commença véi-itablement le concile de Pise, 11 eut trois phases qui se terminèrent par l'élection du nouveau pape.. Nous verrons s'exercer d'abord la pression allemande, puis l'influence italienne; enfin l'incident aragonais précipitera le dénouement.
S 2. — Les Allemands à Pise.
Dès le commencement de Tannée 1409, nous l'avons dit, le cardinal Landolphe de Bari avait été envoyé à Francfort par ses frères des deux obédiences pour inviter les prélats et les princes allemands à assister au concile de Pise. Les manœuvres du roi des Romains et de certains envoyés de Grégoire XII rendirent tous ses efforts inutiles * .
Le pape de Rome avait d'ailleurs toujours soutenu Robert qui, par un juste retour, lui rendait son appui. Déplus, les Pères du concile, à l'instigation du même cardinal de Bari, se déclarèrent ouvertement pour son rival Wenceslas de Bohême.
C'est ce qui motiva l'envoi à Pise d'une députation peu favorable aux projets des cardinaux réunis et chargée de susciter des obstacles. Ces ambassadeurs allemands étaient Jean, archevêque de Riga, Matthieu, évêque de Worms, et Ulrich, évêque de Verden. Le 15 avril, ces prélats se présentèrent à la quatrième session du concile et l'archevêque Jean prit solennellement la parole. Il émit successivement vingt-trois objections dont un grand nombre sont excellentes, mais qui ont le tort d'être présentées dans un certain désordre et sans lien logique.
Dans les premiers articles, les délégués contestent