Pertz, Monumenta, Leges, t. II, p
4. Cf. E. MissET, Le premier livre imprimé connu dans le Bibliographe moderne, sept. 1899.
5. Cf. G. VoiGT, Pétrarque, Boccace et les débuts de l'humanisme, (1894), p. 237.
qu'ils prépareront le mouvement littéraire de la Renaissance.
Au commencement du XV® siècle, Constance, ville impériale, possédait cependant toutes les franchises municipales et les exerçait librement derrière ses sept portes et ses treize tours. Quand la cité consentit à recevoir le concile, ce ne fut pas sans avoir pris de méticuleuses précautions pour la sauvegarde de ses droits et de ses vieilles libertés.
Après avoir été un foyer d'apostolat et de science. Constance allait devenir un centre d'union catholique, et pour un instant le cœur de la chrétienté. D'avance, le monde chrétien la saluait avec Pierre d'Ailly : « O heureuse ville de Constance, s'écriait-il, je participe à ta joie, car c'est au milieu des villes allemandes, qui me sont confiées comme légat, que tu as été choisie ! » ^
D'un autre côté, Thierry de Niem vantait la richesse de ses vignes et des campagnes, ager cm henedixit Dominus, la beauté de ses lacs et de son fleuve, la pureté de l'air qu'on y respire et la justice de ses lois protectrices des étrangers '^.
Constance allait écrire en 1414 la plus belle des pages de son histoire, car ce concile était le plus brillant que l'on eut tenu jusqu'alors en Allemagne. De même que la ville de Pise, qui fut aussi le théâtre d'une assemblée pareille, elle n'a fait, depuis lors, que décroître en importance comme en renommée. A l'heure qu'il est, presque toutes les curiosités que Constance peut mon-
1. Sermo de adventu Domini. — Cf. Traetatus et serm. (Strasbourg, 1490). — 0pp. Gersonii, t. II, col. 918.
2. Von derHardt, t. II, col. 398. Sur le rôle de Niem au concile de Constance, cf. H. FisKE, Forschungen und Quellen zur Geschichte des Konstanzer Konzils, p. 132.
trer au voyageur datent du concile et des événements qui l'ont signalé.
Ce fut un magnifique spectacle quand, le 28 octobre 1414, le pape Jean XXIII fit son entrée solennelle dans la cité par cette belle porte de Kreuzlingen que l'on voit encore aujourd'hui.
Neuf cardinaux l'accompagnaient ainsi qu'un grand nombre de prélats et de seigneurs. Le comte de Montfort et un prince Orsini, de Rome, conduisaient sa haquenée par la bride, tandis que Henri d'Ulm, bourgmestre de Constance , et trois autres personnages soutenaient le baldaquin qui protégeait sa tête. Le Pape fut reçu tout à la fois comme un ange du Seigneur ^ et comme un triomphateur dans cette vieille cathédrale qui allait être témoin de si graves événements; puis il alla prendre possession de ses appartements dans le palais del'évêque, Othon de Hochberg^.
Chaque jour la ville voyait arriver des prélats éminents, des princes avec une suite nombreuse de chevaliers, des délégués des Universités.
Le cardinal Zabarella proclama que la première session du concile s'ouvrirait le 16 novembre. On profita de ce délai pour tenir des réunions préliminaires, pour prendre des dispositions d'ordre et faire des préparatifs de toute nature.
Les auditeurs de la rote romaine s'installèrent dans l'église Saint-Etienne, encore existante aujourd'hui , pour y rendre la justice trois fois par semaine. C'est ainsi qu'on régla, d'un commun accord, le tarif maxi-
i. Chronic. Karoli VIlib. XXXV, c. 33.
2. Sa tombe se trouve dans la cathédrale de Constance, au milieu de la chapelle de droite.
mum du logement et de l'entretien des étrangers, de leurs serviteurs et de leurs chevaux * .
On réclama de plus, toute liberté de parole pour les membres du concile et on créa des promoteurs, des procureurs, des conseillers pour assurer la réglementation des travaux. Le 17 novembre, on vit arriver en ville le cardinal Pierre d'Ailly qui devait être l'âme de cette grande assemblée, et qui fut reçu avec les plus grands égards. Il avait une suite de quarantequatre personnes. Elle était un peu moindre que celle d'Ange, cardinal de Préneste, qui en avait quarantehuit, de Pierre de Fuxo, cardinal prêtre du titre de Saint-Etienne au Caelius, qui en avait cinquante-deux, au dire de Richenthal 2. Louis de Flisco, cardinal de Saint- Adrien, était accompagné de soixante-deux serviteurs, tandis que Jean de Broigne, cardinal d'Ostie, en avait quatre-vingts. Mais rien n'égalait la magnificence de l'archevêque de Mayence, Jean de Nassau, qui arriva avec une escorte de cinq cents personnes ^, sinon peut-être le luxe de Louis, comte palatin du Rhin, élu protecteur du concile, qui entra en ville à la tête de plus de cinq cents cavaliers.
Bientôt cinq patriarches, vingt-neuf cardinaux, trente-, trois archevêques, plus de cent cinquante évêques, cent abbés, trois cents docteurs et environ dix-huit mille ecclésiastiques remplirent la ville. Cent mille personnes et trente mille chevaux devaient y être nourris tous les jours, au dire des chroniqueurs du temps -*. Toute
1. cf. Rossmànn, De externo Concilii Constant, apparatii (léna, I806).
2. Ulrich von RicnENTOAL, Kronik des Constanzer Goncils, 1414-1418. 11 se trompe à plusieurs reprises, soit sur les noms, soit sur les titres des prélats.
3. JuNGMANN, Dissert, selectae in hist. écoles., t. VI, p. 293.
4. Théod. Urie, dans Von der Hardt, t. I, col. 133. — Lesfant, Histoire du concile de Constance, t. H, pp. 363-386. — Hefele, t. X, p. 392.
cette foule, composée principalement de chevaliers, se livra bientôt à des tournois et à d'autres divertissements, moins dignes encore de la majesté du concile et de la gravité des sujets qu'on devait y traiter.
Mais jusque-là le personnage le plus important manquait encore : c'était le roi des Romains.
Il venait de se faire couronner à Aix-la-Chapelle (8 novembre), et cette cérémonie grandiose avait retenu près de lui la majeure partie de la noblesse allemande.
Sur les instances réitérées du pape, il s'acheminait vers le siège du concile. Le 24 décembre, veille de Noël, on signala son arrivée sur le lac d'Ueberlingen, relié à celui de Constance.
Le soir même, une foule immense se pressait aux portes de la ville pour assister à la réception du chef de l'Empire. Le froid était rigoureux et la nuit était fort avancée, quand le vaisseau qui portait le roi et sa suite aborda enfin sous les murs de la ville, au milieu des acclamations populaires. La reine Barbe de Cilly l'accompagnait ainsi que plusieurs princes et princesses et un grand nombre de chevaliers. Jamais peutêtre les rives du lac n'avaient vu une entrée princière si extraordinaire et si solennelle.
Après un court repos, Sigismond se rendit à la cathédrale brillamment illuminée. Le Pape l'attendait pour célébrer la grand'messe de Noël. Le roi se revêtit de la dalmatique du diacre, posa la couronne sur sa tête, monta à l'ambon et chanta solennellement l'Évangile de la Nativité ^ .
Puis il s'assit sur un trône magnifique entouré de tous les princes de l'empire, portant les insignes de
1. Marmor, Dus Concilium zu Konslanz (1898), p. 42. — Tdeod. Urie, dans Von der Hardt, 1. 1, col. IS .
la souveraineté. Sa Sainteté lui remit alors une épée bénite, et l'engagea à s'en servir toujours pour la protection de l'Église. Le prince en fit le serment et, eu réalité, il s'efforça de le tenir pendant les événements qui vont se dérouler .
g 2. — Départ de Jean XXIII.
Les représentants des deux pouvoirs étaient réunis : l'évéque du dehors protégeait de son épée les évêques du dedans; les discussions sérieuses allaient commencer.
Déjà on avait voulu déclarer que le présent concile devait tout d'abord confirmer celui de Pise, suspendu en 1409 par Alexandre V ^ . Son successeur Jean XXIII et les Italiens en général tenaient beaucoup à cette formalité, car par là on décrétait la légitimité canonique de cette assemblée et, en même temps, la valeur indiscutable de l'élection pontificale qui l'avait terminée. Dès lors, les mesures éventuelles qui auraient pu être prises contre les prétendants n'auraient pas concerné Jean XXIII, mais seulement ses concurrents Grégoire et Benoît.
Les Pères refusèrent d'entrer dans ces vues intéressées.
Pierre d'Ailly, appuyé par le cardinal Philastre, déposa un contre-projet, le 7 décembre. « Le concile de Constance, disait- il, n'est que la continuation logique du concile de Pise. De même, le Rhin est toujours le même fleuve qu'il y a cent ans, bien qu'il ne renferme plus entre ses rives une seule goutte de la même eau. Il donc inutile de demander que cette assemblée confirm e