‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 137 sur 186 · Hefele, t. X, p · texte numérisé non relu

Hefele, t. X, p

3. Hefele, t. X, 393. — Curistophe, Histoire de la Papauté pendant le XIV^ siècle, t. III, p. 383. — H. Finke, Forschungen und Quelîen, p. 263.

gismond devenaient de plus en plus difficiles ; le bruit courait que le Pape voulait quitter Constance avec l'aide et la protection de Frédéric, duc d'Autriche. l.e pontife espérait que sa retraite dissoudrait le concile et ferait cesser la persécution dont il se plaignait d'être l'objet.

Le 20 mars, un grand tournoi avait lieu à Constance. Le chef de l'Empire y assistait avec les princes, les chevaliers et un peuple immense. On faisait trêve pour un moment aux graves débats du concile. Le duc d'Autriche et le comte de Cilly, beau-frère du roi des Romains, devaient y lutter de force et d'adresse. Pendant que ce spectacle grandiose tenait tous les esprits et tous les yeux attentifs, un vieillard, revêtu d'un mauvais habit gris et monté sur un vieux cheval dont la selle portait une arbalète, se présentait en dissimulant sa figure à la porte de Kreuzlingen. Qui aurait pu reconnaître sous ce déguisement celui qui avait passé sous cette même porte, quatre mois auparavant, dans toute la pompe du souverain pontificat? Jean XXIII n'était accompagné que d'un enfant. Personne ne fit attention à des voyageurs de si piètre apparence.

Le Pape gagna Ermatingen en Thurgovie, s'embarqua sur un bateau préparé par les soins de Frédéric, et arriva le lendemain matin à Schaffouse.

A peine était-il sorti de Constance qu'il envoya par un affidé un billet pour avertir le duc d'Autriche, qui continua néanmoins à prendre part au tournoi. Mais, le soir même, le duc monta à cheval et s'élança sur la route de Schaffouse où il rejoignit le Pape fugitif.

Le lendemain matin, la nouvelle de la fuite du Pontife se répandait dans Constance et y semait d'abord l'étonnement, puis la consternation et la confusion.

La plupart des Pères croyaient le concile fini et se préparaient au départ; d'autres, et même des cardinaux, songeaient à aller rejoindre celui qu'ils considéraient encore comme leur clief légitime.

D'autre part, on se répandait en invectives contre Jean XXIII, dont le palais fut immédiatement livré au pillage par la populace. Le désordre allait croissant et avec lui la crainte, quand Sigismond monta à cheval et parcourut les rues de la cité. Sa présence releva les courages abattus, ramena la tranquillité et arrêta les départs précipités.

Le roi convoqua aussitôt une congrégation des quatre nations et déclara sa ferme résolution de maintenir et de défendre le concile au péril de sa vie. Les cardinaux s'unirent à lui, mais ils lui dirent qu'avant de prendre des mesures contre le Pape, il fallait commencer par lui envoyer une députation. Trois membres du Sacré-Collége furent invités à partir pour Scbaffouse avec l'archevêque de Reims, pendant que Sigismond accusait Frédéric de trahison et le citait à venir comparaître devant le concile et devant lui.

Au sein de l'assemblée, les délégués français se faisaient remarquer par la violence de leurs écrits ^ et de leurs paroles ainsi que par les erreurs schismatiques de leur doctrine sur l'Église.

Gerson et d'autres émettaient des théories subversives dé l'autorité du Pape et exaltaient à outrance l'omnipotence du concile général -. Toutes ces opinions audacieuses allaient pousser un certain nombre de Pères aux plus tristes écarts de doctrine et de conduite.

1. Cf. le placard violent de Benoît Genlian, représentant l'Université de Paris, Martène et Durand, Thésaurus, t. II, col. 1620.

2. Von der Hardt, t. II, col. 26S. — j, B. ScnwA», Johannes Gerson^ p. 507. — Martène et Durand, col. 1623.

Déjà, on le voyait, elles troublaient certaines têtes et entraînaient à des déclarations excessives jusqu'à l'injustice et fausses jusqu'à l'hérésie.

Les ecclésiastiques de second ordre, appelés sans droit à faire partie de l'assemblée, se montraient plus exaltés et plus intraitables que les autres ; ils paraissaient disposés à accepter les conclusions les plus outrées.

Cet état d'esprit explique, sans l'excuser, tout ce qui nous reste à raconter et tout ce qui va se passer dans les sessions suivantes du concile.

§ 3. — Les troisième, quatrième et cinquième sessions.

La prochaine réunion avait été fixée au 26 mars, car l'assemblée tenait à montrer le plus tôt possible qu'elle ne se croyait point dissoute par le départ du Pape. D'un autre côté, Jean envoyait à tout le Sacré-CoUége l'ordre de venir le rejoindre à Schaffouse, dans l'intervalle de six jours, sous peine d'excommunication. Son intention de rendre le concile impossible était ainsi rendue évidente. Il se plaignait en même temps au roi de France et à ses oncles, ainsi qu'à l'Université de Paris, des mauvais traitements qu'il avait essuyés de la part du concile, des défiances qu'on lui avait montrées et des complots que Sigismond avait tramés contre la liberté des Pères et la sienne. Le nouveau règlement suivi à Constance et les prétendues injustices dont la nation française avait été la victime provoquaient aussi ses réclamations intéressées * .

Deux jours après, le 25 mars, Jean XXIII renvoyait en ville l'archevêque de Reims et le chargeait de faire verbalement une déclaration à l'assemblée. « C'est

1. Vos DEu Haudt, t. II, col. 233 (et non 153, faute d'impression dans le volume). — Mansi, t. XXVIII, p. 14.

l'insalubrité de l'air et non la crainte, disait-il, qui m'a forcé à quitter Constance. Je reste toujours disposé à aider Sigismond et à pacifier l'Eglise. » Par une lettre adressée aux cardinaux, il les nommait tous ses procureurs dans l'œuvre de la cession, et il chargeait trois d'entre eux de faire connaître publiquement sa démission, aussitôt que-Benoît et Grégoire auraient donné la leur ^ .

Sans attendre le retour des membres du Sacré-Collége envoyés à Schaffouse, on résolut de tenir immédiatement la troisième session qui eut lieu en effet le 26 mars. Il s'agissait de promulguer [conciliariter) les décisions prises par les quatre nations [nationaliter]. La plupart des cardinaux, inquiets des dispositions du concile et froissés de ses procédés, s'abstinrent de paraître à la séance. On n'y vit que soixante-dix prélats, mais on y put compter, en revanche, beaucoup d'ecclésiastiques de second ordre. Le cardinal d'Ailly prit la présidence après avoir chanté solennellement la messe. Le cardinal Zabarella lut les conclusions suivantes déjà approuvées par les nations : le concile a été légitimement convoqué, ouvert et tenu à Constance ; l'éloignement du Pape ne l'a pas dissous ; il ne saurait l'être avant que le schisme ne soit éteint et l'Église réformée. L'assemblée ne peut être transférée ailleurs, et tous ses membres doivent rester à Constance jusqu'à la fin des travaux.

Ces cinq points furent adoptés [conciliariter) par les cardinaux et tous les membres présents. Cependant d'Ailly et Zabarella crurent devoir protester en public qu'ils demeuraient fidèles à l'obédience de Jean XXIII, tant que celui-ci persisterait à vouloir résigner ses pouvoirs. S'ils avaient consenti à assister à cette ses-

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