Von der Hardt, col. 196. — Finke, p
3. Von der Hardt, ibid., col. 201. Cf. noire chapitre VI, p. 117.
Deux autres discussions sérieuses eurent lieu en janvier 1415.
On avait déjà exagéré dans l'école l'importance des décisions théologiques données par la Sorbonne et l'on avait attribué aux docteurs une autorité que l'Église ne leur avait point reconnue jusqu'alors et qu'elle n' admettra j amais .
D'Ailly, Gerson^ et les premiers gallicans ont souvent exalté, sans mesure comme sans raison, cette sorte d'omnipotence magistrale. Sans doute , les docteurs peuvent être interrogés par les plus hautes autorités ecclésiastiques ; leur avis , quand on le leur demande, a souvent un grand poids, mais c'est une simple consultation théologique. Elle vaut ce que valent les preuves qu'ils apportent : le docteur, dans ce cas , ressemble au jurisconsulte , qui, dans l'interprétation d'une loi, émet l'opinion toujours contestable d'un juriste , et non pas la décision irréformable d'un juge suprême.
C'est ce que ne comprirent pas un bon nombre des membres du concile. Aussi, quand cette question fut soulevée devant le concile , beaucoup d'universitaires parisiens , élevés dans les cins de l'école, s'empressèrent-ils de favoriser imprudemment cette tendance démocratique et multitudiniste que Marsile de Padoue, Jean de Jandun et Occam avaient déjà proclamée cent ans auparavant, que Gerson et Gourtecuisse soutenaient vers cette époque, et que Richer et Vigor reproduiront au dix-septième siècle.
D'Ailly, fidèle à de faux principes ^, s'engagea à fond
1. Opp, Gersoniî, t. I, col. 10. — Cf. Poyol, Edmond Richer, t. 1, p. 2H.
2. n avait déjà exprimé ses opinions exagérées sur ce point dans le discours prononcé devant le pape d'Avignon contre Jean de Montson,
dans ce mouvement. Il demanda qu'à Constance les évêques et les abbés ayant juridiction ne fussent pas seuls à avoir voix définitive, mais que les docteurs en théologie, en droit canon et en droit civil (ils étaient trois cents et plus), fussent aussi admis à émettre leurs suffrages. -
« Ceux-là , disait le cardinal de Cambrai , ont plus d'autorité doctrinale qu'un évêque ignorant ou un abbé qui n'a que le titre sans juridiction effective. On ne saurait admettre que ces prélats inférieurs aient autant d'influence que l'archevêque de Mayence, par exemple,
ou quelque^autre évêque ayant un immense diocèse
Je demande la même faveur pour les rois et les princes ainsi que pour leurs ambassadeurs et les procureurs des prélats absents et des chapitres. Puisqu'il s'agit avant tout d'extirper le schisme , il ne serait ni juste ni raisonnable de vouloir exclure les rois, les princes et leurs délégués ^ . »
Cette doctrine dangereuse , sans fondement dans le droit canon comme dans la tradition, avait déjà été mise en pratique aux conciles de Pise et de Rome ; elle fut approuvée de nouveau à Constance. Au fond, elle n'était qu'un expédient politique pour neutraliser l'influence des prélats de second ordre, italiens pour la plupart, accourus en grand nombre au concile pour soutenir Jean XXill. Plus tard, le concile de Bâle renouvellera cette expérience : ce sera la source de son impuissance et la cause de sa révolte.
Un autre moyen , non moins périlleux et tout aussi
Jacobita perfidissimus , comme il l'appelle (1387), 0pp. Gersonii, 1. 1, col. 710. — D'Argentré, Coll. judic, 1. 1, p. II, p. 76.
1. Von der Hardt, t. TI, col. 224. — Mansi, t. XXVII, p. 360. — Hardouin, t. VIII, p. 223. — Cf. Peirus de Alliaco, p. 274. L'année suivante, d'Ailly exposa les mêmes principes, dans son traité De potestate eccl., Von DER Hardt, t. iv, p. 13, — 0pp. Gersonii, t. II, col. 941.
contraire aux traditions ecclésiastiques, fut également employé contre le pape qu'on voulait dès lors renverser.
Ce fut le vote par nation et non point par tête. Cette pratique devait réduire à néant la supériorité numérique des Italiens. On décréta que, comme à Pise, l'assemblée serait divisée en quatre nations : l'Italie, la France, l'Allemagne et l'Angleterre ; plus tard on en ajouta une cinquième, l'Espagne.
Chaque nation devait nommer un certain nombre de délégués, ecclésiastiques ou laïques. A la tête des députés de chacune , il y avait un président qu'on changeait tous les mois. En outre , chacune d'elles devait se réunir séparément pour examiner les questions et communiquer ses décisions aux autres.
Quand on se serait entendu sur un point , on réunirait une congrégation générale des quatre nations nationaliter . Celle-ci après avoir adopté l'article, devait le soumettre à la session générale du concile conciliarîter ^ . Le Sacré-Coliége ne put obtenir d'être reconnu par les nations comme un corps spécial ayant son autonomie et son autorité propres : chaque cardinal dut voter avec sa nation.
Toutes ces décisions, adroites peut-être au point de
1. Vos DER Hardt, t. I, col. WTi. — Cardinalium, natîonumque consulta ibid., t. II, col. 230 et t. V, p. 53. — Pierre d'Ailly, 0pp. Gersonii, t. II, col. 940. — Le cardinal de Cambrai, instruit par l'expérience, critiqua' plus tard ce système dont il ayait vu bien vite les multiples inconvénients. Voir sa dissertation lue à Constance lepremiernovembre 1416, De Reformatione Ecclesise. Le texte qui se trouve dans les œuvres de Gerson, t. il, col. 913, n'est pas le même que celui de 1403, date de la première rédaction. Le texte primitif, conservé à la Biblioth. nationale (Ms. lat. 3124, 14379) et que Baluze a copié (c'est le n° 1571) a une lacune de 38 lignes. D'Ailly a ajouté ces desiderata quand il a présenté son traité au concile.
Cf. le ch. X de cet ouvrage, p. 200.
vue politique, ôtaient à Jean XXIII tout l'avantage du nombre , mais elles avaient le tort de déroger aux tra;ditions les plus respectables. Elles introduisaientau sein du concile des divisions nationalistes et particularistes qui ne doivent jamais se rencontrer dans une assemblée catholique, c'est-à-dire universelle. Comme le précédent, ce procédé était révolutionnaire au premier chef, il lésait les droits des cardinaux et des évêques, et n'était inventé que pour nuire au Souverain Pontife.
Ce coup, déjà très sensible, ne fut point le seul porté alors à Jean XXIII. Un anonyme, probablement italien, fit paraître contre le Pape un pamphlet rempli des plus odieuses accusations *. Ce libelle injurieux fut remis aux quatre nations en même temps qu'une demande d'information juridique. Les ennemis du Pape voulaient donc le déshonorer, comme ils avaient essayé de le faire pour Boniface VIII, un siècle auparavant. Averti par un de ses serviteurs, Jean fut d'abord consterné : il consulta quelques-uns des cardinaux qui lui étaient restés fidèles. ■
Ceux-ci lui conseillèrent de ne pas entrer en discussion avec ses adversaires , mais ils furent d'avis qu'il valait mieux se démettre pour éviter un plus grand scandale.
Le Pape accepta ces conseils : c'est ainsi que le mal produisit un certain bien. Les calomnies ou les médisances dont on accablait le pontife conduisirent à cette cession si ardemment désirée et préparèrent la solution définitive.
Le 16 février, Jean XXIII, de plus en plus effrayé , fit lire par le cardinal Zabarella un écrit dans lequel il
1. Von der Hardt, t. II, col. 391. — Honger, Zur Gesch. Papstes Johanns XXIII (Bonn, 1876).
disait : « Résolu de rendre la paix à l'Église, je consens à résigner mes pouvoirs à condition que Pierre de Lune et Ange Corrario, déclarés hérétiques, renoncent, eux aussi, à toutes leurs prétentions à la tiare ' . »
La forme de ce document fut appréciée par les Pères et trouvée trop violente pour les papes rivaux ; mais déjà le concile mettait les trois pontifes sur le même pied : l'œuvre de Pise était donc ruinée à leurs yeux. Un second écrit ne fut pas jugé plus satisfaisant. Sigismond en proposa un troisième qui n'eut pas un meilleur sort. Enfin , après bien des pourparlers , Jean lut en public une renonciation expresse et formelle avec une seule condition, c'est que Benoît et Grégoire céderaient à leur tour. Le 2 mars 1415, dans la seconde session solennelle , il répéta^scette importante déclaration 2.
Cet acte fut reçu par le concile avec allégresse ; on chanta le Te Deum et tout Constance fut dans la joie. Le 7 mars , le Pape lança une bulle confirmant et promulguant solennellement sa promesse de cession.
A quoi bon raconter dans le détail les événements qui dès lors se succédèrent avec rapidité? Les froissements multiples essuyés par Jean XXIII, les projets de Sigismond qui voulait aller à Nice pour conférer avec Benoît, le refus du Pape d'accepter le roi des Romains comme son représentant, les discussions ardentes et envenimées entre les nations et les menaces adressées par le pouvoir civil à la nation française ^ ?
Le trouble augmentait, les relations entre Jean et Si-
1. YON DEU Hardt, t. II, coll. 233 et 392. — Massi, t. XXYII, p. 564.