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CHAPITRE DIX-SEPTIEME

Pendant toutes ces graves discussions, l'œuvre capitale du concile se poursuivait avec des alternatives diverses. Les hérésies étaient blessées à mort ; le schisme lui-même allait disparaître, grâce aux efforts persévérants de tous.

Lorsque l'assemblée tint ses premières séances, c'en était déjà fait delà précaire solution imaginée à Pise, et les affaires ecclésiastiques étaient retombées dans l'état déplorable d'où ce synode avait pensé les tirer par des actes illégaux. Il semblait qu'il n'y eût plus de pape, parce qu'il y en avait trois, et que le souverain pontificat fût humilié comme il ne l'avait jamais été, dans la personne de chacun d'eux.

Jean XXÏII, en butte aux poursuites du concile et du roi des Romains, continuait à travers les pays allemands sa misérable odyssée, en attendant d'être jeté en prison par les Pères, puis jugé et déposé par eux. Jamais peut-être, le titre vénérable de pontife ne fut exposé davantage à l'opprobre et aux railleries, ni livré à plus d'indignités de parole et d'action. Trop heureux malgré tout, s'il eût moins mérité ces multiples disgrâces ! Pie VI et Pie VII, qui en ont connu

d'aussi cruelles, fontuneautre figuredevant la postérité.

En Italie, auprès du courtisan de son malheur Charles de Malatesta, le vieux Grégoire XII conserve ses fonctions pontificales. Il a pu justifier l'accusation de népotisme, commettre des fautes politiques, et, à une heure donnée, paraître trop tenir au rang suprême, auquel il avait été, d'ailleurs, légitimement élevé. Mais on n'avait à lui reprocher ni désordre de conduite, ni opiniâtreté scandaleuse, et il sut plus tard descendre du trône pontifical avec une dignité résignée qui lui rallia toutes les sympathies.

Aux pieds des Pyrénées, Benoît soutenait le rôle qu'on lui avait vu jouer depuis plus de vingt ans. C'était toujours la même intransigeance et la même ténacité dans la poursuite du but, en même temps que la même souplesse et la même habileté dans le choix des moyens. Nous prendrons son caractère sur le vif quand nous le verrons lutter seul tout à la fois contre le concile, le roi des Romains, les rois d'Aragon, de Castille et de Navarre, bien plus, contre les peuples mêmes de l'Europe chrétienne qui étaient restés sous son obéissance et qui n'étaient pas encore représentés à Constance. Etiamsi omneSy ego non, telle semble être sa devise, où il y a de la fierté peut-être, mais plus encore de l'obstination. C'est ainsi qu'il se renfermera désormais dans l'inutilité d'une opposition intéressée et systématique et dans le scandale de sa retraite schismatique à Péniscola.

§ 1. — Déposition de Jean XXIII.

Les Pères de Constance ne se dissimulaient pas qu'ils avaient commis à l'égard de Jean XXIII tout au moins une irrégularité en promulguant les décrets de la qua-

trième.et de la cinquième sessions. Ils éprouvèrent immédiatement le besoin de se justifier, ce qu'ils firent en envoyant à tous les princes chrétiens ainsi qu'aux universités un mémoire détaillé sur la marche des affaires au concile, sur la fuite du pape et aussi sur les négociations qu'ils entamaient avec lui. Ces lettres furent expédiées dans la sixième session (17 avril). Mais déjà le pontife avait quitté Laufenbourg pour Fribourg-en- Brisgau, puis pour Brisach, place forte appartenant à Frédéric, son protecteur. Mis au ban de l'empire par Sigismond, le duc d'Autriche avait vu en effet se lever contre lui presque tous ses voisins. Et c'est parce que Jean ne se trouvait plus en sûreté à Schaffouse, à Laufenbourg et ailleurs, qu'il s'était déterminé de nouveau à fuir misérablement.

Dans cette même session, présidée comme toutes celles qui suivront, par le cardinal de Viviers, on adopta la formule d'abdication qui devait être proposée au pape^. Sous l'influence des passions du moment, elle fut rédigée en des termes trop durs pour que Jean pût l'accepter. Et de fait, quand la députation chargée de ces propositions arriva à Brisach, le pontife prétexta une maladie et leur refusa audience. Il consentit enfin à la recevoir, mais, le 25 avril, sans avertir les délégués et sans laisser de réponse, il partit de grand matin pour Neuenbourg, dans l'intention de descendre vers Avignon par la Bourgogne. Malheureusement, tous les passages du Rhin étaient gardés par les troupes impériales : le pape fut forcé de rentrer à Brisach.

Sur ces entrefaites, un habile négociateur, le duc Louis de Bavière, réussit à obtenir de Frédéric d'Autriche sa soumission à Sigismond et au concile. Fré-

1, Hefele, t. X, p. 410.

déric à son tour décida Jean XXIII à s'aboucher avec les députés venus de Constance. Le pape se laissa convaincre assez facilement de la nécessité d'abdiquer. Sans ressources, sans appui, sans amis, sa volonté semblait anéantie. Il consentit à se démettre sans plus exiger cette fois que ses compétiteurs en fissent autant. Il résignerait tous ses pouvoirs aussitôt que le concile lui aurait assuré des dédommagements convenables ' .

Sans tenir compte de ces concessions, les Pères décidèrent dans leur septième session (2 mai), que Jean XXIII serait assigné devant le concile dans toutes les formes juridiques, mais aussi avec les garanties les plus larges. La citation fut affichée publiquement à cette même porte de Kreuzlingen, par où le pape s'était enfui le 20 mars précédent. Le duc d'Autriche, complice du pontife dans cette fuite, put voir cette pièce officielle lorsqu'il revint à Constance subir une publique et cruelle humiliation devant le roi des Romains et une foule de princes et de seigneurs. Il dut implorer son pardon et se remettre tout entier, avec ses biens et ses sujets, à la discrétion de Sigismond, qui ne se montra guère généreux. Le 9 mai 1415, le concile, envoya une Réputation au pape pour lui signifier sa citation. Jean XXIII se plaignit amèrement des Pères et différa de jour en jour son départ pour Constance. Le 13 mai, à l'heure de l'ouverture de la neuvième session, il n'était pas encore arrivé. D'Ailly, Zabarella et Philastre, que le pape avait choisis comme défenseurs, refusèrent alors de se charger de cet office, et une commission de treize membres fut nommée pour entendre les témoins à charge.

Le 14 mai fut le jour de la sentence. Le concile, dans sa dixième session générale, prononçait solennel-

VoN »ER Haudt, t. II, col. 402; t. IV, pp. 13o. — Mansi, t. XXVII, p.

lement la peine de suspense contre Jean XXIII et défendait aux fidèles de lui obéir désormais ^ .

Cette grave mesure n'était que le prélude d'une autre plus terrible encore, la déposition. En effet, les chefs d'accusation recueillis contre le malheureux pontife ne s'élevaient pas à moins de soixante-douze ^ et leur exagération faisait assez voir de quel esprit de rancune et de vengeance étaient animés les accusateurs.

Les députés chargés de porter à Jean XXIII sa citation à comparaître, avaient eu aussi ordre de s'assurer de sa personne et de le ramener à Constance. Ils l'avaient conduit à Radolfszell, à cinq lieues de la ville et enfermé dans un donjon aujourd'hui détruit, sous la garde de trois cents soldats hongrois. C'est là que le rejoignirent les cinq cardinaux, et parmi eux d'Ailly, délégués pour notifier au pontife le décret de suspense (24 mai). L'accusé accepta tout et offrit sa démission. « Si on me dépose, ajouta-t-il, je ne ferai aucune résistance. Je demande simplement qu'on me permette de sauvegarder mon honneur, ma personne et mon rang. » Puis il signa le procès-verbal de son prénom « Balthazar ^ » .

Enfin le 29 mai, dans la douzième session générale, en présence du roi des Romains et de quinze cardinaux, Jean fut solennellement déposé. Le décret, fort dur pour l'accusé, le condamnait « comme simoniaque, dissipateur des biens ecclésiastiques, administrateur infidèle de l'Eglise, tant au spirituel qu'au temporel » . Il critiquait aussi avec rudesse sa conduite, qu'il qualifiait de scan-

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