‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 16 sur 186 · De seroorum Dei beatificatione, 1. T, c. IX, n · texte numérisé non relu

De seroorum Dei beatificatione, 1. T, c. IX, n

2. Baldze, t. II, col. 813. II nomme ce châtelain Pierre Rostaing,

On connaît le mot de Bossuet faisant le récit des derniers moments d'Alexandre le Grand : « Il expira plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort. » Telles furent aussi, semble-t-il, les appréhensions qui hantèrent les dernières heures de Grégoire mourant.

Le décès du Pape excita dans Rome des sentiments divers; mais celui qui dominait était l'inquiétude du lendemain. Le personnage encore inconnu que le conclave allait élire quitterait-il la Ville éternelle comme Urbain V, ou bien se déterminerait-il à y rester comme Grégoire XI? La France allait-elle garder sa prépondérance dans la direction de l'Église, ou l'influence allait-elle passer à l'Italie? Rome serait-elle de nouveau, et pour toujours peut-être, privée de ses pontifes, qui voudraient retourner à Avignon? Resterait-elle comme un corps sans tête, sur les bords abandonnés du Tibre, livrée aux divisions et à l'anarchie, sans défense contre les ambitions d'un empereur comme Louis de Bavière, ou les excitations d'un tribun comme Cola de Rienzi? Voilà quelles étaient à Rome les préoccupations de tous les esprits au courant des choses, des prêtres, des nobles, des capitaneL

Le peuple, de son côté, s'inspirait de sentiments moins élevés et plus positifs. Les Transtévérins s'agitaient ; ils abordaient dans les rues les cardinaux électeurs et leur criaient : « Depuis soixante-dix ans, la France se gorge de l'or romain; à nous maintenant de nous enrichir de l'or français ^ »

Le duc d'Anjou allait-il être bon prophète, lui qui

mais une pièce récemment publiée par Gayet l'appelle Gandelin de Saint-Crispin(t. I, Pièces justif".., pp. 161 et 168.). Pierre Rostaing était son oncle, Français d'origine, mais Italien d'adoption {ibid., p. 1S6). 1. BAtvzE, t. I, col. 1013.

avait annoncé à Grégoire XI l'avenir qui attendait la papauté dans la Ville éternelle? « Si vous morés par delà, lui avait-il dit, Romains, qui sont merveilleux et traîtres, seront maistres de tous les Cardinauls et feront pape de force à leur séance » ^ (à leur convenance).

Ce qui pouvait le faire craindre, c'est que tous les citoyens romains, riches ou pauvres, étaient d'accord pour soutenir une prétention que nous jugeons aujourd'hui extravagante, et qui était pour eux une sorte de dogme incontesté, à savoir le droit que possédait le peuple romain de prendre part à l'élection du pape.

Depuis longtemps, la noblesse turbulente et orgueilleuse de Rome avait cru qu'il lui appartenait de faire sentir son influence et d'imposer ses préférences au conclave. L'histoire ecclésiastique et civile est pleine des démêlés entre les Orsini du château Saint-Ange et leurs éternels adversaires, les Colonna du Capitole. Rome avait vu les Pierleoni de l'île du Tibre disputer la tiare à ces fiers Gaetani qui avaient établi leur aire d'oiseaux de proie dans le tombeau monumental et fortifié de Csecilia Metella. Aujourd'hui, il ne s'agissait plus d'une querelle entre familles rivales, mais des prétentions de tout un peuple. Les capitulaires impériaux et les privilèges othoniens avaient confirmé les Romains dans cette erreur séculaire. D'un autre côté, le souffle national et démocratique d'Arnaud de Brescia et de Cola de Rienzi avait soulevé toutes les revendications opposées à l'autorité pontificale. Il est juste d'ajouter que la faute en était aussi à certains théologiens de l'époque qui, à cet égard, faisaient beaucoup trop d'avances aux Romains dégénérés et accordaient trop de concessions à l'orgueil posthume de l'ancien peuple-roi ^.

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