Cf. le chapitre VII du présent volume, p
Sigismond et les envoyés de Constance brusquèrent les choses et quittèrent Perpignan^ ; au commencement de novembre tout- semblait rompu. Ferdinand, déjà malade, était désespéré; les autres souverains, jusque-là attachés à Benoît, ne cachaient plus leur irritation. Ils écrivirent au roi des Romains pour le prier de retarder son départ. « Nous sommes déterminés à nous séparer de Benoit, lui disaient-ils, s'il s'obstine dans cette voie de résistance insensée ^. »
Sigismond consentit à envoyer de nouveau des délégués à Perpignan, mais il maintint ses propositions : il fallait abdiquer à tout prix. Benoît comprit que le roi ne céderait pas, et il s'enfuit le 13 novembre à CoUioure. Il n'y resta que trois jours, puis il se réfugia au château de Peniscola, situé sur la mer au nord de Valence. Quelques cardinaux le suivirent dans ce donjon solitaire, propriété de sa famille et illustré naguère par les exploits du Cid. En entrant dans cet asile, le fugitif lança comme une flèche de Parthe une menace d'anathème et de déposition contre les rois qui voudraient se soustraire à son obédience. C'en était trop. Tous les princes ainsi bravés se réunirent à Narbonne, et, de concert avec Sigismond, conclurent un concordat célèbre (13 décembre 1415).
D'après la teneur de ce document, les cardinaux et les prélats réunis à Constance devaient inviter leurs collègues jusqu'alors restés fidèles à Benoît à se réunir à eux dans l'espace de trois mois, afin de constituer un concile vraiment général. On s'engageait à ne préjudicier en rien aux intérêts des princes, des
1. ToLRA DE Bordas, L'antipape Benoît XIII en Roussillon, p. 29.
2. DœUinger a édité deux lettres du roi d'Aragon au roi des Romains sur cette question. Cf. Materialien zur Gesch. des 13 und 16 Jahr, t. II, p. 378.
évêques et des officiers qui avaient été attachés au pape d'Avignon : on procéderait à la déposition de ce pontife, puis à l'élection d'un nouveau pape avec le concours des cardinaux de Benoît. Le concile annulerait toutes les sentences prononcées durant le schisme et ratifierait toutes les faveurs accordées par le pape déposé ^ .
L'assemblée prit plusieurs autres résolutions de détail, puis Sigismond, les envoyés des rois espagnols et l'archevêque de Reims représentant la France jurèrent solennellement d'observer tous ces articles. Les délégués du concile prêtèrent le même serment.
Dès le 14 décembre, le roi des Romains avertit le concile du concordat qu'il venait de signer, puis il vint passer les fêtes de Noël à Avignon et se dirigea vers Paris, où il fit son entrée solennelle le 1''' mars 1416. De là il se rendit en Angleterre, puis revint par la Zélande, la Hollande, l'Allemagne et Cologne. Il rentra à C onstance en splendide appareil le mercredi 27 janvier 1417, après avoir conquis à l'oeuvre du concile, à la paix religieuse et à la croisade future, toutes les sympathies des souverains et des peuples 2.
Près d'un an auparavant, le 30 janvier 1416, un rapport détaillé sur le concordat de Narbonne était arrivé à Constance et y avait causé une joie universelle. On ratifia aussitôt le traité dans une congrégation générale.
Grâce aux efforts énergiques et au renom de sainteté de Vincent Ferrier, l'Aragon, la Navarre et la Castille, les comtés d'Armagnac et de Foix, renoncèrent à l'obédience de Benoît. Le thaumaturge, si longtemps et de
1. SIANSI, t. XXVII, p. 811 et t. XXyiII, p. 22i. — VON DER HAUDT, t. II, col. 487. — Hardobin, t. VIII, p. 473. — Labre, t. XÏI, c. 177.