‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 163 sur 186 · Histoire des Variations, 1. I, ch · texte numérisé non relu

Histoire des Variations, 1. I, ch

qui se fait par une révolte schismatique et à coups d'invectives passionnées. Il entend celle qui s'opère dans l'Eglise par l'Église et par les autorités légitimes que Jésus-Christ a constituées. Bossuet montre enfin par des exemples terribles « ce que peut sur des esprits entêtés la réforme prise de travers ^ y).

On allait enfin inaugurer d'une manière efficace cette révolution pacifique, si désirée de tous les gens de bien. Mais des obstacles pénibles à surmonter se rencontraient au sein même du concile réformateur : c'était les multiples divisions qui y régnaient. Les fâcheuses discussions dogmatiques de 1415, à propos de -la prééminence du concile sur le pape, avaient laissé plus d'une trace dans l'assemblée. Le siège pontifical étant vide, plusieurs se demandaient si l'occasion n'était point favorable pour établir d'une façon définitive cette supériorité, pour rendre plus fréquents les conciles généraux, pour augmenter et régulariser leur pouvoir. Ils prétendaient les organiser comme une institution permanente et essentielle, installer une sorte de parlement spirituel qui se réunirait à date fixe et auquel les souverains enverraient des ambassadeurs,' et substituer une oligarchie constitutionnelle à une monarchie élective sans doute, mais absolue. On ne voulait rien moins que changer la forme de l'Eglise, la livrer au jeu des partis et remettre en question tous les progrès si utiles qu'avait faits la papauté depuis trois siècles.

D'un autre côté, le Sacré-Collége avait suscité contre lui des animosités acharnées; sa conduite dans les élections pontificales précédentes et au milieu des agitations du schisme, avait donné lieu à bien des

i. Cinquième avertissement aux Protestants, 'SJi,'V{-

réclamations et des reproches qui n'étaient pas tous sans fondement.

' Le~^ peuple chrétien, les moines et le bas clergé attribuaient avec raison aux intrigues et aux rancunes des cardinaux cette longue division dont la discipline ecclésiastique et l'Eglise elle-même avaient tant souffert. Or, en cette fin du concile, la dissension régnait au milieu du Sacré-Collége et plusieurs évêques, frappés de ces désordres, demandèrent hautement l'exclusion des cardinaux du conclave qui allait s'ouvrir. Ils osèrent aller plus loin et réclamèrent même l'abolition de cette institution ecclésiastique. D'Ailly avait déclaré depuis longtemps que le corps des cardinaux avait lui aussi un besoin urgent de réforme ^ . De fait, ils n'échappèrent à toutes cçs revendications outrées qu'à force de souplesse et d'habileté diplomatique.

De plus, quelques prélats français étaient impatients d'enlever au pape le privilège qui lui réservait à peu près exclusivement la distribution des bénéfices. A.U contraire, les Universitaires préféraient que ce droit fût conservé au pontife, parce qu'ils considéraient avant tout leur intérêt particulier. Ils voulaient continuer à voir figurer leurs noms dans les Rotuli présentés au pape. Dès lors, il était difficile aux membres de l'Université de réclamer une réduction des privilèges auxquels ils faisaient appel. Les évêques insistaient aussi avec force pour obtenir la diminution ou même l'annulation des annates, des réserves, des expectatives et de toutes les contributions que le pontife

1. p. d'Ailly, De reformatione Ecclesiœ, 0pp. Gersonii., t. II, col. 906. Le cardinal de Cambrai était arrivé au concile plein de préjugés et de projets de réformes antipapales. H fut obligé d'abandonner un bon nombre de ces idées qu'il reconnut bien vite impraticables.

romain avait le droit de lever sur l'Eglise tout entière.

Certains députés allemands sont encore plus radicaux dans leurs revendications et plus violents dans leurs reproches. Ce n'est pas seulement aux privilèges pontificaux, c'est au pontife lui-même qu'ils s'en prennent. « Depuis environ cent-cinquante ans, écriventils, certains papes n'ont pas suffisamment respecté les droits des autres églises et les bénéfices des ecclésiastiques ; ils ont accordé des commendes, multiplié les expectatives, enlevé les dépouilles des morts... On n'a plus rassemblé les conciles et, à cause de cela, l'ambition, l'avarice, l'hérésie, la simonie, les schismes ont sévi dans l'Eglise. Profitons donc de la vacance du Siège apostolique pour le purifier de toutes ses taches. Sans cela, le nouvel élu, si vertueux qu'il puisse être, contractera nécessairement quelque souillure ^ . »

Les Allemands insistaient donc pour que la priorité fût donnée à l'étude de la réforme ; quelques cardinaux étaient de leur avis, le roi des Romains surtout abondait dans leur sens -. Une commission générale avait été nommée dès 1415, et déjà bien des projets réformateurs avaient été présentés et discutés. Au contraire, les Italiens, les Français et les Espagnols demandaient avant tout un nouveau pontife et protestaient avec énergie contre tous les retards apportés à l'élection. c( La réforme la plus urgente, disaient-ils, celle qui s'impose immédiatement, c'est de faire disparaître l'anomalie d'une église sans chef. Qu'on se hâte donc d'élire un pape ! »

1. Vo>- DER Hardt, t. IV, p. 1419. — Baudouin, t. Vin, col. 88-2.

2. A Trente, Charles-Quint et les princes séculiers émettront plus tard les mêmes prétentions. Dans un esprit de conciliation, les Pères décidèrent que l'on s'occuperait simultanément des définitions dogmatiques et de la réforme. Cf. Baguenault de Pdchesse, Histoire du concile de Trente Paris 1870, p. 49.

Si l'on ajoute à toutes ces causes de discorde les questions de préséance, les querelles patriotiques, les conflits incessants entre les Castillans et les Aragonais, entre les Anglais et les Français ^ , entre les Armagnacs et les Bourguignons, on verra combien le concile était profondément troublé, à la veille des graves décisions qui restaient à prendre.

« C'est une vraie tour de Babel, dit un historien; il se parle à Constance autant de langues diverses, il s'y manifeste autant d'opinions opposées, quïl s'y rencontre de nationalités représentées ^. »

Sur ces entrefaites, unévêque anglais, Henri de Winchester, oncle du roi Henri V, fit son entrée à Constance. Il intervint dans toutes ces querelles, parvint à apaiser Sigismond, à pacifier les esprits des Pères, et fit conclure une convention en trois points : 1° Un décret conciliaire sera porté pour qu'immédiatement après l'élection du Pape on s'occupe sérieusement de la réforme de l'Eglise; 2° les décrets relatifs à la réforme sur lesquels les nations sont déjà d'accord seront promulgués avant l'élection", 3° le mode de l'élection sera réglé par des commissaires spéciaux ^.

De ces trois clauses la seconde fut aussitôt mise à exécution, et on promulgua les cinq décrets suivants dans la trente-cinquième session générale (9 octobre 1417) : ^

1" Les conciles généraux seront célébrés de dix en dix ans. Avant la fin du premier, le pape, avec le consentement des Pères, indiquera le lieu où devra se tenir le suivant. Tel est le résumé et le sens précis du dé-

i . Fromme, Die spanische Nation und dasKonstanzer Konzil, ch. ii et m.

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