‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 25 sur 186 · NiEM, De scismate, 1. 1, i. — Pastor, t. I, p · texte numérisé non relu

NiEM, De scismate, 1. 1, i. — Pastor, t. I, p

trouver pour lui remettre une certaine somme qu'il dC' vait au trésor; le nouvel élu lui jette l'apostrophe de saint Pierre à Simon le Magicien : « Sois maudit, toi et ton argent! * ». Toujours courroucé, menaçant et rude , il exige impérieusement que les princes de l'Eglise réforment leur maison et leur table, qu'ils réparent à leurs frais les sanctuaires dont ils portent les titres, qu'ils renoncent aux cadeaux et aux pensions que leur servaient bénévolement les souverains. Il leur adresse en public les plus dures invectives. Le prélat qui l'a couronné, Orsini, est traité de fou, et Robert de Genève, le futur Clément VII, s'entend infliger l'épithète de ribaud. Les princes et les seigneurs sont gourmandes parfois avec une âpreté voisine de l'insulte. Sans doute, tous les projets de réforme qu'il méditait étaient louables en eux-mêmes, ils étaient tels qu'on pouvait les attendre d'un pontife qui avait été élu à cause de plusieurs belles qualités ; mais il ne semble pas que la prudence ait toujours inspiré et la délicatesse de formes toujours accompagné les procédés d'Urbain VI 2.

L'opposition naquit, puis grandit à Rome : elle eut bientôt un siège, un chef et des soldats. Le château Saint-Ange n'avait point ouvert ses portes à Urbain, malgré les ordres formels des cardinaux d'Avignon. Au "moment même de l'élection, Pierre de Gros, frère du cardinal de Limoges, s'y était retiré avec le trésor pontifical, et il y faisait au nouveau pape une guerre sourde, mais acharnée. Cette forteresse devint bientôt un centre hostile où l'on réunit les cardinaux

i. Saint Antonin, Summa histor., lib. in, tit. 22.

2. Cf. Pastor, 1. 1, p. 140. — Hefele, Histoire des Conciles, t. X, p. 40.

mécontents ou tièdes, où l'on exposa tous les cloutes, où l'on grossit tous les griefs, où l'on fomenta toutes les révoltes. Les dissidents trouvèrent vite un chef : c'était le cardinal français Jean de la Grange, évêque d'Amiens. Ce prélat n'était pas à Rome quand Grégoire mourut et qu'Urbain fut choisi. Il entoura néanmoins de tous les témoignages extérieurs de respect le nouveau pape ; mais des doutes lui survinrent bientôt, paraît-il. Il faut sans doute en chercher également la cause dans la violence des procédés d'Urbain, qui, « toujours fumeux et métancolieux ^ , » eut avec Jean de la Grange plus d'une altercation et l'accabla d'amers reproches.

Et cela fut de grave conséquence. Le cardinal était le familier de Charles V ; le roi avait eu plus d'une fois recours à ses incontestables talents de diplomate et de financier, et il l'avait comblé d'honneurs et de richesses. D'autre part, comme tous les prélats français, Jean de la Grange désirait le retour à Avignon, tandis qu'Urbain était d'un avis tout opposé. Enfin on savait à Rome, et le Pape ne le cachait guère, que celui-ci voulait créer un bon nombre de cardinaux italiens en vue de contrebalancer l'influence française.

Toutes ces circonstances désignaient Jean de la Grange pour être le chef de l'opposition. De concert avec Robert de Genève, il encouragea à la résistance le commandant du château Saint-Ange et s'aboucha avec les chefs des routiers. Bientôt le complot s'organisa et se prépara à éclater au grand jour.

Dès le mois de mai, les chaleurs commencèrent à se faire sentir dans la ville : les cardinaux profitèrent de cette raison ou de ce prétexte pour s'éloigner et se

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