Valois, t. I, p. 198 ; t. If, p
timement élu, qu'il fallait au plus tôt renverser et remplacer. Ils avaient tiré de la situation tous les profits personnels qu'ils pouvaient en espérer. Leurs scrupules ne s'éveillèrent que tardivement : des désirs de changement, des aspirations vers un nouveau conclave se manifestèrent petit à petit : leurs intérêts se trouvèrent facilement d'accord avec leurs passions pour renverser Prignano.
Quelles furent les causes de ce brusque revirement? Elles se révèlent à plusieurs reprises dans les dépositions des cardinaux clémentins. A peine élu, Urbain parut changer de caractère. On l'avait considéré jusque-là comme un ennemi du vice, de la simonie et du faste, comme un ami des mortifications corporelles, de mœurs exemplaires, de rigide intégrité, protecteur éclairé des lettres et des arts. Il était évêque depuis quinze ans, et on l'avait choisi, non seulement en raison de son origine italienne, mais à cause de sa prudence éprouvée, de sa science juridique et de sa longue pratique des affaires. Chancelier sous Grégoire XI à Avignon et à Rome, il s'était montré à la hauteur des plus délicates fonctions. « C'était l'homme du monde le plus digne d'être pape, s'il ne l'eût jamais été », disent les historiens, imitant un mot bien connu de Tacite*. Barthélémy Prignano avait été irréprochable : Urbain fut loin de l'être, si l'on s'en rapporte aux documents contemporains.
Il est trop certain que le nouveau pontife, à peine élevé sur le siège de saint Pierre, se- montra inflexible dans ses volontés, précipité et fantasque dans ses pro-
1. « Capax imperii nisi imperasset » (ffîstor. 1, 49). — Cf. Th. deNiem, De scismate, 1. 1, c. 1.
jets de réforme, plus rude que prudent et plus passionné que sage. Croyons-en un juge dont l'impartialité ne saurait être suspectée ; écoutons sainte Catherine de Sienne, s'adressant au pontife dont elle avait acclamé l'élection : « Très Saint-Père, lui écrivait-elle, vous devez être bien aise d'avoir quelqu'un qui vous aide à voir et à éviter des choses qui tourneraient à votre déconsidération et à la perte des âmes : adoucissez un peu, pour l'amour de Jésus crucifié, ces mouvements subits que la nature vous occasionne; par la sainte vertu , réprimez votre naturel ^ . »
Malheureusement, il ne parait pas qu'Urbain ait fréquemment mis en pratique ces sages conseils.
Pourquoi faut-il que l'éminence de sa science, la dignité de ses mœurs et la grandeur incontestable de ses qualités ne l'aient point préservé de ce manque complet de tact et de modération? Peut-être l'impression des événements dramatiques qui avaient marqué le commencement de son règne déséquilibra-t-elle son intelligence à certains moments de sa vie?
Dès le lendemain de son couronnement, le Pape rudoie les prélats étrangers venus au Vatican pour lui présenter leurs hommages. Ne va-t-il pas jusqu'à les traiter de parjures, parce qu'ils ont quitté pour un temps leurs églises et parce qu'ils résident momentanément à Rome ?
Quinze jours plus tard, il prêche en consistoire public et commence par ces paroles pleines de mansuétude : « Je suis le bon Pasteur. » Or, tout son sermon est un continuel démenti à son texte : c'est dans les termes les plus virulents qu'il attaque les mœurs des cardinaux et des prélats. Un favori du feu pape vient le