Ibid., n» S et suiv
Groote, que Thomas à Kempis proclame une des lumières de l'Église. Prédicateur d'une éloquence véhémente, il est le Vincent Ferrier de la Hollande et du Nord de l'Allemagne ; réformateur du clergé, il prélude à la mission de Vincent de Paul ' ; éducateur de la jeunesse, il lui consacre toute sa vie comme Jean Calazanz ; fondateur d'ordre , il est le père de cette congrégation qui fut si populaire dans nos contrées, celle des Frères de la vie commune; c'est le Jean-Baptiste de la Salle du XIV^ siècle.
Cet illustre serviteur de Dieu est lié avec les Urbanistes les plus ardents et il leur écrit, sur la question du schisme, une lettre importante restée jusqu'ici inédite ^. Son influence et celle de ses disciples soutiennent et défendent le parti de Rome dans nos provinces du Nord.
Dans le camp opposé, on rencontre aussi des personnages saints autant qu'illustres, qui demeurent attachés au pontife d'Avignon. On ne saurait douter de leur bonne foi, mais on ne pourrait pas non plus y voir une présomption contre la légitimité des papes de Rome.
Le plus célèbre des partisans des pontifes avignonnais fut assurément saint Vincent Ferrier. Dans tous les pays où le portait son zèle apostolique il semait les
1. cf. Bonet-Maury, Gérard de Groote, un précurseur de la Réforme. L'auteur considère son héros comme un de ces hommes qui furent au XIV« siècle des réformateurs ayant la Réforme. Pétrarque, d'Ailly, Gerson, Clémangis, Nicolas de Cusa et plus lard Savonarole furent souvent rangés dans cette lignée d'ancêtres inconscients.
2. Bibl. VaVic. ms. lat., n" 4927, f. 137. Cette lettre est adressée à Guillaume de Salvarville, docteur en théologie, chanoine de Paris et de Rouen. — Cf. Karl GrubEj G. Grool (Kôln, 1883). — Pastor, t. I, p. 161. — Valois, 1. 1, p. .167.— Registre acheté à la vente de lord Ashburnham en 1899 par M. Léopold Delisle, f» 43. B. N., nouv. acq. lat., n» 1793. Cf Journal des savants, 1899, p. 325.
miracles sur ses pas. Longtemps il fut attaché à Benoît XIII, qui était Espagnol comme lui et qui se confessait à lui.
En 1380, deux ans après l'élection de Fondi , il composa sur le schisme un traité resté inédit que nous avons déjà cité à plusieurs reprises. Il y pose trois questions principales : 1° Quelle foi dans le vrai pape est nécessaire au salut en temps de schisme? 2° Des deux prétendants , lequel doit être considéré comme le véritable pontife? 3° Comment cette vérité de fait doit-elle être prêchée au peuple chrétien ^ ?
Nous n'entrerons pas dans le détail des multiples divisions et subdivisions de cet ouvrage très important. Qu'il nous suffise de dire que l'écrivain, mal informé, soutient à outrance la seconde élection du Sacré-Collége, puis il exalte l'autorité souveraine des cardinaux en pareille matière, et enfin affirme l'obligation qui s'impose à tout chrétien et surtout à tout prince de défendre Clément, même par l'épée. Ce langage, qui nous semble violent, se ressent des ardeurs espagnoles, et de l'influence extraordinaire qu'exerça Pierre de Lune sur celui qui fut son défenseur persévérant. Deux fois son attachement extrême pour le pontife d'Avignon mit le saint aux portes du tombeau.
Enfin Vincent ouvrit les yeux, et il se déclara convaincu que l'obstination du cardinal de Lune, devenu Benoît XIII, était un obstacle à la paix de l'Eglise. Ce jour-là, le grand et humble thaumaturge monta en chaire, se rétracta solennellement et renonça avec presque toute l'Espagne à l'obédience d'Avignon. C'était le 6 janvier 1416 2.