Ms. Bibl. nat., fonds latîn, n° 1470, i
2. R. P. Pages, Histoire de saint Vincent Ferrier (1893), t. I, App. 0, p. XXX, et t. II, pp. 113 et 117.
Cette nouvelle fut accueillie au concile de Constance par des acclamations unanimes et par le chant solennel du Te Deum.
Moins connu, mais non moins sympathique, fut le jeune cardinal Pierre de Luxembourg, ce Louis de Gonzague du XIV^ siècle. Étudiant à l'Université, otage de l'Angleterre à Calais, chanoine à Paris, archidiacre de Chartres, puis de Cambrai, il laissa partout les traces d'une sainteté extraordinaire dont témoignait son extrême mortification et que rehaussaient sa simplicité ^ et sa douceur. Attaché à l'obédience d'Avignon, il fut nommé par Clément VII évêque de Metz à l'âge de quinze ans. Peu après, il fut revêtu des insignes du cardinalat et appelé à faire partie de la cour pontificale.
Il y demeura à regret, car il voyait à Avignon beaucoup de choses qui lui déplaisaient ^ . A dix-huit ans, déjà mûr pour le ciel, il mourait pieusement sans avoir jamais exprimé de doute sur la légitimité du pape en qui il avait placé sa confiance. Des miracles s'opérèrent sur son tombeau bien vite glorieux, et le vulgaire regarda ces prodiges comme une preuve éclatante en faveur d'Avignon.
Elle fut aussi thaumaturge cette pieuse Colette qui s'inspira si bien de l'esprit du séraphique François et qui, comme sainte Thérèse, devint réformatrice d'un grand ordre religieux. Elle était née à Corbie dans l'obédience d'Avignon, elle avait pris le voile à Gênes, en 1406, des mains mêmes de Benoît XIII ; à Ppligny, elle eut l'honneur de recevoir la visite de Vincent Ferrier. Comme ce saint, elle n'hésita pas à se séparer du pontife avignonnais quand elle eut les preuves palpables
i. BoLLASD., Acta ss.julii, 1. 1, pp. 428 et 483. — Froissart, t. XIII, pp. 40 et 333.— Raynald, a. 1387, c. ir. — Du Boula y, t. IV, p. 561.
d'une opiniâtreté fatale à l'Eglise; comme Vincent, elle écrivit au concile de Constance une lettre de renonciation qui fut lue en public et qui réjouit toute l'auguste assemblée \
Quand les contemporains voyaient ces personnages éminents en sainteté restés longtemps attachés à une obédience, ils étaient tentés d'établir dans leur esprit une présomption en faveur du pontife reconnu par ces âmes célestes. Mais qu'on veuille bien observer d'abord que les tenants d'Avignon se sont rétractés avant de mourir. De plus, voici comment s'exprime le plus célèbre d'entré eux, Vincent Ferrier. Le saint avait entendu dire que des effets surnaturels avaient été obtenus par des fidèles attachés à l'obédience de Barthélémy. « Certains défenseurs d'Urbain, disait-on, ont joui de grandes faveurs spirituelles. Ils ont été favorisés de sublimes contemplations et ont même opéré des miracles. Donc, Urbain est le vrai pape, le Saint- Esprit nous le montre par ces grâces insignes^. »
Saint Vincent s'efforce de répondre à l'objection et voici par quelles raisons : « Il ne faut pas, dit-il, juger de la légitimité d'Urbain par les prophéties, les miracles et les visions, et cela pour trois motifs. D'abord le peuple chrétien est gouverné depuis l'origine par certaines lois immuables contre lesquelles les faits extraordinaires ne peuvent rien. « Si un ange de Dieu, dit saint Paul, vous enseigne une autre doctrine que la mienne, qu'il soit anathème. » Comme il a été reconnu
1. Douillet, Sainte Colette, sa vie, ses œuvres, son culte et son influence, Paris, 1884. — CoRBLET, Hagiographie du diocèse d'Amiens (Paris, 1868). — Comte de Chamberet, La parfaite Vie de sainte Colette (Paris, 1887).
2. De moderno Ecclesiae Scismate, Bibl. nat., n° 1470, p. I, cap. v. Le saint ne nomme pas Pierre d'Aragon, mais il est probable qu'il s'agit de lui. Cf. Valois, 1. 1, p. 222.
par l'Église romaine, c'est-à-dire par le collège des cardinaux que Clément est vrai pape, aucun miracle, aucune vision ne peut nous faire croire le contraire.. De plus, ces faits merveilleux ne sont souvent ni infaillibles en ce qu'ils annoncent, ni certains en eux-mêmes : parfois ce n'est pas Dieu, mais le démon qui en est l'auteur. Voyez les magiciens de Pharaon. Lisez Cassien qui nous raconte comment des personnages considérables furent fréquemment trompés par des visions. Satan se transforme souvent en ange de lumière. Il exercera surtout ce genre de puissance infernale au temps de l'Antéchrist : or cette époque de ténèbres est proche ; donc, restons en défiance. »
Nous pouvons opposer ce raisonnement de saint Vincent à ceux qui s'appuient précisément sur les miracles de ce thaumaturge pour essayer de démontrer la légitimité du pontife d'Avignon qu'il soutenait. Si ces prodiges avaient été opérés dans le but exclusif de prouver le bien fondé des prétentions de Clément ou de Benoît, nous serions forcés de nous incliner. Le doigt divin se serait montré, et le Maître de la nature ne saurait apporter son témoignage au mensonge ou à l'erreur. Mais la question n'est pas là. Ces faits extraordinaires démontrent tout simplement que, pendant cette lamentable période de quarante ans, Dieu n'a point privé la moitié de son Église des effets les plus merveilleux de sa puissance, manifestée par l'opération de ses serviteurs et de ses servantes de choix.
Le témoignage des saints de ce siècle n'est donc ni unanime, ni décisif. Celui des membres des deux Sacrés-Collèges l'est-il davantage? C'est ici surtout que nous allons rencontrer des divisions acharnées et des procédés regrettables.
S 2. — Élection de nouveaux cardinaux.
Chaque pape veut avoir son sénat de cardinaux au complet et multiplier ainsi ses créatures. Urbain, abandonné de tout le Sacré-GoUége, en reforme un nouveau de toutes pièces par une promotion de vingtneuf princes de l'Église. C'est sans doute la plus importante qui ait jamais été faite. Obéissant à une pensée vraiment catholique, il avait choisi ses cardinaux au sein de toutes les nations. Un seul refusa, ce fut Pierre de Barrière, évêque d'Autun. Mais bien vite les procédés arbitraires^, fantasques et tyranniques du pape romain détachèrent de lui ceux qui s'étaient montrés jusque là les plus dévoués à sa personne et à sa cause. Nous avons déjà eu occasion de nommer Pileo de Prata, cardinal de Ravenne. D'abord très attaché à Urbain, il s'acquitta en son nom des plus importantes missions en Flandre, en Allemagne, à Liège, à Wurzbourg et ailleurs^. Mais quand ce prélat revint en Italie et qu'il fut le témoin désolé des inconséquences de conduite du pontife, de ses cruautés et du discrédit dans lequel il tombait de plus en plus, il le condamna et l'abandonna. Plusieurs membres du Sacré-Collége suivirent son exemple.
D'un autre côté. Clément multipliait pour les mêmes motifs le nombre de ses cardinaux. Dès le mois de décembre 1378, le pontife créé à Fondi avait introduit neuf nouveaux élus dans le Sacré-Collége. Les anciens s'affirmaient comme les missi dominici du pape qu'ils avaient choisi. Nous avons déjà constaté les efforts