TSCHACKERT, App. V, p. 17 et
mon troupeau, dit le Seigneur, et je lui donnerai un pasteur unique ^ »
C'est aussi contre ces prélats indignes qu'il s'élève dans ses sermons du même temps. Il s'appuie sur les prophéties suspectes de Joachim de Flore et sur les écrits de sainte Hildegarde pour les menacer de châtiments exemplaires '^.
Dans son panégyrique de saint Bernard, il s'adresse à ces clercs et à ces prélats qui connaissent mieux le code de Justinien que la loi du Christ, qui sont appelés trop jeunes au ministère des âmes et même à la charge épiscopale et qui s'en montrent indignes. D'Ailly s'écrie : ce Ah! si dans notre malheureux temps s'élevait un autre saint Bernard pour faire cesser le schisme actuel, il nous ramènerait bien vite à une pacifique unité ! Plaise à Dieu qu'il nous envoie un homme qui s'oppose comme un mur à la rage schismatique ! fureur, où cours-tu ? erreur, jusqu'où t'avances-tu ^ ? »
Un des amis les plus chers de Pierre d'Ailly ^* ne s'en tenait point à ces reproches mystiques et ne croyait pas à l'efficacité des voies pacifiques. Il est vrai que ce théologien de rencontre, avant de se retirer chez les Célestins de Paris, avait longtemps porté l'épée contre les infidèles, il l'aurait volontiers tirée encore contre
1. Invectiva Ezechiel contra pseudopaslores, Bibl. de Cambrai, ms. 531, 5185. Cf. TscHACKERT, Àpp. IV.
2. Tractatus et sermones, ad finem. Édit. de Strasbourg (1490).
3. Sermo de beato Bernardo, reproduit ea partie par Tschackert^ {App. VI) d'après un ms. du collège Emmanuel à Cambridge.
4. C'est à Philippe de Maizières que d'Ailly a dédié son ouvrage intitulé : Epistola ad novos Hebreeos. Nous l'avons publié intégralement en 1889, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, sous ce titre : Une page inédite de l'histoire de la Vulgate. Cette lettre se trouve en ms. à Cambrai (n" 514), à Reims (n» 466) et à Bruxelles (Bibl. de Bourgogne, 18978).
Cf. TSCHACKERT, App. III. ]
les schismatiques. Nous voulons parler de Philippe de Maizières, ancien chancelier du royaume de Chypre, ami particulier du bienheureux Pierre de Luxembourg et qui fut au XIV® siècle le plus ardent promoteur de la croisade. Malheureusement on lui attribue ^ le Songe du Vergier, traité presque schismatique qui a exercé, dans ce siècle et surtout plus tard, la plus déplorable influence sur les esprits. Si les BoUandistes l'appellent « un grand serviteur de Dieu » , et « le plus dévot des Parisiens », c'est qu'il a composé d'autres œuvres beaucoup plus dignes de louange 2. Nous distinguons surtout parmi elles : Le Songe du vieil pèlerin ^.
Dans cette allégorie quelque peu diffuse, l'ancien croisé se montre l'ennemi acharné d'Urbain et des Romains ; il exhorte Charles VI à courir sus à tous les Urbanistes, comme il l'a déjà fait en Flandre où il vient d'écraser Artevelde et ses Gantois, partisans du pape de Rome. Le roi ne se montrait que trop disposé à suivre ce belliqueux conseil, à descendre en Italie « à puissance de gens d'armes pour détruire tous incrédureté ^ ». Six ans après, Philippe reviendra sur cette question, appuiera les mêmes projets militaires et attaquera de rechef « les mauvais prêtres qui veuUent régner, mais non point par Dieu ^ » .
\. Cf. Paulin Pauis, Mémoires de l'Acad. royale des Inscriptions et Belles-Lettres, 2» série, t. VI, p. 336 (1841). — Voir aussi les thèses de MM. Le Foullon, Molinier et A. Froment (1887) à l'École des Chartes ainsi que le travail de M. N. Jorga dans la Biblioth. de l'École des Hautes Études (1896). Nous avons défendu la même opinion dans la Revue des Sciences ecclésiast. en 1887.