‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 44 sur 186 · G LE GRAND SCHISME · texte numérisé non relu

G LE GRAND SCHISME

Nous retrouvons avec un certain étonnementle même langage guerrier sous la plume d'un prélat de l'époque, Robert Gervais, évêque de Senez. Lui aussi est adversaire du pontife romain, qu'il avoue ne pas connaître, mais que cependant il calomnie. Il se déclare de même l'ennemi des canonistes italiens qu'il n'a point lus, mais qu'il s'efforce de réfuter. Il veut qu'on emploie la voie de fait et qu'on oblige manu militari les Urbanistes récalcitrants à s'incliner devant le suprême pouvoir du pontife d'Avignon ^ .

Il serait excessif autant que fastidieux de reproduire des extraits de tous les écrits imprimés ou restés manuscrits qu'a produits cette fin du XI V^ siècle 2.

Le schisme à cette époque est la préoccupation constante et la peine aiguë de tous les esprits élevés : chaque écrivain propose sa panacée et expose sa solution : chacun aussi y apporte son style, son genre d'esprit, ses préjugés de naissance ou d'éducation.

Brilish Muséum (Royal, B, 4). — Cf. Froissaut, t. XV, p. 376, et t. XVI , p. 274.

— Jaruy, La « voie de fait » et l'alliance franco-milanaise, Bibl. de l'École des Chartes, 1892, t. III, p. 223.

d. Son ouvrage est intitulé Myrrha electa. C'est l'aromate qui doit dissiper « les exhalaisons puantes produites par la putréfaction du schisme. » Bibl. nat. ms. lat., 1407. Il a été écrit vers 1388. — Cf. Valois, t. I, p. 373. La via facti sera presque unanimement réprouvée plus tard. — Cf. Jarry, Bibl. de l'École des Chartes, t. III, p. 10. — Denifle, Chartul, t. III, pp. 594, 398, 614.

2. Cf. Jean de Jenzenstein, archevêque de Prague, Liber de consideratione scriptus ad Urbanum, Papam VI (inédit). Bibl. Nat. 1122, f. 434.

— Compendio di dottr. eccles. de Giovanni delle celle (Bologne , 1861); Concilium super schismate de Nicolas de bitonto (Bibl. Vat., 4192); Dialogus de tollendo schismate de Jean de Spolète. Ms. Bibl. Vat. — Complainte de l'Église, par Jean Petit, 1392. — Chronic Karoli VI, 1. ii, c. 2. — Pierre Bohier, évêque d'Orvieto, Tractatus compositus tempore. hujus scismatis (1379) Bibl. nat. 14643. — Jean de Montson, Tractatus informalorius de electione papse (1389). Bibl. nat., 146G. — Honoré BoNET, Somnium super materia scismatis (1394), publiés par Valois, dans VAnnuaire-BuUetin de la Société de l'Histoire de France, t. XXVII, p. 193.

S 4. — Conciles particuliers dans chaç[ue obédience.

Néanmoins, tous ces auteurs si opposés sous le rapport des opinions et des moyens à prendre pour les faire prévaloir, s'accordent sur deux points : la grandeur des maux dont souffre l'Église et la nécessité toujours mieux sentie d'une autorité unique, capable d'inspirer à tous confiance et respect.

Aussi tous ces fidèles et ces pasteurs éprouvaient-ils le besoin- de se réunir pour porter remède aux maux de l'Église et parfois pour faire triompher leur conviction sur la grande question en litige : quel est le vrai pape?

Comme ils ne pouvaient, pour le moment du moins, provoquer la réunion de ce concile général que la plupart désiraient, ils s'efforçaient de convoquer un peu partout des conciles particuliers ou de grandes assemblées nationales du clergé.

En Castille, l'archevêque de Tolède avait réuni, en 1378, à lUescas tous les évêques du royaume. On y avait ajourné toute réponse définitive, bien que le président y eût défendu énergiquement la cause d'Urbain ^ .

Un second concile se tint à Burgos ; on envoya des délégués à Avignon, puis en Italie pour compléter l'enquête et éclairer la conscience des prélats : soixantedeux dépositions contradictoires furent entendues par eux^. Ils rendirent compte de leur mission dans une troisième assemblée à Médina del Campo. Enfin, après tien des tergiversations et des discussions, le résultat fut proclamé à Salamanque, le 19 mai 1381. L'Espagne

i. Valois, 1. 1, p. 201. — cf. Raynaid, a. 1379, n. 3. 2. Valois, 1. 1, p. 209.

suivait l'exemple de la France et s'inféodait à Clément. Le roi Henri de Trastamare et son fils Jean ne devaientils pas leur trône à l'intervention de Charles V et à l'épée de Duguesclin ' ?

En Aragon, un concile particulier fut tenu à Barcelone, le 31 août 1379, et peut-être à Calatayud en septembre. Peu après, le pays se rangea lui aussi à l'obédience de Clément ^. En Navarre, les clercs, les lettrés et les légistes se réunirent à Pampelune en 1390, et le résultat fut de même favorable au pape avignonnais*.

Dans le centre de l'Europe, les assemblées conciliaires produisent des effets tout différents : Urbain triomphe partout.

A Prague, l'Université se déclare pour Rome : les étudiants bohèmes désertent en masse l'Université clémentine de Paris : les synodes du clergé et spécialement, celui de Prague, en 1381, affermissent le peuplé dans l'obédience d'Urbain.

En Hongrie , les conciles particuliers soutiennent aussi la cause du pontife romain. Le roi Louis prend même la résolution de rompre avec les Français schismatiques, et il a l'extrême hardiesse d'envoyer une ambassade à Paris pour déclarer son intention au jeune roi Charles VI, son parent. Le duc d'Anjou se charge de la réponse ; par de bonnes paroles et des présents il réussit à calmer les bouillants Hongrois et à conserver la paix entre les deux royaumes *.

La Pologne donne sans cesse de nouvelles preuves d'attachement au pape de Rome ; l'Autriche se rallie à

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