Annales rerum Flandricarum, XIII, p
(lience que le pape de Rome pouvait voir ces divisions et constater des défections partielles. Urbain, pendant les quelques années qui précédèrent sa mort, n'eut point de plus cruel ennemi de sa cause que lui-même. Étrange et triste destinée que celle de ce pape, édifiant avant de ceindre la tiare, rendu ensuite extravagant jusqu'à la cruauté par les contradictions et les mécomptes.
Les choses en vinrent à un tel point que ses cardinaux ourdirent un complot, soit pour le mettre en tutelle, soit pour le livrer à ce Charles de Duras, qui venait d'être l'heureux compétiteur de Louis d'Anjou au trône de Naples.
Urbain fut mis au courant de ces desseins et en poursuivit cruellement les auteurs. Thierry de Niem entre dans le détail des supplices qui leur furent infligés. Ils sont tels que nous en croyons à peine son récit, pourtant circonstancié ' . Ou bien le chroniqueur exagère et calomnie, ou bien Urbain n'avait plus alors qu'une raison amoindrie.
Le Pape assiégé par le roi de Naples dans Nocera, parvint à s'enfuir, emmenant avec lui les cinq cardinaux prisonniers. A Gênes, il s'en débarrassa, et leur genre de mort, resté jusqu'ici à peu près inconnu, a donné lieu aux plus sinistres conjectures^.
Les autres cardinaux, terrifiés par cet exemple, l'abandonnèrent et crurent de leur devoir de faire connaître sa conduite. Pendant que des mercenaires payés
i. De scismate libri très, lib. I, 45 et SO.
2. Ibid. CO. — Cf. DOELLiNGER, Lehrbucfi der Kirchengeschicbte, t. Il, p. 282. — Baluze, Vitae Paparum Avenion., I, p. 513. Voir aussi les chroniques de Jean de Mussis, de Minerbetli et de Gobelinus Persona qui rapportent les mêmes faits. Nous n'ajoutons pourtant aucune foi aux détails pleins d'invraisemblable cruauté que nous fournit André Ga- TARus dans Muratori, Rerum italic. Scriptores, t. XVII, p. 460.
par lufdévaslaient le patrimoine de saint Pierre et y répandaient la terreur, Urbain voyait son autorité méconnue en Toscane et dans les Romagnes. Son parti se désorganisait partout et Rome elle-même cessait de lui rester attachée.
Ces multiples abandons et les tristes pronostics qu'Urbain pouvait en tirer ébranlèrent enfin la santé si longtemps robuste de l'implacable vieillard. Le 15 octobre 1389, il mourut dans ce palais du Vatican qui avait] été, onze ans auparavant, le théâtre des scènes tumultueuses de son élection.
Dès lors, il semblait naturel d'espérer que son parti discrédité allait finir avec lui, que tous les cardinaux se réuniraient, se soumettraient unanimement à Clément YIl et rendraient ainsi l'unité à l'Église.
Dans le cas où telle n'eût point été leur intention, les princes et les peuples n'auraient-ils pu exercer une pression sur les quatorze cardinaux urbanistes réunis à Rome, pour les contraindre à se rallier à l'obédience clémentine ? Hélas ! avant que les rois eussent pu être avertis de la mort presque subite d'Urbain, un successeur lui était déjà donné en la personne du cardinal de Naples, Pierre Thomacelli (2 novembre 1389). Il prit le nom de Boniface IX, et toute espérance de voir cesser le schisme disparut, au moins pour un moment. Les mêmes déplorables errements recommencèrent : Clément YII excommunia le nouvel élu, et celui-ci, de son côté, réitéra toutes les condamnations portées par Urbain contre le pape d'Avignon.
Ce dernier n'eut pas à s'applaudir du changement de pontife à Rome, car Boniface était aussi sympathique que son prédécesseur l'était peu. La bonté et l'affabilité remplaçaient sur le trône pontifical la rai-
deur et l'iiiconséquence. Le nouveau pape reconquit en peu de mois tout le terrain perdu par Urbain, dans les sympathies des peuples et des rois ^ . Bien que les Romains eussent commencé par se révolter contre lui, il parvint bientôt à réparer le château Saint- Ange et le Vatican, il rétablit son autorité un instant compromise dans le centre de la péninsule, et trouva dans le jubilé de 1390 un moyen de relever le prestige moral de la papauté romaine tout en augmentant ses ressources matérielles 2. Les deux obédiences se retrouvèrent de force égale ; les deux compétiteurs eurent moins que jamais l'intention de céder, et la crise religieuse se perpétua dans tous les Etats du monde chrétien.
i. RAYSALD, a. 1390, n» IS ; a. 1392. n»^ 1-G ; a. 1393, n'^ 2-6 ; a. 1393, n» 17 a. 1396, n" 1 et 4.
2. Jean Guiraud, L'Étal pontifical après le grand Schisme, p. 11.