J. Meyer, Annales rerum Flandricarum, 1. XIII, p
sa confiance, surtout quand il vit le jeune roi exiger des vaincus qu'ils reconnussent l'obédience d'Avignon. De plus, l'année suivante, une descente des Anglais urbanistes sur les terres de Flandre ne réussit pas^
Un autre événement vint encore augmenter ses espérances. Louis de Maele, comte de Flandre, était à peine rétabli par l'armée française, qu'il tomba malade en janvier 1384, et mourut bientôt après à l'abbaye de Saint-Bertin. 11 avait été, on s'en souvient, un des plus énergiques protecteurs d'Urbain. Les funérailles solennelles eurent lieu à Lille le 1" mars. Il ne laissait qu'une fille, Marguerite de Flandre, qui apportait un ricbe héritage à son mari Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et oncle du roi de France.
Déjà Philippe avait pris possession de Lille, et le nouveau comte était, par esprit de famille, attaché au pape d'Avignon. Qu'allait faire la Flandre? Le chapitre de Saint-Pierre se soumit le premier et, le jour même des funérailles, quatre chanoines délégués renoncèrent à l'obédience d'Urbain entre les mains de l'évêque de Tournai, Pierre d'Auxy, devant l'archevêque de Reims et l'évêque de Cambrai, Jean T'serclaes^.
C'était un grand point acquis, mais il restait à faire la conquête de la Flandre. Quoi qu'on en ait dit ^, Philippe le Hardi ne consentit jamais à diriger une persécution violente contre les urbanistes si nombreux dans ses nouveaux Etats. 11 essaya des voies de douceur.: le premier moyen qu'il employa fut la réunion d'un
4. Walsingham, Historia anglicana, t. Il, p. 88. — Meyer, p. 194. — G. MoNTECis, Le siège de Bourbourg, 1895 (Lille, Taffin).
2. M8* Hautcoeur, Histoire de Véglîse collégiale et du chapitre de Saint-Pierre de Lille, II, 97.
3. Meyer, loc. cit. — Kehyyn de Lettenhove, Hist. de Flandre, t. IV.
synode qu'il présida lui-même à Lille, le 27 septembre 1384, et les jours suivants ^ Les députés de l'Université de Paris y assistèrent et nous savons leurs noms. C'était Guy Custelli, délégué par la nation de Picardie ; Jean Raulet de Roncourt, chanoine de Meaux, envoyé par la nation de France, et Jean d'Aramon représentant la Faculté de Droit. Ce dernier fît à l'assemblée un long discours retrouvé récemment à la bibliothèque Barberini à Rome 2.
Nous épargnons à nos lecteurs le texte de cette démonstration technique, hérissée de citations et de références juridiques. Ce sermon, composé dans le goût de l'époque, n'apprendrait rien à ceux qui ont lu le récit de l'élection, tel que nous l'avons donné. Qu'il nous suffise de dire que Jean d'Aramon s'efforce de prouver, à
i. Aucun recueil spécial et aucune histoire n'ont parlé jusqu'en ces derniers temps de ce synode de Lille. J'ai été mis sur cette trace par un texte de P. d'Ailly, qui vient d'un ms. du collège Emmanuel à Cambridge, et que Tscliackert a publié incomplètement, en dSTT. Peter von Ailli, Appendix, VII, p. 24.
Pierre d'Ailly avait été délégué par l'Université de Paris pour soutenir un procès important contre Jean Blanchard, chanoine de Cambrai et de Tournai, chancelier de l'Université. Cette cause avait été portée devant Clément VII à Avignon en 1383, et le futur cardinal de Cambrai avait pris la parole. Au cours de sa démonstration, il s'exprimait ainsi : • Universitas Parisiensis declarationem seu adhaesionem suam sanctam et justam per diversas mundi partes publicavit, et, quod in recenti memoria est, nuncetiam proprios deputatos solemnes ad sedalionem scismatis in Flandriam delegavit. »
J'avais trouvé de plus dans l'Histoire de V Université de Paris (du EOULAY, t. IV, p. 603) et plus tard dansDenifle [Chartularium, t. III, pp.332 eto91) les noms des délégués, mais je croyais que ce concile provincial n'avait pas eu lieu parce qu'on n'en trouve aucun vestige dans les archives dépai'tementales du Nord pourtant si riches. J'avoue m'être trompé (Cf. Petrus de Alliaco, p. 28.)
2. C'est à M. Noël Valois que nous devons l'indication de ce manuscrit précieux pour l'histoire de l'Église comme pour nos annales locales. M. l'abbé E. Bonduel, a bien voulu copier pour nous cette pièce intéressante (mss. xvi-79, f. 87-90). — Cf. Valois, t. II, p. 257.
grand renfort de textes, que les cardinaux ont choisi Urbain sous l'influence de la peur, que cette élection fut nulle, et qu'enfin les actes subséquents des électeurs n'ont pu ni valider, ni confirmer un choix originairement dépourvu de valeur. Nous avons entendu Guy de Malesset soutenir la même thèse sans succès à Cambrai'.
Comme nous l'avons vu, il ne paraît pas que l'éloquence et les citations de Jean d'Aramon sâjent produit un effet immédiat sur les convictions tenaces des Flamands flamingants.
Dans les années qui suivirent, quelques villes flamandes reconnurent Clément, grâce à l'influence persuasive de Philippe et aux exhortations pathétiques de sa femme, Marguerite de Flandre; mais cette acceptation ne fut jamais entièrement sincère, ni universelle 2. Le trouble des consciences était profond dans ce pays de foi si vive et d'énergie si grande. Les Brugeois urbanistes refusaient d'assister à la messe des prêtres clémentins ; ils allaient faire leurs Pâques à Gand pour ne point communiquer in dwinis avec les schismatiques^. Les partisans d'Urbain et ceux de Clément ne conservaient pas plus de rapports entre eux que n'en avaient autrefois les Juifs et les Samaritains, dit l'historien Meyer'*.
C'est dans presque toutes les parties de son obé-
i. Voir chapitre précédent, p. 100.