‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 55 sur 186 · BossuET, Histoire des Variations, livre XV, n · texte numérisé non relu

BossuET, Histoire des Variations, livre XV, n

porte le nombre. des Papes? Qu'importe qu'il y en ait . deux, ou trois, ou dix ou douze? Chaque pays devrait avoir son pontife à lui ^ . N'est-ce point la volonté divine que l'Église soit ainsi divisée pour un temps, ou même peut-être pour toujours? En luttant pour l'unité Contre le schisme, ne lutte-t-on pas contre Dieu? »

Ici encore nous rencontrons comme un reflet des opinions les plus avancées d'Occam, et une trace de plus de l'influence subversive de ce mauvais génie théologique.

g 3. — Opinions plus singulières encore.

Peut-on s'aventurer davantage et s'écarter plus imprudemment des sentiers sûrs et battus? Descendre plus bas, n'est-ce pas tomber au milieu de cette tourbe misérable d'hérétiques et de libres-penseurs, dont Dante nous fait voir la punition et entendre les plaintes dans le huitième cercle de son Enfer?

Plusieurs auteurs de l'époque semblent avoir eu cette sacrilège hardiesse, et, pour nous en convaincre, il nous suffira d'ajouter à ce tableau déjà si sombre quelques traits aussi vrais, mais plus sombres encore -.

Certains théologiens considèrent comme probables des propositions comme celles-ci : « Le Pape, les évê- :, ques, tous les clercs peuvent en même temps tomber dans l'erreur. Seules, quelques âmes simples, quelques pauvre s laïques conserveraient le dépôt de la révélation. C'est ainsi, disent-ils, qu'au moment de la passion, la sainte Vierge seule a gardé la foi. »

1. Cf. Pastor, Hisloiredes Papes, t. I, p. 192. . — L'Université de Paris fait connaître ces propos scandaleux et hérétiques dans sa dernière lettre à Clément YII, 17 juillet 1394. Cf. Denifle, Charlularium, t. III, p. 633.

2. C'est d'Ailly lui-même qui nous rapporte toutes ces liypollièses qu'il

Mais que devient dans cette hypothèse l'indéfectibilité promise à l'Église, sa visibilité et par là même son influence et son pouvoir ? Qu'est-ce que cette société surnaturelle sans pape orthodoxe, sans clergé fidèle? Qu'eM-ce que ce temple vide d'autorité doctrinale, rempli d'erreurs et de ruines? Comment le Christ at-il pu assurer dans ces conditions la perpétuité de son Église?

Ces novateurs audacieux ont trouvé une réponse à cette question : « En ce cas, disent-ils. Dieu ordonnerait lui-même des prêtres et des évêques et ferait connaître à son Église, par un mode surnaturel, cette "ordination extraordinaire. Nier la possibilité d'un pareil fait, ajoutent-ils, ce serait contester la toute-puissance de Dieu. »

C'est pousser trop loin, on l'avouera, la liberté de l'absurde; de ces suppositions gratuites et scandaleuses aux négations protestantes il n'y a qu'un pas : il sera ' franchi. Ces simples d'esprit, qui, seuls, penseront avoir conservé la pureté de la foi, refuseront d'obéir aux décisions d'un concile œcuménique ; ils en appelleront à un autre concile, ils se révolteront ouvertement. Ainsi agiront plus tard les premiers réformés de 1517 : ce sera le triomphe du libre examen. Bien plus, un théologien de XIV® siècle, que l'on a cru longtemps être Gerson

Irouveplausibles dans son traité De iîesw«zp<a (1380) : « Utrum Pelri Ecclesia rcge gubernetur, lege reguletur, fide confirmetur, jure.dominetur. » 0pp. Gerson, t. I, coll. 669, 689, 690. — Occam, Dialogus, t. V, c. i, 22, 28. — Cf. Bouix, de Papa, t. I, p. 469. « Habemus Papam Christum, sulficit ut credamus in eum. » Propos répété par Gerson, De aufer., t. II, col. 224. — « Ecclesianon est aJiudnisi conjunctio omnium existentium in charitate (âme de l'Église). » P.PLAocLapudDENiFLE, in, 352. c'est l'Église invisible des Jansénistes. — « Nous n'avons point de Pape, fors Dieu et la Vierge notre papesse, et l'Église est veuve. » Cf. Féret, La Faculté de théologie de Paris, t. III, p. 208. — J. de Varennes, in 0pp. Gerson., II, 841 et suiv.

lui-même, ose affirmer que dans cette hypothèse, le concile peut être convoqué par l'Empereur ou par les autres princes, par de simples particuliers-^ par des paysans et même par quelque bonne femme, minima vetula ^.

Quelle confusion dans les idées et quelle perturbation dans les esprits suppose le simple énoncé de ces théories subversives ! Avions-nous tort de dire, en commençant, que le traité de l'Eglise n'existait pas, même dans ses bases les plus fondamentales, pour ces théologiens de décadence et de mauvais esprit? ^

Quel livre singulier et scandaleux l'on composerait, si l'on résumait toutes les opinions hétéroclites de l'École à cette époque ! Un bon nombre se trouvent condensées dans les œuvres de Wiclef, dont l'hérésie forme la transition entre les anciennes erreurs vaudoises et la révolution protestante.

Les novateurs d'alors sont fort éloignés de vouloir et même d'apercevoir les conséquences logiques de leurs premiers pas. Le blasphème anti-doctrinal a toujours mené, inconsciemment peut-être, à tous les désordres anti- sociaux; les coups qui frappent le siège romain ébranlent tous les trônes, et, comme on l'a dit, un Luther religieux a toujours engendré un Luther politique.

Toutes ces hérésies théologiques auront donc bien vite leur. répercussion dans l'ordre social, et Wiclef tirera bientôt lui-même la conclusion de ses prémisses. Qu'on relise ses propositions incendiaires condamnées

1. Traité De modis uniendi Ecclesiam in concilio, composé par Thierry de NiEM.

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