Sermo coram Anglicis, t. II, col
6. Le Songe du vieil pèlerin, Bibl. Nat. ms. fr. 22542, f. 276,
7. Dans son Dialogus, ouvrage très prolixe, composé en 1391, Bibl. Nat. ms. lat. 1466.
8. Pièce de vers retrouvée par Valois, 1. 1, p. 383 dans un ms. de la bibl. de Rouen, n° 1357.
glise que celle du synode général, à cette époque où le pape paraissait douteux à un grand nombre.
Cependant, dès 1380, les adversaires du concile s'exprimaient ainsi par la bouche de saint Vincent Fer-, rier : « La cause d'Urbain, dit-il, a été jugée en dernier ressort et avec autorité souveraine par les cardinaux de Fondi, pourquoi révoquer en doute la validité de l'élection de Clément VII ? A quoi bon la décision d'un concile œcuménique? Les guerres qui désolent l'Europe en ce moment ne donneraient aucune sécurité à ceux qui devraient en faire partie. D'ailleurs, la multitude immense des prélats italiens y écraserait infailliblement la minorité infime des pères venus des autres nations ^ . »
D'autres ajoutaient : « Aucun schisme ne s'est encore terminé de cette manière. Qui convoquerait cette assemblée universelle? Les deux papes rivaux? Ils n'y consentiront jamais. L'un des deux? L'obédience de l'autre ne l'écouterait pas. Les cardinaux? L'Empereur? Ils n'ont point qualité pour le faire.
ce D'ailleurs, viendrait-on en nombre suffisant à cette réunion? Si non, quelle serait l'autorité de cette minorité de prélats? Qui la lui donnerait? Qui la présiderait? Qui accepterait ses décisions? Un remède si difficile à appliquer n'est-il point pire que le mal ^ ? »
Si nous reproduisons toutes ces objections dans le détail, c'est que nous les entendrons répéter par tous les échos du monde chrétien jusqu'à la réunion du concile
1. De modenio Ecclesise scismate, 2» pars, c. IV, 2'' oljj. Bibl. Nat. ms, lai. 1410. On verra plus tard (cli. xiv du présent ouATage) le moyen <lu'on employa à Constance pour neutraliser l'influence de ces nombreux prélats.
2. La lettre de l'Université au roi, en 1394, réfule quelques-unes de ces objections. Chronic. Karoli VI lib. XV, c. m, t. ir, p. 13o. — Cf.' p. 231, décision prise par l'assemblée de Paris, de la même année.
de Constance. Même après les décisions finales du concile, ces prétextes serviront encore à contester la valeur des décrets de cette assemblée.
§ 2. — Intervention inutile de l'Université.
Ce troisième moyen, qui finit par prévaloir, fut aussi proposé le premier en date.
Immédiatement après la mort de Charles V, l'Université discuta ce projet de concile et les quatre Facultés tombèrent d'accord pour en reconnaître l'utilité. Pierre d'Ailly fut chargé de sonder officiellement les dispositions de la cour ; mais les princes du sang, tuteurs de Charles VI, et surtout le duc d'Anjou, firent échouer ce dessein^. De 1380 à 1393, c'est-à-dire durant l'espace de treize ans, ce fut le grand moyen préconisé par la France, par l'Université de Paris et par ses élèves dispersés en tout lieu.
M^is, à partir de cette date, une nouvelle orientation semble s'imposer aux esprits, et la voie de cession paraît désormais l'emporter sur le projet de concile ^.
Sans doute, les ti-es vise, comme disaient les suppôts des Facultés, sont encore maintenues et présentées ensemble, mais c'est la renonciation absolue des deux candidats qui réunit le plus de préférences. Sans doute aussi, quand tous les docteurs de l'Université sont appelés au scrutin, en janvier 1394, et qu'ils déposent dians l'urne dix mille bulletins, les trois expédients pro-
1. Voici ce qu'écrivait d'Ailly, en lil2 : « Taceo qualiter a principio scliismatis materiam concilii generalis in concilio Franciae primus ex parte Universitatis proponere diu Inslanter prosequi non timui. » Apologia Concilii Pisani, apud Tsciiackert, Peter von Ailli, Appéndix Xll, p. 37.
2. Cf. Chronic. Karoli VI c. m, p. 14-2 et c. xir, p. 238. — Desifle, t. III, p. 019.
posés réunissent chacun un bon nombre de suffrages, mais la voie de cession a la majorité. Chose remarquable, les maîtres en sont venus à considérer les deux pontifes comme également responsables du schisme, comme tous deux intrus, et à vouloir exiger, non plus seulement la démission de Boniface, mais encore celle de Clément. C'est un premier abandon du pape d'Avignon et une manière nouvelle d'envisager la solution ^ .
La même façon de voir est proclamée par l'Université dans une autre grave circonstance. Elle voulut porter ses plaintes jusqu'aux pieds du trône ; et elle chargea trois de ses meilleurs maîtres d'exposer à Charles le moyen qui lui semblait le meilleur. Pierre d'Ailly, Gilles des Champs, Clémangis et d'autres composèrent donc une lettre collective qui est restée célèbre. Les docteurs y mirent leurs idées, Clémangis y ajouta la forme cicéronienne^. Le 30 juin 1394, les universitaires furent admis dans la chambre du roi; Guillaume Barrant, prieur de Saint-Denis, se fit l'organe de leurs do-
1. Voici les vers que composa à cette époque Henri de Langenstein dans son Carmen pro pace, à propos de la cession qu'il préconise, après avoir soutenu la voie du concile :
Qui prius hoc faceret Christo gratissinms esset, Promptus ad hoc placitum sit quilibet ergo duorum Sed quia cedendo jus unus non daret altri, Anïbo desinant electi...'
Cf. Denifle, t. III, p. S98. La date de celte pièce est le 8 juin 1393. — Jarry, La « voie de fait » et l'alliance franco-milanaise, Bibl. de l'École des Chartes, 1892, p. 523.
2. « Tulliana facundia singulariter pollens, eam coloribus rhetoricis exornandam suscepit. » Chronic. Karoli VI lib. XV, c. ii. Jean de Mon- Ireuil l'appelle « vas eloquentiœ ». L'exemplaire adressé au roi est perdu, mais cette lettre existe en copie manuscrite à la Bibl. nat., mss. lat., n° 1463, f° 93, et 14643, f° 20, et à la bibl. de Cambrai, ms. 940. La traduction française, faite par ordre du roi, se trouve à la bibl. du Vatican, 4791, f» l"l.
LES aïOYENS DE PACIFICATION. 137
léances devant une nombreuse assemblée et exposa les idées développées dans leur adresse écrite.
La double cession était préconisée par eux comme le moyen préférable. Les cardinaux des deux obédiences devaient ensuite se réunir et choisir un pape qui serait universellement reconnu. La lettre menaçait des plus terribles châtiments et du supplice de Dathan et d'Abiron celui des deux papes qui refuserait sa démission ^ On le voit, les pontifes rivaux sont mis derechef sur le même pied. Est-ce cette façon péremptoire de les juger, sont-ce les menaces quelque peu aigres de la délégation qui mécontentèrent le roi ? 'On ne sait , mais ce qu'on n'ignore pas , c'est que Charles VI, poussé par l'astucieux Pierre de Lune et par le duc de Berry, intima à l'Université l'ordre forôiel de ne plus s'occuper du schisme.
La démarche des maîtres de Paris avait fait grand bruit; son insuccès en fit plus encore. La lettre au roi avait été divulguée partout : elle fit naître des réponses acerbes de la part des avignonnais.
Un d'entre eux, un dominicain, prend l'adresse à partie et l'appelle « diffamatoire, blasphématoire, séditieuse. La théologie, la philosophie, la rhétorique, sont absentes de cette pièce. C'est l'œuvre de jeunes gens sans expérience et sans esprit pratique : ils méritent d'être arrêtés et punis ^ ».
On conçoit le vif dépit qu'éprouvèrent les universitaires en se voyant repoussés par la cour et, critiqués amèrement par leurs adversaires. Ce n'était pas la
i. Cf. Desifle, t. III, p. 617. — Du BouLAY, t. lY, p. 687. — D'AciiÉRY, Spicil., I, 776. — Rayxald, a. 1394, ii. 3. 2. DeSIFLE, t. III, p. 03 i.