‹ Le grand schisme d'occident [microform]Chapitre 67 sur 186 · Chronic. Karoli VI Ub. XV, c · texte numérisé non relu

Chronic. Karoli VI Ub. XV, c

Nous l'avons dit ailleurs : l'Italie ne lui avait jamais pardonné le massacre de Césène permis par lui, non plus que son retour à Avignon ; la France subit en murmurant ses exactions et ses profusions. Le monde chrétien regrettera toujours de ne l'avoir point vu descendre généreusement de ce trône pontifical sur lequel la révolte et l'intrigue l'avaient fait asseoir, et où la force des armes et des habiletés trop humaines l'avaient maintenu. Clément VII est sans cesse ballotté au gré des circonstances, des passions ou des intérêts. Il tâche de s'imposer aujourd'hui par la politique, demain par la force. Pendant seize ans, il vit d'expédients ; il promet des bénéfices à tel évêque, il prodigue les bonnes paroles à tel roi, il encourage tel prétendant ambitieux, il clierche à plaire ou à s'imposer à tous. Tantôt il reçoit le roi de France avec la plus grande magnificence dans' son palais d'Avignon, il lui accorde la nomination à certains évêchés et à sept cent cinquante bénéfices (nov. 1389). Tantôt il prépare la descente en Italie du jeune duc d'Orléans, unit ses intérêts aux siens et aspire de nouveau à s'imposer aux Romains par la force (1393) . Il ne répudie pas « la voie de fait » pourtant indigne de sa cause et de son caractère sacré. « Il soumet les clercs aux magistrats civils et aux princes, dit Clémangis, et chacun d'eux est plus pape que le pape luimême ^ » Il se conduit en toute circonstance comme un souverain médiocre et égoïste qui vit pour lui-même et pour son ambition plutôt que pour son peuple et son devoir : Omnia serviliter pro domînatione, aurait dit Tacite.

Juste un siècle auparavant, le 13 décembre 1294,

\: « Ut principum benevolentiam facilius assequeretur, assecutam foveret, fotamque conservaret, conservatam amplificaret, plurima uHro dona-et xenia illis dabat. » De corrupto Ecclesiae statu, 2G, 2".

saint Pierre Célestin, pour des raisons moins graves, avait su descendre du trône de saint Pierre et avait fait « ce grand refus» dont parle Dante K « Plût à Dieu que cet exemple sublime fût imité ! s'écriait Pierre d' Ailly, biographe de l'humble et vaillant pontife. De nos jours, quelques-uns se sont élevés par ambition jusqu'à ce sommet d'honneur, et voici que, depuis bien des années, l'Église reste déchirée par un schisme horrible et funeste ^. »

Peut-être cependant Clément fut-il de bonne foi! Peut-être mérite-t-il d'être plaint plus encore que blâmé ! Il y a des temps où le plus difficile n'est point de faire son devoir, mais bien de le connaître. Le roi Charles VI a exprimé d'avance notre pensée quand il a envoyé aux cardinaux, six jours après la mort de Clément, ce souhait laconique qui est peut-être pour lui la meilleure des oraisons funèbres : Que Dieu lui pardonne! cui parcat Altissimus ^ !

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