Ibid, pp. 147 et
5. Bibl. Nat, ms. fr. 10431, S9i. — Ils rentrèrent à Paris le 24 août 1395.
conclu. Une ambassade en Angleterre fut reçue courtoisement par Richard II, qui convoitait alors la main de la jeune Isabelle de France. Le roi promit de s'employer pour l'œuvre de l'union, mais il conseilla aux députés de ne pas entrer en relation avec l'Université d'Oxford, qui avait embrassé énergiquement le parti du pape italien^.
L'année suivante, Charles VI envoya de nouveau des ambassadeurs à tous les princes voisins. Le Roi des Romains était alors l'ivrogne et débauché Wenceslas. Comme disait de lui un vieux traducteur de Boccace, a il ne se souvenait mie des merveilleux faits de ses prédécesseurs, ains aimait la gloire mieux de Bacchus de Thèbes qu'il ne faisait la resplendisseur du Mars italien 2. »
Trois ans auparavant, en 1393, il avait fait jeter dans la Moldau le vicaire général de l'archevêque de Prague, Jean Népomucène, et ce n'avait été ni sa première, ni sa dernière cruauté. Un pareil prince ne pouvait être bien zélé pour la cause de l'union. Il refusa de recevoir les délégués de l'Université; mais cependant, il accueillit avec une certaine courtoisie les envoyés du Roi et il promit de délibérer sur leurs propositions. '
Le roi de Hongrie Sigismond fut plus affirmatif et approuva la voie de cession. Il en fut de même des archevêques de Trêves et de Cologne, ainsi que des archiducs d'Autriche et de Bavière. D'un autre côté, les souverains de la péninsule hispanique encouragèrent aussi les desseins du roi de France ^.
i. Chronic, c. ià;
2. Histoire littéraire de la France, t. XXIV, p. Ui. — D'après P. Paris, niss. français, t. I, p. 2o4.
3. Chronic. Ka7'oli VI lib. XVII, c. 1, 5, H, iS. — Do Boclay, t. IV, p. 773. — Baynald, a. 1396, c. 2.— Ryjier, Fœdera, 13 féyrier, et 17 août.)
Sur ces entrefaites, arriva en France (25 décembre 1396) la nouvelle de la sanglante défaite de Jean sans-peur à Nicopolis et de la victoire chèrement achetée du sultan Bajazet. La stupeur produite par l'insuccès de cette chevaleresque entreprise et le soin de délivrer les prisonniers français retardèrent la poursuite de la grande affaire, celle de l'extinction du schisme. Les ambassadeurs de France, d'Angleterre et de Castille ne se présentèrent au Pape que vers la mi-juin 1397. Benoît refusa de nouveau d'écouter les conseils pacificateurs et leur opposa son projet de compromis'. Les députés français, c'est-àdire maître Gilles des Champs, Jean Courtecuisse^ et le chevalier de Calleville furent très mécontents de voir refuser une fois de plus la voie de cession^. Calleville le déclara solennellement à l'obstiné Benoît : « Si à la Chandeleur, dit-il, l'Église n'est point régie par im seul pasteur, le roi de France agira énergiquement et efficacement. »
Les députés allèrent ensuite trouver Boniface à Rome, Celui-ci se retrancha, comme son compétiteur avignonnais, dans des fins de non-recevoir et ne chercha qu'à gagner du temps. « J'examinerai le cas à loisir avec mes frères les cardinaux, répondit-il; je consulterai les princes de mon obédience, puis je ferai connaître mes intentions aux souverains qui vous ont envoyés. »
Vers cette même époque, Wenceslas, pressé de plus en plus par le roi de France, poussé d'un autre côté par
i. Chronic. Karoli VI lib. XVn, c. 33. — Cf. EnntE, p. 422.
2. « Breviscoxa ». 11 fut plus tard évêque de Paris, puis de Genève. — Cf. Lacnoy, Navarr. Gymn. ^îsiona, p. 264.
3. Hefele, Histoire des Conciles, t. X, p. iOi. — Martêne et Durand, Vel. Script, nova coUectio,,t.YlI, pp. SSG et 622. — CnnisTOPiiE, Histoire de la Papauté pendant le XIV« siècle, t. ni, p. 164.
l'Université de Prague, se résolut à détacher sa cause de celle du pape romain, à braver le mécontentement de quelques seigneurs et à accepter une entrevue à Reims avec Charles VI pour travailler de concert à rétablir la paix religieuse.
Le souverain français, très heureux de cette décision, alla au devant du Roi des Romains et l'amena solennellement à Reims, le 31 mars 1398. Il lui fit de grands présents et lui offrit de magnifiques festins qui mirent plus d'une fois à l'épreuve la sobriété du prince allemand.
Dans un moment de présence d'esprit, Wenceslas promit au roi de France de s'employer auprès du pape Boniface pour lui demander d'abdiquer. Il avait sous la main un négociateur tout indiqué : Pierre d'Ailly avait abandonné son siège du Puy^ et avait pris possession de celui de Cambrai. En sa qualité de comte de Cambrésis, il venait de prêter serment de vassalité au roi des Romains (3 avril 1398). Wenceslas le pria de se rendre à Avignon, puis à Rome pour y faire prévaloir la voie de cession.
Pierre d'Ailly partit aussitôt, se faisant accompagner du secrétaire intime de Wenceslas, Nicolas de Jewicka. Quand il arriva à la cour d'Avignon, il fut reçu en consistoire public, en présence des cardinaux, de prélats etd'un grand nombre de laïques. 11 représenta à Benoît les maux de l'Église et les difficultés de la situation. « Le Roi des Romains, dit-il, pense que l'unique moyen Utile et nécessaire est la voie de cession. Je vous supplie donc avec les plus vives instances de vouloir bien l'accepter et je me prépare à faire la même de-
1. Il avait été nommé au Puy comme successeur d'Hier de Martreuil, le 2 avril 1393, mais il ne s'y rendit jamais. l\ reçut ses bulles pour Cambrai en mai 1397.
mande à Boniface, qui réside à Rome ^ . » De plus, l'é- -vêque de Cambrai se permit de rappeler au pontife le serment qu'il avait prêté, dès avant son élection.
A cette pressante invitation le Pape répondit cette fois de la manière la plus formelle : « Cette voie de cession, dit-il, je ne l'ai jamais acceptée, et jamais je ne m'y résoudrai. Je croirais pécher mortellement, si j'employais ce moyen. »
Ce langage émut grandement les assistants qui virent bien que tout espoir d'arriver à une solution s'évanouissait de ce côté. Tous se souvenaient d'ailleurs d'une parole énergique qu'avait prononcée Benoît l'année précédente en s'adressant au chevalier Louis 4e Tignonville : « Le roi veut m'obliger à la cession : je n'en ferai rien. Je me laisserais plutôt écorcher que de céder ^. »
1. Nous avons trois preuves authentiques de l'existence de cette ambassade-Nous lisons la première dansle discours de Pierre Ravat, évoque de Saint-Pons, au concile de Paris, le 29 mai 1398, c'est-à-dire un mois après l'événement. La seconde se rencontre dans un mémoire dirigé contre les deux papes et lu devant le concile à la y session le 24 avril 1409. (HARDOciNjt. VIII, col. 60. — Mansi, t. XXVI, col. 1198.) La troisième se trouve dans un document semblable lu au concile de Constance à la XXXII" session.'(HAUDOni!s, t. VIII, col. 712. — Massi, t. XXVII, col. 1083.) Le récit de Froissart (t. XVI, p. 116) est de tout point erroné. Il pface l'ambassade de d'Ailly en septembre , tandis qu'elle eut lieu en avril, il pense que l'évêque de Cambrai fut envoyé par le roi de France en même temps que par le roi des Romains : il ajoute qu'il fut accompagné par le maréchal de Boucicaul, autant d'erreurs que d'affirmations. Enfin, à la façon de Tite-Live, il met dans la bouche d'un prélat, dévoué pourtant à Benoît, un discours qui est un insolent ultimatum. Le chroniqueur valenciennois, qui était en relations particulières avec son voisin l'évêque de Cambrai, aurait dû se souvenir que' celui-ci n'abandonna que bien plus tard,yers 1408, la cause du pape d'Avignon.
Remarquons enOn que les cardinaux, auteurs ou éditeurs de ces deux derniers documents, ont pris une part active à toutes ces négociations. Par conséquent, ces relations officielles méritent bien plus créance que les récits parfois fantaisistes de Froissart.
2. Bourgeois du Chastenet, op. cit., Texte, p. 2i, Preuves, p. 36.
Pierre d'Ailly et ses compagnons ne crurent point cependant leur mission terminée : ils se dirigèrent vers Rome espérant recevoir un meilleur accueil de la part du pontife romain. A peine arrivés, ils s'aperçurent que Boniface n'avait point non plus*rintention d'abdiquer. L'eût-il voulu, que les cardinaux et les Romains l'en eussent empêché. « Mes enfants, dit le pontife au peuple, soyez tous confortés et asseurés que Pape je demeurerai, ni jà pour traité ni paroles que les rois de France et d'Allemagne ni leurs consaux aient fait, je ne me soumettray à leur voulenté* . »
L'évêque de Cambrai s'en retourna auprès de Wenceslas, et celui-ci l'envoya à Paris pour communiquer à Charles la réponse négative des deux papes rivaux ^. Le roi crut alors qu'il fallait prendre un parti énergique, et sauver l'Église, comme il le prétendait, sans les papes et malgré les papes.
§ 5. — La soustraction d'obédience.
Toutefois Charles ne voulut point assumer à lui seul cette grave responsabilité. Il convoqua à Paris tout, le clergé de France avec les maîtres de l'Université. Le 22 mai 1398, onze archevêques, soixante évêques, trente abbés, un grand nombre de prélats inférieurs, des députés des Universités du royaume se trouvèrent réunis dans une des salles du palais royal.
Le patriarche d'Alexandrie, Simon de Cramaud^, pré-
\. FnoissART, t. XVI, p. 80 etH7. — Cf. Martène et Durand, t. Vn, prœfalio,p. LU. — TscHACHKERT, Peter von Ailli, p, 103. — Raynald, a.440n, n" 50.
■ 2. LiniJner, Geschichte des deutschen Reichs unter Kônig Wenzel, t. Il, p. 394.
3. Il joua un grand rôle dans tous ces événements. Originaire de l'Or-
sîdaît. Il prit le premier la parole et exposa l'état de la question depuis la mort de Clément VII, les efforts faits par le roi de France pour arriver à la paix par le moyen de la cession. « Puisque Benoît refuse obstinément , ajouta-t-il , il s'agit de savoir si l'Église de France va s'affranchir de toute obéissance à son égard, ou si une soustraction partielle d'obédience suf- , lira pour faire réfléchir le pape d'Avignon. » Six commissaires furent nommés pour défendre Benoît et six pour exposer les griefs qu'on pouvait avoir à lui reprocher^.
Le 29 mai, Pierre Ravat, chargé d'affaires du pontife avignonnais, fit un discours latin pour soutenir sa cause. Il affirma la nécessité d'obéir au pape en tout ce qu'il commandait, quelque défaut qu'on remarquât dans sa conduite et même s'il était soupçonné d'être hérétique, avant qu'il fût déclaré tel par une sentence juridique. Il s'efforça de montrer les mauvais effets, probables de la soustraction et essaya de disculper Benoît du reproche d'exactions qui lui était adressé. « D'ailleurs, ajoutat-il, quand même le pape céderait, bien des gens douteraient que cette cession soit valable... Les rois de France ont toujours été les protecteurs des pontifes; ils les ont parfois rétablis dans leur siège ; je ne saurais croire que Charles VI veuille être le premier à les persécuter..» Deux autres parlèrent dans le même sens. Puis le président, le chevalier de Tignonville et maître Gilles des Champs soutinrent la thèse opposée; ils émirent un bon nombre de propositions gallicanes, alléguèrent beaucoup de textes juridiques et citèrent
léanais, il fut nommé évêque d'Agen en 1382, tle Béziers en 1383 et de Poitiers en 4383, patriarche d'Alexandrie en 13D1. Il fut appelé au siège de Reims en 1400 par Alexandre v, f 1413.