Ibid,, p
ment : « Tout ce qui se fait contre Benoît se fait au nom du roi et des ducs. La famille royale, si noble et si ancienne, en est rendue ainsi responsable devant l'histoire. Pour l'amour de Dieu, au nom de la piété, de l'humanité, de la religion, prenez garde. Si vous arrivez à préserver le Pape d'une mort cruelle et ignominieuse, vous gagnerez une gloire immortelle.
Le confident de Benoît énumère, depuis le commencement du siège d'Avignon, les meurtres sacrilèges qui ont accompagné l'invasion, les déprédations, les violences, les menaces adressées aux habitants au nom du roi, les injures vomies contre le Pontife lui-même. Puis il raconte longuement toutes les circonstances de l'investissement de la place; il donne aussi des détails intéressants sur l'assemblée du clergé qui décréta la soustraction d'obédience.
ce Si Benoît meurt, ajoute-t-il, ou si on le force à la cession, la situation de l'Eglise sera aussi mauvaise que sous Célestin V, Boniface VIII ou Jean XXII. Que le duc d'Orléans veuille bien accepter la mission de garder le Pape. Surtout qu'on ne confie pas cette surveillance aux membres dissidents du Sacré-Collége. »
L'auteur inconnu de ce document fait ensuite un portrait peu flatté du cardinal d'Amiens et principalement du cardinal de Thury qu'il représente comme avare^ jaloux, intrigant et surtout comme très désireux de s'asseoir sur le trône pontifical. C'est lui qui a falsifié des messages du pape destinés au roi, c'est lui qui a envoyé de Paris à Avignon des lettres fausses au nom du conseil royal. « Benoît est meilleur qu'eux, ajoutet-il ; il n'est point tombé dans le népotisme de son prédécesseur. Si on l'incarcère ou si on le met à mort, que le royaume de France prenne garde M II a dû se re-
i. EiiRLE, t. VU, pp. 83 et 84.
pentir autrefois des mauvais procédés que Philippe a employés envers le pape Boniface; les châtiments eussent été plus graves encore, si les pontifes d'Avignon n'avaient protégé notre patrie. A l'heure qu'il est, les gens du roi traitent Benoît comme s'il était juif ou sarrazin ; ils le persécutent de toute façon dans son palais assiégé. »
L'auteur entre enfin dans l'énumération des moyens à employer pour faire sortir l'Eglise et le Pape de cette situation fausse et dangereuse.
Il nous semble que cet humble anonyme nous donne des renseignements très précieux sur l'état d'âme du pontife, de certains cardinaux, des princes et de tous les principaux acteurs du grand drame dont les lentes péripéties se déroulaient tout à la fois à Avignon et à Paris.
g 3. — Négociations à Avignon et à Rome.
Le duc d'Orléans, auquel sans doute fut envoyé ce mémoire, nourrissait l'intention de correspondre aux désirs exprimés par Benoît, mais il tenait avant tout à ce que le Pape fît sa soumission. Il voulait que le pontife s'obligeât à condescendre à toutes les volontés des ducs, ses oncles, et du conseil royal.
Au sein même de sa captivité, Benoît gardait le haut souci de sa dignité pontificale. Au mois d'octobre 1399, il déclina poliment mais résolument les propositions du duc d'Orléans. Il voulait bien de lui comme correspondant, comme ami, comme protecteur jusqu'à un certain point, mais il se refusait à admettre le patronage gênant de la cour de France K
i. Ehrle, t. VII, pp. 123 et suiv. Les pièces inédites que le P. Ehrle a publiées et que nous résumons, nous font connaître toute une série
A la fin de l'année 1399 ou au commencement de 1400, Benoît fit cette réponse au duc, par l'organe de ses ambassadeurs : « Si je me soumets aux désirs du roi, dit-il, je suis certain de m'attirer l'animadversion des rois de Castille et d'Aragon, mes protecteurs. D'autre part, les cardinaux ne souffriront pas que cette décision soit laissée aux mains d'un laïque et ils n'hésiteront point à m'en faire des reproches. Enfin, parmi les conseillers royaux, j'ai quelques adversaires déterminés qui feront certainetaent opposition à tout ce que l'on pourra proposer ^ . »
Il demandait en terminant que le duc vînt lui-même à Avignon ou que, tout au moins, il lui procurât des lettres de sauvegarde signées du roi.
Louis d'Orléans se montra peu satisfait de cette, réponse trop vague à son gré, ainsi que de cette fierté que les persécutions et les malheurs n'avaient point abattue. De nouveau, il demanda au Pape, par son ambassadeur Pierre Beaublé, évêque d'Uzès, si, oui ou non, il acceptait de se soumettre aux conditions précédemment posées, et s'il entrerait dans les frais qu'occasionnerait l'envoi d'une garde du corps.
Dans sa réponse prudemment calculée, Benoît fit savoir au duc qu'il acquiesçait à la seconde demande, mais que, quant à la première, il se réservait d'y réfléchir plus mûrement. Sur de nouvelles instances de l'envoyé, il répliqua qu'en juillet il ferait connaître au duc sa décision par le moyen de personnes sûres.
En effet, peu après la date fixée, le Pape envoya à Paris trois religieux chargés d'exposer à Louis d'Orléans toutes les tristesses et toutes les hontes de sa sid'incidents jusqu'ici inconnus de la captivité de Benoit, et toute la suite des négociations entre le Pape et la France.
i. Ehrle, t. VU, p. 12". — Cf. Martène et Durand, t. Vll, col. 661.
tuation. Avec toutes les formes respectueuses que commandait la nécessité du moment, Benoît déclinait de nouveau les propositions royales et refusait de se soumettre sans conditions. Le roi de France consentit enfin à envoyer des lettres officielles de sauvegarde pour le pape et pour les cent personnes de sa suite : il chargeait le duc d'Orléans de protéger le pontife (18 oct. 1400) *. Sans entrer dans le fastidieux détail des négociations qui s'engagèrent alors, nous rappellerons seulement quelques faits saillants. Un concile devait se réunir à Metz, le projet échoua ^ ; une autre tentative pour une réunion d'évêques du parti d'Avignon n'eut pas un meilleur succès ^. Les cardinaux dissidents persistent dans leur attitude pleine de défiance et de hauteur vis-à-vis du pape prisonnier ; ils tiennent peu de compte des intentions du roi, tout en repoussant avec énergie l'accusation de vexer indignement Benoît et ses compagnons de captivité. La situation du pontife empire de jour en jour, on échange de longs mémoires sans résultat, les projets pacificateurs n'aboutissent pas, on piétine sur place, on s'agite dans le vide. Telles sont, au commencement de l'année 1402, les diifîcultés au milieu desquelles se débat la papauté d'Avignon.
De son côté, que devenait le pontife de Rome? Les événements de France nous ont fait perdre de vue ceux, qui se passaient, à la même époque en Italie. Boniface IX regagnait-il en autorité et en prestige tout ce qu'avait perdu son compétiteur? Consentait-il à