Chronic. Karoli FJ lib. XX, c
le vrai pape. D'ailleurs, le côté chevaleresque de cette défense de plusieurs mois ramenait à Benoît l'affection que son entêtement lui avait précédemment aliénée." Sans doute, le pape renfermé dans Avignon avait une situation précaire, « mais il s'esbahissoit point pour petit de chose, dit Froissart, et il se tint dedans le palais qui est la plus belle et la plus forte maison du monde et la plus aisée à tenir. »
D'un autre côté, les amis qu'avait conservés Benoît ne se décourageaient pas \ Les ambassadeurs du roi Martin d'Aragon auprès du roi de France étaient passés par Avignon et avaient été témoins de la détresse du pape. Arrivés à Paris, ils en rendirent compte à la cour de Charles. Le roi fit au pontife des propositions de paix que des ambassadeurs portèrent à Avignon.
Le 4 avril 1399, ils les présentèrent à Benoît pour qu'il voulût bien en confirmer les dispositions. Benoît, pressé par la nécessité, accepta en effet, le 10 avril, les points suivants :
« Si son adversaire Boniface renonçait à la tiare, ou venait à mourir, ou était chassé, le pontife d'Avignon abdiquerait à son tour, afin de permettre l'élection d'un pape incontesté. Si une assemblée se réunissait pour arriver à l'union, Benoît serait tenu de s'y rendre ^. En retour, Charles s'engageait à prendre Benoît sous sa protection, lui et cent des siens, et il le ferait traiter d'une manière digne de son rang. Il exigeait cependant qu'il ne sortît point sans permission de la demeure pontificale, y) Les préliminaires de l'accord
d. EnRLE, t. VII, p. iS et suiv. donne beaucoup de détails sur le rôle de ce prince à partir de 1397. Il demeura le persévérant défenseur de Benoît. — Cf. Zurita, Anales de la corona de Aragon, l.X, p. 491.
2. EiiuLE, t. Y, p. 438. — Martène et Durand, Vet. Script., t. VII, coll. C3fi et suiv.
L'ÉGLISE DE FRANCE. itO
furent conclus en ces termes ; on fit l'échange des prisonniers, les cardinaux de Pampelune et de Saint- Adrien furent délivrés après avoir payé une rançon de 18,000 francs à l'avide Geoffroy et le siège fut transformé en une sorte de blocus. Benoît devait être placé sous la garde du duc Louis d'Orléans, frère du roi, qui lui était particulièrement dévoué et qui avait pris une grande part à ces négociations ^.
Pendant quatre ans et six mois, le pontife allait donc demeurer ainsi captif sans que la question de l'union fît un seul pas. Les assemblées partielles, les longues et savantes dissertations, les ténébreuses intrigues, les ambassades des cardinaux et des cours, les prolixes discussions n'eurent d'autre résultat que d'attirer au pontife persécuté beaucoup de sympathies et de créer des adversaires toujours plus nombreux à cette soustraction d'obédience dont personne ne voyait les résultats avantageux 2.
Une correspondance de septembre 1399, envoyée de Paris à Avignon par un agent de Benoît, jette un grand jour sur la situation du pape ainsi que sur l'état des esprits en France à cette époque. Cette pièce, que le P. Ehrle a récemment découverte dans les Archives du Vatican^, comble les lacunes des rares documents officiels que nous possédons sur ces faits. Composée d'éléments ' assez disparates, elle était destinée, selon toute probabilité, à fournir des matériaux pour un mémoire que le pontife se proposait d'adresser à son fidèle ami le duc d'Orléans. Nous l'analysons briève-
i. Docet-d'Arcq, Choix de pièces inédites, t. I, p. 203. — Jarry, Louis de France, duc d'Orléans, p. 223*