LES DUPES
Louis XIII revenait de conquérir la Savoie et de prendre une partie du Piémont ^ quand il tomba
osa intercéder à plusieurs reprises, notamment pour le grandprieur de Vendôme.
i . Ayant sacré évoque M. de Riez, qui était aussi fort laid : « Je vous rends grâce, Monsieur, lui dit-il en riant, je ne suis plus Tévêque le plus laid de France, ou, du moins, ne suis-je plus le seul ». Gospéan avait prononcé l'oraison funèbre de Henri IV.
2. 11 venait d'installer, définitivement, dans le duché de Man-
fort malade à Lyon, en septembre 1630. Les deux reines le soignèrent avec dévouement et affection ; et Marie de Médicis, n'oubliant pas sa rancune contre Richelieu, profita de l'occasion pour demander au malade le renvoi du ministre. Il le lui promit, mais seulement dès qu'on aurait conclu la paix avec l'Allemagne : il avait encore besoin de ses services jusque-là. Voilà la reine bien contente : elle et ses amis, les Marillac, Bassompierre, le bailli de Valençay, quia rompu avec Richelieu après la Rochelle, vendent la peau de l'ours. Que fera-t-on du cardinal ? La reine et Valençay r^xilent par avance; le maréchal de Marillac le condamne à mort de son autorité privée ; son frère, le garde des sceaux, et Bassompierre se contentent de Temprisonner. Ils eurent tous la destinée qu'ils souhaitaient pour le cardinal.
Tout marche d'abord à souhait : le roi est rétabli ; il a repris le chemin de la capitale, laissant à Lyon sa mère un peu souffrante d'un pied. De Roanne où il s'est arrêté, il lui écrit de se remettre vite, qu'elle sera bientôt satisfaite, car la paix est comme signée ; et Marie de Médicis sur rheure fait allumer un feu de joie. Le cardinal l'apprend : ces démonstrations intempestives, la morosité de Louis XUI depuis sa maladie ne lui disent rien qui vaille ; il questionne le roi, le presse, lui rappelle sa parole formelle de tout lui dire ^, et Louis finit par tout confesser. Cependant
toue, le duc de Nevers dont nous avons parlé à propos de M-" d'Aiguillon et de la reine de Pologne, i. Voir Chalais.
la reine a rejoint la cour à Roanne. Le cardinal vient la trouver à Téglise, au moment où elle va communier; il la supplie, il la conjure de lui pardonner * ; elle le rebute et il perd patience : « Prenez garde, Madame, dit-il, j'en ferai bien périr avec moi. » Elle ne Tocoute pas. Il prend dès lors ses mesures, et Ton apprend brusquement de Ratisbonne que les négociations pour la paix sont rompues. 11 ne peut plus être question de se passer du cardinal ; et il n'est pas inadmissible que la nécessité où il se trouvait d'imposer ses services et sa personne l'ait conduit à provoquer secrètement cette rupture inattendue.
Il a dès lors quelque répit; mais il n'est pas homme à attendre les hostilités qu'il prévoit, et c'est lui qui déclare la guerre ; de retour à Paris, il fait arrêter l'homme aux conseils violents, le maréchal Marillac, et l'enferme, pour l'avoir sous la main, dans sa maison de Ruel - ; il envoie, en môme temps, son frère le garde des sceaux réfléchir, dans la prison d'Angoulème, sur les inconvénients d'avoir voulu faire emprisonner un cardinal de Richelieu, et donne les sceaux à Chàteauneuf ^. C'est un coup direct, et la reine mère est exaspérée de voir traiter ainsi deux de ses meilleurs amis '*. Toutefois le cardinal ne veut pas
1. C'est Guillaume de Mourgues, abbé de Saint-Germain et aumônier de la reine, qui a rapporté ce propos.
2. Ruel ou Rueil était une des résidences favorites de Richelieu.