‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 132 sur 182 · Biblioth. iNat., Mns 23253. Affaire de Grandier · texte numérisé non relu

Biblioth. iNat., Mns 23253. Affaire de Grandier

fices, de sortilèges : il avait, disait-on, jeté daDs le couvent des roses et des fleurs dont le parfuDi avait ensorcelé les pauvres sœurs. Les prisoDs de l'oflicialilé se rouvrirent pour lui; mais La lioche-Posay et les capucins, craignant que loflicial ne fût encore trop indulgent, noircirent h malheureux aux yeux de leurs patrons, Richelieu et le l\ Joseph. Ceux-ci n'avaient rien à leur refuser : ils enlevèrent donc celte cause à la juridiction ecclésiastique et la firent juger au criminel par Laubardemont de sinistre mémoire. L'accusé fut d'autant plus chaudement recommandé h ce juge qu'on l'accusait par surcroît d'avoir écrit un libelle contre le cardinal, et Laubardemont, au cours de celte longue procédure, ne manqua pas. d'être d'une partialité révoltante.

Cependant la possession faisait toujours rage dans le couvent des Ursulines; on venait de loin assister aux simagrées, aux grimaces, aux clowneries de ces possédées; et les hôtelleries de Loudun faisaient fortune. Certains avaient envie de railler,, mais pas trop fort : ils insinuaient, en entendant le jargon pseudo-latin des nonnes démentes, «que les diables de Loudun n'avaient étudié que jusqu'en troisième » ; mais ils ne le criaient point sur les toits; et, l'imprudent Quillet^ ayant fait à ce propos une belle poésie latine, on lui conseilla d'aller par prudence faire un voyage en Italie ; il suivit ce conseil. M"® d'Aiguillon et son amie,.

1. Quillet, médecin de M. d'Estrées, ambassadeur à Rome. Il était plein d'esprit mais fort laid ; et Marion de L'Orme, tout en lui accordant d'étranges privautés, ne le voulut jamais pour amant.

M"® de Rambouillet ^ y vinrent; elles firent ensuite répéter par leurs laquais les « tours de sauteurs » qu'elles avaient vu faire aux religieuses. Le marquis du Coudra y-Montpensier^ avait deux filles dans ce couvent ; il les retira, « les fit bien traiter et bien fouetter », le diable s'en alla aussitôt. Certains de ces diables étaient d'ailleurs d'humeur joviale et impertinente : quoique Laubardemont ne fût précisément pas un animal plaisant, l'un d'eux s'avisa de lui dire par la bouche d'une nonnain : « M. de Laubardemont est cocu! » — « Ce que j'atteste être vrai », ajouta Laubardemont, fidèle à la formule çlont il clôturait d'ordinaire ses procès-verbaux. Cependant, pour ces « diableries », le malheureux Grandier — coupable d'inconduite et d'imprudence — fut bel et bien condamné à être brûlé vif comme sorcier, et il subit cet horrible supplice*^ ; la légende veut même que, pour montrer au peuple Tinfernale malice de ce suppôt de Satan, on lui ait présenté à baiser un crucifix de métal brûlant; comme on pense, le malheureux en détourna brusquement la tête ; et il fut ainsi prouvé à l'évidence qu'on avait livré aux flammes un abominable sorcier, un démoniaque impénitent!

Leur sexe même ne mit pas toujours les femmes à l'abri des sévices : M"** du Fargis fut, nous

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