‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 149 sur 182 · Tallemant des Réaux · texte numérisé non relu

Tallemant des Réaux

elle ne le fut pas aux remords ; on dil qu'il « eut des visions du sac de Négrepelisse » ; un jour, à Ecouen, il fut pris d'une frayeur extraordinaire : « Le spectre de Monlmorency, dit-il, lui était apparu ! »

Par une dernière contradiction, il dépouilla toute faiblesse aux approches de la mort : il l'envisagea avec une telle sérénité, prit si tranquillement ses dispositions en vue de la régence, que Ton disait : « Il n'y a vraiment pas d'honneur à bien mourir quand un tel homme est si bien mort! » Et Priolo notait, dans ses comptes rendus à la République de Venise : Nulliis niortalium nec antiqnortim^ nec recentiorimi fatum ultimum tant intrépide excepit. « Personne, en aucun temps, ne vit venir la dernière heure avec tant de courage! »

On lui fit de belles épitaphes :

Gi-gU un roi qui, sous un prêtre.

Joua son indigne rôlet :

Il eut cent vertus de valet Et pas une vertu de maître,

Et encore :

Ci-gît le roi, notre bon maître, Louis tnizième de ce nom.

Qui fut vingt ans valet d'un prêtre Et pourtant acquit grand renom Chez les autres, mais chez lui non,.

Etc..

GASTON d'oRLÉANS. — BLOT, SON CHANSONNIER

Jamais frères ne furent plus dissemblables :

Louis était morose, mou, apathique, sauf pour la chasse ; Gaston, au contraire, toujours de bonne humeur et en mouvement, le chapeau sur Toreille, les mains aux poches, sifflant comme un merle, faisant des tours de page et légèrement débraillé, car il ne pouvait tenir en place et ses gens avaient toutes les peines du monde à « le boutonner».

Louis XIII timide, un peu bègue, parlait difficilement, sauf quand une émotion violente venait pour un temps masquer sa timidité; il fuyait les femmes ; — Gaston, au contraire, audacieux en parole, parlait bien, avec esprit, était fort séduisant, et avait des succès de galanterie.

Le roi se montra courageux à l'occasion ; — Monsieur fut toujours d'une incoercible lâcheté devant le danger ou les responsabilités.

Ils se ressemblaient pourtant en deux points : par rinsensibilité égoïste et par le manque de volonté. L'un et l'autre, ils laissèrent mourir tragiquement des gens qu'ils paraissaient aimer ou qui s'étaient dévoués pour eux ; Tun et l'autre furent gouvernés toute leur vie : Louis XIII par Luynes, puis par Richelieu ; Gaston par Ornano, par Le Coigneux, par Puylaurens et, plus tard, par l'abbé de La Rivière.

Gaston eut une jeunesse assez tapageuse : il ne dédaignait pas d'aller, la nuit, chercher les aventures avec de joyeux compagnons, rossant le guet,

décrochant les enseignes, brûlant « quelques auvents de savetier »». lis couraient aussi les mauvais lieux, et le prince y trouva parfois ce qu'il ne cherchait pas : « La qualité de Monsieur ne le rendoit pas exempt des accidents auxquels les autres sont sujets ; de quoi la reine mère prenoit alarme. » L'âge ne l'amenda que sur le tard : il fut longtemps coureur et eut toujours « l'esprit un peu page ». Le chansonnier Blol, mordant, spirituel, fort débauché, devait plaire à un prince de ce caractère, et ils furent intimement liés ; mais Blot était fort irrévérencieux, il ne l'épargnait guère ; or, par une bizarre contradiction, ce prince « bon garçon » tenait extrêmement aux marques extérieures du respect : il n'admettait même pas qu'on restât couvert dans son carrosse. De là des brouilles fréquentes entre lui et le chansonnier gouailleur, mais ces brouilles ne duraient pas : quelque nouveau couplet les remettait bien. Un jour que Gaston l'avait chassé, Blot lui fait ainsi part de ses regrets :

Si Monsieur ne veut plus me voir*, Si ma présence Timportune, Je n'en suis pas au désespoir ; Je n'y fais pas si grandïortune Ah ! le voilai Ah I le voici Celui qui en est sans souci.

Je ne suis point hardi menteur 3, Je ne suis point fourbe, ni traître; S'il perd un fichu serviteur Perdrais-Je pas un fichu maître Ah ! le voilà ! Ah ! le voici...

i. Timbre : Ah.' le voylàl Ah! le voycyl

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