‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 148 sur 182 · Certaines pièces satiriques le désignent ainsi · texte numérisé non relu

Certaines pièces satiriques le désignent ainsi

2. Ce neveu de Richelieu, frère de M"' de Combalet, dont nous» avons parlé.

Blois pour aller chercher son frère, gouverneur de Bretagne, leur arrestation était fermement décidée entre le cardinal et lui; c'était même afin de pouvoir prendre les deux frères ensemble, et d'éviter ainsi la révolte de Tun d'eux, qu'on Tavait amené à faire ce voyage. Pour endormir tout soupçon, le roi fut extrêmement aimable avec le grandprieur : « Que votre frère vienne sans crainte, il ne lui sera pas fait plus de mal qu'à vous! » A leur arrivée, il leur fit mille caresses, les invita pour sa chasse du lendemain; et le lendemain, à la première heure, ils étaient prisonniers : on n'avait point fait à Tun plus de mal qu'à Tautre. Comme le roi demandait à M. de Liancourt :

« Eussiez-vous cru cela? — Non, Sire : vous avez trop bien joué votre personnage! » Et cette réponse lui déplut, bien qu'il eût paru vouloir •être loué de sa dissimulation.

Ces contradictions n'étaient pas rares chez lui. Il édicté des peines sévères contre les duellistes, fait décapiter Bouteville et ne laisse pas de railler les gentilshommes qui, insultés, ne se battent point. Avant le ministère de Bichelieu, il avait laissé la direction des affaires à La Vieuville ; la veille, il lui faisait « manger du foin confit, pour le traiter de cheval » ; le lendemain, il lui donnait la surintendance des finances. En Picardie, ses chevau-légers avaient coupé les avoines en herbe pour les donner à leurs montures : « Je suis bien fâché de ce dommage ! » dit-il aux paysans, mais il eut garde de les indemniser ou même d'alléger leur taille.

Enfin il fut quelque peu cruel. Henri IV était désolé de ses instincts de méchanceté ; il eut voulu Teu corriger et, dit-on, le fouetta deux fois de sa royale main : la première parce qu'il avait écrasé la tt^te d'un moineau vivant, la seconde pour avoir fait tirer un coup de mousquet contre un gentilhomme qu'il n aimait pas; il est vrai qu on ne chargea Tarme qu'à poudre. Ses gouverneurs avaient ordre de le corriger sévèrement et le fouettaient avec respect : « J'aimerois mieux moins de respects et moins de fouet! » disait Tenfant non sans justesse. Ces corrections humiliantes irritaient fort la reine mère : « Vous ne traiteriez pas ainsi vos bâtards! » disait-elle un jour au roi Henri. — « Pour mes bâtards, répondit-il, il les fera fouetter s'ils font les sots; mais, lui, il n'aura personne qui le fouette! Priez Dieu que je vive, Madame, ajouta-t-il prophétiquement, car ce méchant garçon vous maltraitera si je n'y suis plus! » Si la reine grondait, c'était plutôt pour contrarier son mari que par affection réelle pour son enfant. Les infidélités continuelles de Henri IV, sa vieille liaison avec M""* de Verneuil, qui vivait à deux pas du Louvre, entretenaient la reine dans une irritation constante ; le ménage royal était un enfer ; elle invectivait le roi à tout propos. Quant à son fils, elle avait pour lui une affection si modérée qu'elle ne Tembrassa pas, dit-on, une seule fois durant toute la régence.

Le premier acte de vigueur et d'autorité du « méchant garçon » fut l'assassinat du bon ami de sa mère, Concini le maréchal d'Ancre. Il en manl-

festa toutefois des regrets — dit-on — ; il prétendit plus tard qu'on avait outrepassé ses ordres ; il avait bien commandé à Vitry de l'arrêter, mais de ne le tuer que s'il faisait mine de se défendre. Il est certain que Vitry fit, dans ce cas, comme si Concini s'était défendu : du Hallier, frère de Vitry, Guichaumont, Le Buisson tirèrent à la fois sur le maréchal à bout portant ; Sarroque, Persan, La Chesnaye et Boyer percèrent son cadavre de leurs épées ; ils se firent tous gloire de cet acte de grand courage, et il ne semble pas que le jeune roi leur en ait voulu le moins du monde, au contraire. Vitry reçut le bâton de maréchal; Luynes, l'instigateur de l'assassinat partagea les dépouilles de la victime avec ses frères et ses amis ; sa femme eut les magnifiques bijoux de la maréchale d'Ancre ; enfin le roi laissa décapiter et brûler comme sorcière cette malheureuse.

La maréchale d'Ancre fut d'ailleurs sacrifiée à l'honneur de la reine. Le maréchal passait, nous l'avons vu, pour être l'amant de Marie de Médicis, ce qui expliquait son extraordinaire fortune. On voulut donner le change au public, et l'on prétendit que la faveur du mari était due aux sortilèges de la femme.

La malheureuse, chétive et maladive, était, en outre, fort superstitieuse; elle était convaincue que son mal venait d'un mauvais sort; pour le combattre et guérir, elle avait eu l'étrange idée de se faire exorciser par un prêtre. Ce fut sa perte: une personne, qui voulait faire ainsi chasser les démons de son corps par un exorciste, ne pouvait

être elle-même qu'un suppôt de Tenfer; et c'est sur cette belle raison qu'on la condamna comme sorcière.

Elle lit, durant son procès et devant la mort, preuve d'une grande fermeté d'àme; et cette énergie, mieux que les sortilèges, explique l'ascendant personnel qu'elle eut de tout temps sur le caractère faible de sa maîtresse, bien avant môme la faveur de son mari.

Le fils des victimes était un joli enfant de douze à treize ans^ bien fait, et qui, disait-on, dansait avec grâce : la jeune reine Anne d'Autriche — avec une inconscience qui confine au manque de cœur — s'amusa à faire danser le pauvre petit dont on venait de tuer le père et dont la mère ne quitta la prison que pour aller à Téchafaud! La reine, à la vérité, avait seize ans.

Lorsque Gaston d'Orléans eut — ou crut avoir — la preuve que sa Louison le trahissait avec d'Epinay, il demanda conseil à son frère, et Louis XIII lui conseilla tout bonnement de faire assassiner le coupable. Mais Richelieu, consulté, s'y opposa. Il ne tenait point — et pour cause — k ce que le roi s'habituât à ces exécutions sommaires. Pour sa part, Richelieu y mettait des formes : il n'admettait que l'assassinat juridique.

Lors du siège de Montauban, on avait mis dans les fossés à sec du château de Piquecos, oii le roi était logé, des blessés huguenots : ces pauvres

1. Henri Goncini : on le"^ déposséda de tous les biens de ses père et mère; on le déclara ignoble, et il alla vivre en Ualie sous le nom de comte de Pena.

gens étaient exposés au soleil et aux mouches, la fièvre les dévorait ; le roi les vit sans pitié et ne daigna même pas leur faire donner de Teau. 11 fit mettre à sac Négrepelisse; et nous avons trouvé de lui un mot bien typique dans un manuscrit original* :

Le roi s'étant trouvé souffrant lors de son passage à Gastelnaudary, y séjourna quelques jours ; il en profita pour ordonner la destruction de la petite ville du Mas-Saintes-Puelles, un repaire de huguenots ; le roi prenait un bain, quand on vint lui dire que ses ordres étaient exécutés et que le Mas était en feu : « Ah ! dit-il en riant, le Mas est danslesflammes,ehbien!moi,jesuis dans Teau! » (Fin juillet 1622.)

« 11 s'est diverti longtemps à contrefaire les grimaces des mourants. Le comte de la Rocheguyon étant à Textrémité, le roi lui envoya un gentilhomme pour savoir comment il se portait : « Dites au roi, dit le comte, que dans peu il en auraledivertissement. Vous n'avez guère à attendre, je commencerai bientôt mes grimaces. Je lui ai aidé bien des fois à contrefaire les autres, j'aurai mon tour à cette heure. » Et quand M. le Grand fut condamné il dit : « Je voudrois bien voir la grimace qu'il fait à cette heure sur cet échafaud^. »

Toutefois si son âme était inaccessible à la pitié.

1. Ce manuscrit appartient à M. Gaston Serres de Gauzy et fut rédigé au xvin* siècle par un de ses arrière-grands-oncles, doyen du chapitre de la collégiale Saint-Michel de Castelnaudary.

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