LES MIL VERS
que nous avons parfois cités. On les attribua au pauvre comte d'Estlan dont on connaissait la verve malicieuse, et il faillit être mis à la Bastille pour un crime qu'il n'avait pas commis alors; il est vrai qu'il en perpétrait un tout identique. 11 fut heureusement facile à ceux qui le connaissaient de le laver, sinon de le blanchir, de cette accusation ; en effet, le comte était bien capable de faire des vers aussi méchants, mais non d'aussi méchants vers : les Mil l^ers n'ont aucune valeur littéraire et le comte est vraiment mieux qu'un vulgaire versificateur. Toutefois ce désagréable incident dut lui inspirer quelque prudence, car la satire est restée inachevée et au bon endroit; c'est^ nous le verrons, dommage. 11 va sans dire qu'elle n'a jamais été imprimée.
On n'a pu savoir au juste l'auteur des Mil Vers;
un inconnu du nom de Beys(?), un nommé Girou,
qui, s'ils ne l'avaient composée, la colportaient,
furent mis à la Bastille ; ce Girou était de la mai-
{ son du jeune abbé de Retz*, et on attribua, non
j sans quelque vraisemblance, cette satire à M. de
Montplaisir, grand ami de l'abbé. Il semble donc
; que la paternité des Mil Vers peut être attribuée à
' • Fentourage du futur cardinal de Retz. Le jeune
Gondi détestait cordialement Richelieu et n'en
était guère aimé; s'il ne pardonnait pas au cardi-
1. Le futur coadjuteur Gondi ; il avait alors vingt-trois ans.
nal d'avoir obligé son père à lui vendre la charge de général des galères pour la donner au stupide Pont-Courlay, les libertés, les propos, les duels, Tesprit frondeur avant la lettre de Tabbé irritaient fort le ministre contre ce « jeune audacieux »; son œuvre de jeunesse sur la Conspiration de Fiesque avait encore alarmé TÉminence : « C'est un esprit dangereux ! » disait-Elle. Bref les parents de Gondi, quelque peu effrayés à son sujet, l'envoyèrent promener en Italie où des Réaux fut son compagnon de voyage.
Quoi qu'il en soit, les Mil Vers, intitulés encore dans un autre manuscrit Tableau du gouvernement présent ou Éloge de M, le cardinal de Richelieu, débutent par quelques aménités dans ce goût:
C'est le ministre des enfers,
C'est le démon de l'univers, Le fer, le feu, la violence Signalent partout sa clémence.
Les frères du roi maltraités ^
Quatre princesses exilées 2,
Trente provinces désolées,
Les magistrats empoisonnés.
Les grands seigneurs emprisonnés 3,
Les gardes des sceaux dans les chaînes^,
Les gentilshommes dans les gênes ^