‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 25 sur 182 · Timbre : Tur lu tu lu ou du Marais · texte numérisé non relu

Timbre : Tur lu tu lu ou du Marais

pas qu'il mérite cet honneur: sa première femme, M"*" d'Effiat élait une franche extravagante dont on avait — pour la lui donner — rompu le mariage avec un M. de Beauvais; ce mariage avait été célébré, mais, ajoutait-on, non consommé; la jeune personne protestait, elle affirmait au contraire avoir été bel et bien mariée : il faut dire que M. de Beauvais était bien mieux que ce grimaud de maréchal. Elle bouda d'abord son mari, lui tint la dragée haute; mais, la jeunesse aidant, elle finit par s'humaniser, lui donna le futur duc de Mazarin, et mourut à vingt ans en couches.

Pour le consoler, le cardinal le remaria à M"° de Cossé-Brissac, mit dans la corbeille le gouvernement de Bretagne et... devint amoureux de cette jeune cousine. M™° deLalNIeilleraye était jolie, un peu coquette, elle chantait bien ; Gondi * prétend l'avoir aimée « toute sotte qu'elle était », et manque totalement d'indulgence pour elle et pour son rival. Le cardinal à tout propos venait à l'Arsenal chez sa bonne cousine, sa belle cousine, sa chère cousine ; il l'invitait chez lui, à Ruel, ce que Gondi trouvait fort mauvais. La Meilleraye, fort colère, rageait ferme et séchait de jalousie; mais que faire ? on ne badinait pas avec le cardinal, et il n'y a avait point de quartier ». Heureusement pour le grand-maître. M'"*" de La Meilleraye était, malgré sa coquetterie, une honnête femme, craignant Dieu, l'enfer, et croyant << qu'il n'y a point de pardon

\. Le futur cardinal de Retz. Voir ses Mémoires.

pour l'adultère ». Le cardinal devenant pressant, elle prit le bon parti : elle déclaraà son mari qu'elle voulait, sous couleur de maladie, aller près de sa mère en Bretagne : « Ah ! Madame, vous me sauvez la vie ! » dit le jaloux, « et je n'oublierai jamais la grâce que vous me faites ! » Ils partirent et l'absence les débarrassa du terrible amoureux.

Le maréchal « oublia pourtant cette grâce » : il était fort coureur; il voulut en conter à M"" de Chalais* et à la femme de son subordonné M. de Maugeron, la propre sœur de la fameuse Marion de rOrme; hélas! son physique le desservait: Esguilly Vassé lui souffla la première; et le duc de Uetz, fort laid, mais spirituel et aimable, la seconde; le maréchal se vengea de celle-ci en chassant son mari et en tourmentant sa famille. Il était écrit d'ailleurs que M. de LaMeilleraye n'aurait point de succès auprès des femmes, même des siennes : la première l'avait rebuté parce qu'il était déplaisant, et M"" de Brissac le traitait comme un faquin, ne le trouvant pas assez noble, car elle se disait princesse.

En effet les Cossé s'étaient mis en tête une étrange lubie : ils prétendaient descendre de l'empereur Marcus Cocceius Norva qui, par malheur, n'avait pas eu d'enfants et adopta Trajan : De Cocceius à Cossé la différence n'était pas grande. On se moquait d'eux ; Tabbé Habert de Cerizy-, alors secrétaire de M. de La Rochefoucauld qui détestait

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