LES LA ROCHEPOSAY ET M"*® DE SAINT-LODP
Le cardinal, si Ton croit les méchantes langues,, avait été du dernier bien avec M*"' de la Rocheposay sa petite parente; il n'eut garde d'oublier cette parenté : le beau-frère de la dame, Louis Chasteigner de la Rocheposay eut Tévêché de Poitiers, et nous le retrouverons mêlé au procès d'Urbain Grandier ; Tainée des filles fut donnée en mariage à un homme d'affaires, Sabattier, que Richelieu croyait fort riche, à tort. Elle mourut jeune, et le cardinal, qui n'aimait guère s'être trompé, ne jugea pas à propos de soutenir le mari dont la roture faisait tache du moment qu'elle^ n'était plus dorée. Sabattier fit une énorme banqueroute; cela ne l'empêcha point — il était fort bel homme — d'épouser secrètement une demoiselle de Brissac^ et de devenir ainsi, malgré Gocceius Nerva, ^e beau-frère morganatique^
1. Ces mariages secrets étaient fort à la mode ; quand une grande dame voulait se mésallier, sans toutefois perdre « son rang », chose alors si importante, elle recourait à cet expédient^ \\ est probable qu'Anne d'Autriche a ainsi épousé Mazarin.
de M"' de La Meilleraye qui dut s'en voiler la face.
La cadette, elle, se maria toute seule à un partisan fort riche et veuf, M. Le Page, qui en était amoureux fou. Elle se rendit fameuse sous le nom de M"' de Saint-Loup.
Le bon M. Le Page avait débuté dans la vie en épousant, pour les quatre mille livres qu'elle lui apportait, une vraie mégère, laide, acariâtre et jalouse. Heureusement pour lui, les quatre mille livres fructifièrent, et notre homme amassa beaucoup de bien ; il chercha et trouva des consolations extra-conjugales, et fit le plus chien de ménage qui fût jusqu'au jour où sa terrible moitié rendit à Dieu sa belle âme. Cet essai toutefois ne le rebuta point du mariage : il en conta à la jolie et sémillante M"' de la Rocheposay. Cette petite personne, fort éveillée et « endettée jusqu'aux yeux», n'eut garde de mépriser ce sac d'or. Le Page épousa donc « son ange », comme il disait, et se mit en devoir de satisfaire tous ses caprices. D'abord, elle changea de nom : Le Page sonnait mal, et sentait par trop sa roture. Vite, on lui acheta la belle terre de Saint-Loup en Poitou; elle en prit le nom. Aussi ne manquait-on jamais de demander à Le Page des nouvelles de M"*" de Saint-Loup, sa femme. Mais elle ne se contenta pas de mettre au pillage la bourse du bonhomme : elle le rendit ridicule. M. de Schomberg fut son amant déclaré : quand il épousa, en 1646, M""* de Hautefort, la belle en fut désolée. Le comte Jean d'Estrées aspirait à la succession de Schomberg, mais sa timidité
lui nuisit : la dame ne se contentait pas d'un amour platonique^ :
Jean d'Estrés {sic), votre humeur discrète,
Ainsi que votre amour parfaite
Nous causeront bien du tourment ;
La femme de Monsieur Le Page
Trouve que c'est dans un amant
Un grand défaut que d'être sage.
Le beau Caudale^ fut plus heureux ; et leur liaison dura six ans, avec, il est vrai, de nombreuses infidélités de part et d'autre; mais elle avait parfois des remords, des accès de repentir, des crises de dévotion, des velléités d'austérité. L'énorme et bienfaisante influence de Port-Royal se faisait déjà sentir : Port-Royal était déjà le refuge indiqué des âmes hautes et tendres qui, blessées du monde, venaient y chercher le calme d'une tranquille et austère retraite. Il ne manquait point de personnes de la société — de femmes surtout — qui, sans toutefois s'y retirer pour la vie comme fit M°^ de Longueville, venaient vivre quelque temps dans cette saine et réconfortante atmosphère; Gondi s'en plaindra : Port-Royal et le grave Arnaud d'Andilly lui enlèvent parfois M™'' deGuémenée^. Bref, une petite retraite à Port-Royal était assez de mode, et M""® de Saint-Loup suivait trop bien la mode pour n'y être point allée, elle aussi. Mais,