‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 46 sur 182 · Epitaphe d'un anonyme · texte numérisé non relu

Epitaphe d'un anonyme

Ci-git le grand faiseur d'impôts Dont aujourd'hui la France abonde.

Ne priez point pour son repos Il n'en donna jamais au monde.

^. Voir plus loin : comte de Soissons.

« 11 faut lever une armée, Monseigneur, dit-il ;

— « Et avec quoy?

— « Avec quoy? je vous donnerai de quoy trouver 50.000 hommes, et un million d'or en croupe (52c). »

Le cardinal Tembrassa.

Bullion, qui était déjà fort riche bien avant sa surintendance, laissa une fortune colossale pour le temps, une vingtaine de millions d'alors. Il ne lavait pas toute volée, ayant géré son bien avec autant d'économie et de sagesse que le Trésor public, quand il l'avait pu. 11 détestait les gaspillages inutiles : nous l'avons vu à propos de La Meilleraye.

Son père Jean Bullion, maître des requêtes, n'était pas sans fortune; lui-même, débuta par acheter une charge de conseiller au Parlement ; et comme tel, il prit fort à cœur les intérêts de la comtesse de Sault* dans un procès qu'elle soutenait et qu'il lui fit gagner. Ce fut l'origine de ses prospérités : La comtesse lui en fut très reconnaissante, trop reconnaissante même, prétendait-on à la Cour^. Vantant un jour son mérite à Marie de Médicis : « Ah! Madame, disait-elle. Si vous connaissiez M. de Bullion comme moi ! — Diou m'en

1. La première en date, mère de François de Créquy Lesdiguières et belle-mère de la fille du vieux connétable de Lesdiguières, qui fut mariée au maréchal de Créquy.

2. Ce petit chicaneur rusé, D'une vieille ayant abusé, Fit tester si bien la donzelle Qu'il tira cent mille écus d'elle...

(Epitaphe de Malleville.)

garde, Madame! » riposta vivement la reine avec cet accent italien qu'elle ne perdit jamais. Bref, >!"• de Sault lui fit avoir, par le connétable de Lesdiguières beau-père de son lils, Tintendance de l'armée d'Italie : il s'y enrichit vite et donna des preuves de capacité qui lui valurent d'ôtre appelé aux finances par Richelieu. Le ministre lui laissait prendre une indemnité annuelle de 400.000 livres, et Bullion y ajoutait de menus bénéfices, notamment les intérêts de ses prêts au Trésor, — prêts dont le taux formidable et accepté d'ailleurs ne paraissait alors nullement usuraire. — C'est par ce moyen que plus tard Mazarin constituera son énorme fortune. Bullion n'avait donc pas volé, mais gagné son bien si Ton tient compte des mœurs du temps, cela s'entend.

Il n'en fut pas moins impopulaire comme tout surintendant qui se respecte et ne se fait pas une cour de clients; les beaux esprits, qu'il affectait de mépriser, se vengèrent après sa mort en lui faisant de belles épitaphes que nous ont conservées les manuscrits dit de Maurepas* ; et la chanson populaire l'envoie en enfer où Richelieu viendra le rejoindre et même réclamer son secours (c'est le cardinal qui parle) :

« Ha! maugrebieu! qu'il fait chaud ^ N*y a-t-il point ici d'eau !

Holà! laquais! holà! page, De l'eau, je crève de rage ! »

Lampons, camarade, lampons.

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