‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 49 sur 182 · C'est un esclave volontaire · texte numérisé non relu

C'est un esclave volontaire

Il est valet de Richelieu.

Il tremble, il fléchit les genoux, Il est prêt à souffrir ses coups, L'appelle Monseigneur et maître, Est pour lui violent et traître.

(Les Mil vers.)

... Il gourmande le chancelier Armand soutient son insolence...

(Les Mil vers.)

LES AMIS ET LES PKOTÉGÉS 8i

gnait saluer personne, sauf les {(cns qui étaient insolents à son égard. M. de xNets, évoque d'Orléans, lui demanda un jour s'il avait la teigne : le chancelier avait répondu à son salut en soulevant à peine son chapeau; et Dieu sait si ces questions de bienséance et d'honneurs dus au rang avaient alors de Timportance! Cette incivilité lui attira une méchante épigrarame :

Qu*il est dur au salul ce fal de Ghaiicelier!

Cela le fait passer pour un esprit allier, Vain au-delà de tnutrs bornes.

Ce n*esl pas pourtant qu'il soit fier :

C'est qu'il craint de montrer ses cornes.

Il faut dire que la Ghancelière n'avait point très bon renom; malgré sa dévotion, on lui avait donné pour amants M. de Saissac *, puis le comte d'Harcourt*-^ qui, fort bosoigneux alors, en était payé : il n'y avait alors nulle honte pour un gentilhomme à recevoir de l'argent d'une amie; mais <5es largesses devaient être bien pénibles à Marie Fabri : elle était, malgré sa grande fortune, assez avare, la bonne dame ; et ses grapillages sur les menues redevances des officiers de son mari — cadeaux obligatoires de pièces de salin et de velours — lui avaient valu le nom de fripière ^.

i, Alexandre de Casteinau, marquis de Saissac, comte de Clermont-Lodève.

2. Henri de Lorraine, comte d'IIarourt, fils puiné du duc 4*£lbeuf. Voir plus haut.

3. La Fabri, cette serrurière, Cette laide, cette fripière, Ce dragon qui rapine tout Est à Ség^uier une harpie...

(Les Mil vers.)

Elle passait pour très prude. Un jour, elle faisait à sa fille, M""^ de Sully ^, des observations sur sa conduite :

En grand fureur la chancelière:

Dit à Sully un jour:

« Ne faites point Tamour Comme la Lesdignière, Et craignez les garçons Comme, comme les autres, Et craignez les garçons Comme les autres font. »

A quoi la duchesse répondait :

« Vous êtes vieille et je suis jeune ^, »

A répondu Sully ; « Votre avis est joli.

Pourtant il m'importune.

Dites vos oraisons.

Comme, comme les prudes, Dites vos oraisons Comme les prudes font ! »

Sa dévotion ne Tempêchait pas d'être fort vaniteuse : elle poussa un jour son mari à parler au cardinal du mariage de leur fille cadette avec M. de Nemours: « Oui, répondit Richelieu, en effet cela seroit fort sortable que Victor Amédée de Savoie épousât Charlotte Séguier : dites h Marie Fabri qu^elle rêve ! »

4. On lui donnait, à tort, M. de Roquelaure pour amant : il se vantait comme un goujat de ses bonnes fortunes et avait fort compromis M— de Lesdiguières.

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