Charlotte de Montmorency, mère du grand Condé
2. Jean de Vivonne, marquis de Pisani, avait épousé à soixantetrois ans une Savelli, parente de Catherine de Médicis. M°" de Rambouillet était donc la fille d'un vieillard, et, si elle n'en pâtit pas elle-même, certains de ses enfants, le marquis de Pisani, Tabbesse d'Hierres, et de ses petits-enfants souffrirent fort de cette ascendance maternelle.
élevés ensemble ; celui-ci voulut un jour s'émanciper et prendre quelques privautés avec sa petite compagne — elle avait huit à neuf ans; — il l'embrassa : le grand crime ! mais M. de Pisani, qui ne plaisantait point sur ce chapitre, le fit fouetter d'importance K Cette vigoureuse correction lui aurait inspiré, parait-il, une sainte horreur desamours normales.
Il était en outre, nous l'avons vu, honteusement ladre, et la pauvre princesse aussi dépensière qu'on puisse l'être ; elle eût beaucoup souffert, si son frère Henri de Montmorency n'eût généreusement pourvu à ses fantaisies. Quand il disparut brusquement et tragiquement, le bon cardinal de La Valette le remplaça; il se ruinait pour la princesse, et, quand il mourut à son tour, il avait pour elle mangé d'avance ses revenus de dix ans. Le mari savait tout et ne le laissait pas ignorer à sa femme ; mais, y trouvant son compte, il acquiesçait tacitement. S'il avait été autrefois très jaloux de Henri IV, ce beau temps était passé : l'âge lui avait donné cette sereine philosophie qui fait juger des choses h leur juste et relative valeur. Le cardinal et la princesse ne se gênaient guère,.
1, M. de Pisani était très sévère, mais foncièrement bon et honnête. Henri IV disait : « Quand j'ai voulu faire un roi de mon neveu, je lui ai donné le marquis de Pisani; quand j'en ai voulu faire un sujet, je lui ai donné le comte de Belin. »
Le jeune prince chassait un jour avec son précepteur; unpaysan s'agenouilla devant lui sans qu'il daignât le saluer même de la tête : « Monsieur, lui dit Pisani, il n'y a rien au-dessous de cet homme, il n'y arien au-dessus de vous ; mais, si lui et ses semblables ne labouraient la terre, vous et vos semblables seriez en danger de mourir de faim. »
•du moins en propos : ils s'appelaient en riant : « Monsieur mon époux; Madame mon épouse M »
A rhôtel de Rambouillet, où ils étaient familiers; dans les réunions, ils s'isolaient, restant toutefois à la vue de tous. Mais on jugeait sévèrement ces libertés. La princesse était la grande amie de M""* de Combalet, sur Tappui de qui elle comptait dans le cas où son mari eût voulu faire le rodomont, et on les mettait toutes deux en un même panier :
La Combalet et la princesse ^
Ne pensent point faire de mal,
Et n'en iront pas à confesse
D*aimer chacune un cardinal :
Car laisser lever leur chemise
Et mettre ainsi leur corps à l'abandon,
N'est que se soumettre à l'Eglise
Qui leur donnera son pardon!
Cependant — on Ta su plus tard par M""' delà Tré- . moille^ et par M™'' de Rambouillet, deux amies, deux confidentes dont la discrétion dura tant qu'elle vécut, — Ton a su que le cardinal de La Valette n'eut raison de sa longue et vertueuse résistance que par un acte de pure folie ^. Désespéré de ses
1. Le cardinal appelait aussi en riant la belle M"* Paulet, la lionne de l'Hôtel de Rambouillet « ma maîtresse ».