‹ Le grand siècle intime; le règne de Richelieu (1617-1642) d'après des documents originauxChapitre 72 sur 182 · Lors des revers sur la Somme en · texte numérisé non relu

Lors des revers sur la Somme en

« ... on vit à la cour Arriver un courrier qui vint tout hors d'haleine, Le paquet à la main, demander La Folène, Dit qu'il veut sans délai parler à Monseigneur Et par son insolence il témoigne sa peur... »

{Vers h^^roïques du comte d'Estlan.)

2. Louis-Charles de la Trémoille, comte d'Olonne ; Philippe- Emmanuel de Laval, marquis de Sablé ; Charles de Saint-Denys^ sieur de Saint-Evremont.

pour le voir entrer en des colères folles où il perdait tout respect. Un jour, pour je ne sais quelle noire malice du cardinal : « 11 n'y a qu'un sot », dit le bonhomme, « qui puisse avoir fait cela !

— Ouais! répond Richelieu, et si c'éioit moi?

— Quand ce seroit vous, ce ne seroit pas la première sottise que vous auriez faite. »

Et le cardinal de rire. Une fois, il faillit bel et bien le faire tuer : il trouva plaisant de faire mettre quelques épines sous la selle de son cheval. On voit d'ici le tableau : le bon chanoine monte en selle ; la bête, piquée, proteste et regfimbe ; et le pauvre cavalier de descendre plus vite que de raison. Furieux, il court au cardinal qui s'esclaffait : « Vous êtes un méchant homme! vous êtes un méchant homme !

— Taisez- vous », dit TEminence, « ou je vous fais pendre : vous révélez ma confession! »

Parfois, on le voit, les plaisanteries du cardinal ne manquaient pas de rudesse. Il joua, pour s'amuser, un tour pendable à Lopez. CeLopez, un « morisque » — probablement un juif portugais ou espagnol — était le plus riche joaillier de l'époque : il collectionnait les gemmes et les pierres précieuses en amoureux, en artiste et en homme d'affaires. 11 n'était pas plus fripon qu'un autre ; et, pour son argent, chacun était sûr de trouver, chez lui ou par son canal, de belles pierres valant bien le prix qu'il y mettait. Richelieu, qui avait à plusieurs reprises eu recours à ses bons offices, manifesta un jour le désir de voir toutes les belles choses qu'avait Lopez : le cardinal se trou-

vait alors à Ruel. Ce désir, pour Lopez, était un ordre, sans compter Tespoir de quelque bonne aubaine. Bref, rendez-vous fut pris; et, le jour dit, Lopez se met en route avec une cassette renfermant toutes ses merveilleuses pierreries — une fortune inestimable. — Le bon cardinal avait eu i'aimable précaution d'aposter de ses gens déguisés en voleurs, qui arrêtèrent Lopez et allégèrent son carrosse de la précieuse cassette. Le malheureux fit assez bonne contenance, à un terrible dévoiement près causé par sa bien légitime émotion et dont s'amusa fort Son Eminence.Mais, h la réflexion. Elle reconnut — un peu tard — qu'Elle avait joué à le tuer; et, pour le réconforter, daigna le prier à diner avec Elle, après lui avoir rendu son trésor intact, cela va sans <[ire. C'était un honneur dont le cardinal n'était pas prodigue, et, malgré les transes passées, le bon Lopez en fut tout fier. Mulot n'eût probablement point pris la chose aussi paisiblement, et il aurait épanché sa bile en toute liberté.

Ce n'était pas d'ailleurs au seul Richelieu que maître Mulot parlait franchement : on l'attendait un jour à déjeuner; pour ses péchés, il voulut •entendre la messe à l'Oratoire, où M. de Bérulle, le futur cardinal, qu'on disait un peu tartufe, fut •d'une lenteur désespérante, il ne finissait plus de faire des méditations en consacrant l'hostie. Mulot grillait : le déjeuner était compromis. Il va irouver M. de Bérulle après la messe : «Vraiment», <iit-il, « vous êtes un plaisant homme de vous -endormir sur le calice. Allez, allez, vous ne

valez pas mieux pour cela! » et le voilà courant. Conséquence de ces « beuveries », il avait la goutte. Un jour qu'elle le tourmentait ferme, Gilles Boileau, le frère de Despréaux, rencontre le laquais de Mulot et lui demande des nouvelles:

— ((Ah ! Monsieur », répond Tautre, (( il souffre comme un damné.

— 11 jure donc bien fort?

— Monsieur, dit le laquais ingénument, il n'a point d'autre consolation. »

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